Obama a gagné. Non pas en proposant toutes les semaines une fausse réforme, mais en en faisant voter, aux forceps, une vraie, une énorme même dans le contexte américain. Ce qui ne sera peut-être pas rentable électoralement, mais rendra l’Amérique plus humaine.
Or, que constate-t-on, nous, ici, en France ? Qu’on n’a jamais autant et aussi obsessionnellement parlé de réformes – faut-il les poursuivre ? Les accélérer ? Ou en freiner le rythme ? -, alors, qu’en près de trois ans, on en a réalisé absolument aucune que l’on pourrait comparer, de près ou de loin, par leur importance, à celles que l’on met légitimement à l’actif du Général de Gaulle, de Pompidou-Chaban-Delmas, de Giscard d’Estaing (par exemple : le vote à 18 ans ou la libéralisation de l’IVG), de Mitterrand (on en compte environ 80 assez ou très marquantes), de Rocard et de Jospin (CSG, RMI, PACS, CMU, 35 heures – j’étais contre, et je suis toujours contre, la loi sur les 35 heures mais c’est une importante réforme. On peut, en effet, admettre l’importance d’une réforme tout en y étant opposé), et même de Chirac (suppression du service militaire).
Mais, surtout, qu’est-ce qu’une réforme ? Une avancée. Un progrès. Plus de justice. Plus de liberté. Moins d’inégalités. Pas le contraire. Jamais le contraire. Peut-on, donc, appeler systématiquement réformes des retours en arrière en série ? Retour, par exemple, à l’ORTF de papa avec les présidents de chaînes nommés directement par le pouvoir politique ; retour à une justice de grand-papa directement placée sous la coupe du parquet dépendant lui-même de l’exécutif ; à une école de plus en plus ghettoïsée grâce à la suppression pure et simple de la carte scolaire qu’il fallait simplement dérigidifier ; à une fiscalité d’ancien régime qui repose totalement sur les classes moyennes salariées par l'exonération systématique de plus en plus de revenus du capital.
Il y a – et il y aura sans doute – des sacrifices nécessaires. Mais ce sont des sacrifices qui doivent être désignés comme tels, ce ne sont pas des réformes. Augmenter le forfait hospitalier, ce n’est pas en soi un crime, mais ce n’est pas une réforme. Faire des cadeaux à certaines catégories sociales dont on quête les suffrages, c’est un classique, mais ce n’est pas une réforme.
Je me suis fait agonir, ici, parce que je me suis déclaré favorable à une remontée de l’âge légal de la retraite à condition de maintenir le nombre d’annuités y donnant droit. C’est, à mes yeux, une nécessité (comme hier l’alignement des régimes de retraite), mais ce n’est pas une réforme.
Demain, va-t-on décider la suppression du salaire minimum, des congés payés ou des allocations familiales, en déclarant que ce sont là de grandes réformes ?
Comment tant de journalistes, commentateurs, éditorialistes peuvent-ils se déshonorer intellectuellement en ânonnant, à toute occasion, cette fausse question « faut-il poursuivre les réformes ? », sans jamais préciser lesquelles ?
Cependant, oui, les réformes sont nécessaires.
Ainsi, une grande réforme fiscale qui rendrait plus juste, plus équitable, un système de prélèvement obligatoire devenu de plus en plus inéquitable et de moins en moins progressif.
Ainsi, une action redistributive résolue, doublée d’un réformisme anti-oligarchique, qui permettrait de bloquer la dynamique folle qui nous a fait revenir à un inégalitarisme d’ancien régime.
Ainsi, une nouvelle « nuit du 4 août » qui donnerait l’occasion de mettre sur la table l’ensemble des privilèges des uns et des autres, petits et grands, et d’en abolir, à proportion de leur poids, les aspects les moins légitimes.
Ainsi, une réforme institutionnelle qui rendrait le Sénat enfin représentatif, l’Assemblée nationale plus ouverte à la pluralité des sensibilités, les médias plus libres et plus indépendants, les élus plus disponibles grâce à la suppression du cumul des mandats…
Ainsi, une réforme des marchés fonciers immobiliers susceptible de casser la spéculation et d’inverser les processus de ségrégation ethnico-sociale.
Mais, de ces réformes-là, il n’est absolument pas question. Jamais.
Aucune n’a été ne serait-ce qu’esquissée.
Donc, il ne faut pas poursuivre « les réformes ».
Il faut les commencer. Et arrêter les régressions.
Troisième forceJe signalais hier que, partout où se déroulait une triangulaire, la liste qui s’opposait au face à face PS-UMP a très nettement progressé et réalisé des scores flatteurs.
C’est le cas du Front National là où il était présent (24 % en PACA, 23 % dans le Nord-Pas-de-Calais), mais aussi des écolos en Bretagne - 18 % -, du Front de Gauche en Limousin – plus de 19 % -, des régionalistes et des nationalistes en Corse, mais également du MoDem Jean Lassalle – 16 % - en Aquitaine.
On en conclura que l’intuition de Bayrou était juste, qu’il a su un temps l’incarner, qu’il a fait preuve d’un rare courage politique en s’émancipant du camp conservateur (la bassesse des attaques qui le visent en témoigne éloquemment), qu’une nouvelle génération de militants s’est ardemment dévouée à sa cause, mais qu’il ne saurait faire l’économie d’une analyse des vraies raisons – ou des vraies erreurs – qui l’ont empêché de valoriser ces acquis et de transformer l’essai.
Notons-le : on a dit que les 31 % de Sarkozy en 2007 avaient vidé le Front National. Mais les 18 % de Bayrou peut-être aussi, finalement.
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Villepin s’apprête à annoncer la création d’un nouveau parti hors de l’UMP. Du coup, on annonce que Nicolas Sarkozy risque de faire entrer au gouvernement deux ministres chiraco-villepinistes pour étouffer son initiative. Ce sera même l’aspect essentiel du remaniement. Ca, c’est de la grande politique. Dans l’intérêt de la France évidemment !
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Abstentionnistes, ils vous ont compris : la leçon qu’ils ont tirée du scrutin de dimanche et de l’ampleur de l’abstention est : « désormais, à droite toute ! ». A lire à ce propos, dans Le Figaro, l’éditorial d’Etienne Mougeotte, l’homme qui a tant contribué à la défaite de Nicolas Sarkozy en l’enfermant dans sa bulle d’autosatisfaction. Merci !
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Si le scrutin à un tour avait été instauré, en Corse, c’est l’UMP qui l’aurait emporté alors que le parti sarkozyste a été écrabouillé par la gauche et les régionalistes. Ca, c’est la démocratie !
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Brice Hortefeux, le plus sarkozyste des ministres, a obtenu, dans le Puy-de-Dôme, 34 % des suffrages, soit 30 points de moins que son adversaire pourtant affaibli par les querelles internes au sein du PS. Si ce n’est pas un vote de rejet ?
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J’entends à la radio ce commentaire : « la gauche a réalisé son meilleur score électoral depuis 1981 ». En fait, en 1981, le PS avait enregistré un bien meilleur résultat.
Mais, en revanche, la droite avait obtenu, à l’élection présidentielle perdue par Giscard, 8 points de mieux que la droite aujourd’hui.
J’avais signalé qu’en cas de législatives, avec le même score, l’UMP se retrouverait avec une cinquantaine de députés seulement. La preuve en est que la gauche est arrivée en tête dans certains départements réputés les plus droitiers du pays : les Hauts-de-Seine (eh oui !), la Vendée, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Manche, l’Oise, la Savoie, la Haute-Savoie, la Marne, l’Aube ou la Meuse…
Le PS est en tête en Champagne-Ardennes… or, tous les députés y sont UMP !
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Messages personnelsJe comprends que, dans le feu d’une campagne électorale, certains se laissent aller à des passions excessives qui les conduisent à insulter un contradicteur, mais, dès lors que les jeux sont faits et qu’il s’agit d’analyser froidement les résultats, et d’en tirer les leçons, expliquez-moi en quoi cela justifie les invectives et des accès d’hystérie.
On peut toujours se moquer des politiciens qui refusent de regarder les réalités en face, mais, en ce qui concerne le score du Front National au second tour, je constate que certains internautes s’aveuglent plus encore que les politiciens.
Cela dit, permettez-moi de vous faire observer que j’avais annoncé un écart de 20 points entre l’UMP et la gauche, et une nette progression du Front National.