Les affaires, comme on dit, représentent l’écume des choses. C’est pourquoi, je le rappelle, j’ai fait l’impasse, ici, sur les cigares de celui-ci, l’appartement de fonction de celui-là et même sur le permis de construire ou le voyage en jet privé de l’autre…
L’affaire Woerth est différente, car il s’agit moins d’une « affaire » au sens classique du terme que d’un débat de fond sur les liens entre le pouvoir de l’argent et l’argent au pouvoir.
Reste, que pendant les polémiques, la situation économico-sociale du pays se dégrade. C’est pourquoi je poste dans la colonne « Réflexions », la suite du travail (simple esquisse pour l’instant) autour de ce que pourrait être un projet alternatif. Il concerne cette fois le social et, surtout, la fiscalité.
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Donc, je n’avais pas tort d’écrire, ici, que, par rapport à la seconde révélation de la comptable de Liliane Bettencourt diffusée sur Mediapart, il fallait se montrer très circonspect tant elle paraissait vague et peu étayée.
Aujourd’hui, la comptable elle-même, en effet, la relativise.
Ce qui est assez croustillant c’est que l’interrogatoire de la dame par la police a été aussitôt distribué à la presse par l’Elysée. Or, que reproche l’Elysée à Mediapart ? D’avoir publié les déclarations de la comptable.
Tout le reste, en revanche, paraît être, pour l’instant : soit prouvé et légal, soit prouvé et illégal, soit étayé mais non prouvé voire non prouvable, soit, enfin, relever d’un nombre éminemment suspect de coïncidences (par exemple, l’affaire Robert Peugeot ou Daniel Wildenstein sur lesquels les médias enquêtent fort peu).
Je vous informe, d’ailleurs, que samedi seront publiés les pages du livre de comptes de Madame Bettencourt qui prouvent, en effet, qu’en 2007, pendant les six mois qui ont précédé l’élection présidentielle, les retraits de 50 000 euros en liquide non affectés se sont multipliés avec comme seul justificatif « Bettencourt ». Or, c’est très exactement ce qu’affirmait à Mediapart la comptable en question.
Ce qui, au demeurant, est secondaire par rapport au socle de toute l’affaire qui porte sur ce cas inouï de mélange des genres et de conflits structurels d’intérêts induits par la triple casquette d’Eric Woerth.
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Cependant, au-delà des révélations et procédures judiciaires croisées, quelque chose est en train de changer en profondeur dans la situation et le climat politique à droite.
Quelques signes :
- Pour la première fois c’est le Premier ministre, François Fillon, qui, flanqué du président de l’Assemblée nationale et de celui du Sénat, s’est posé en patron de la majorité, Sarkozy restant très en retrait. Après le coup d’Etat à froid qui avait concentré tous les pouvoirs entre les mains du chef de l’Etat, revient-on à l’esprit de la Ve République ? Signe des temps : l’éditorialiste du Figaro le pense et s’en réjouit. L’épée sarkozyste étant très émoussée, Fillon est devenu le bouclier. Peut-être même, qui sait, le recours.
- Les députés UMP, travaillés au corps par le Medef et la CGPME, se sont majoritairement déclarés hostiles à la proposition gouvernementale – défendue d’ailleurs par Eric Woerth – qui revient à favoriser un minimum d’activité syndicale dans les TPE (très petites entreprises) de moins de 11 salariés. En l’occurrence – c’est un paradoxe -, Eric Woerth ne pourra compter que sur le vote favorable des députés de gauche ! Une telle fronde eut été, il y a encore quelques mois, inconcevable.
- Le Sénat est en train de totalement démanteler le projet de loi gouvernemental de réforme territoriale. Non seulement l’UMP a perdu la majorité à la Haute assemblée (les divers centristes faisant, de plus en plus souvent, front avec l’opposition de gauche), mais une bonne partie des sénateurs UMP eux-mêmes récusent désormais ce chambardement recentralisateur qui, à force de corrections imposées, est devenu sans queue ni tête.
- La commission des finances du même Sénat, présidée par l’UMP Philippe Marini, a taillé en pièces le plan d’économies présenté par le nouveau ministre du Budget, François Baroin, Jean Arthuis, pourtant un membre de la majorité, allant jusqu’à le qualifier « d’illusionniste et de funambule ».
En somme, on assiste peu à peu à un délabrement de l’hyper-présidence au profit d’une pratique plus conforme aux institutions de la Ve République, et aux pratiques démocratiques.
Et on le doit à un majordome revanchard.
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