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Tout ça, c’est la faute à Mitterrand!
La concertation apparemment entreprise par le gouvernement à propos de la réforme des retraites n’était, évidemment, qu’une ruse. Une manœuvre. La décision avait été préalablement arrêtée, presque dans ses moindres détails, et les discussions avec les syndicats n’ont permis qu’à affiner l’emballage. Classique !
D’ailleurs, la soudaine campagne anti-Mitterrand lancée par le chef de l’Etat, et aussitôt relayée par le patron de l’UMP, prouve que l’on cherche, désormais, l’affrontement partisan, camp contre camp, gauche contre droite, plutôt que le consensus. Mais pourquoi la reprise de ces attaques surréalistes contre Jacques Chirac ? Il y a des agressivités structurelles qui ont quelque chose de maladif. En fait, la question de l’âge légal du départ à la retraite, que la droite et la gauche ont réussi à mettre en exergue, est un leurre. La vérité c’est que, si on porte à 43 ans, voire à 43 ans ½ (j’y suis personnellement tout à fait hostile, comme à la hausse des cotisations qu’on nous prépare), le nombre d’annuités nécessaires donnant droit à une retraite à taux plein c’est, au mieux, à 65 ans, et parfois même autour de 70 ans, que la majorité de ceux qui ont 18 ans aujourd’hui pourra bénéficier réellement de cette pleine retraite. Et cela compte tenu de l’entrée de plus en plus tardive dans le monde du travail (pour de bonnes et de mauvaises raisons) et de la situation de l’emploi — 25 % des jeunes, selon une statistique récente, étant au chômage. Ce qui, soit dit en passant, pour certains, tels les fonctionnaires, représente, en moins de 20 ans, pour l’ensemble du temps passé au boulot, une perte globale de revenus de près de 20 %, alors que les rémunérations du capital, dans le même laps de temps, auront explosé de plus de 70 %. Avoir réussi à polariser le débat sur la seule question de l’âge légal du départ à la retraite, est donc un enfumage réussi. C’est vrai que le relèvement de l’âge légal du départ à la retraite pose le problème concernant ceux, en majorité ouvriers et employés (même s’ils seront de moins en moins nombreux), qui ont commencé à travailler à 16 ou 18 ans. Mais pourquoi, justement, ne pas leur permettre, jusqu’à 2025, par exemple, de prendre une retraite à taux plein après 41 ans d’annuités de cotisations. C’est cela qu’il faut exiger. Et, aussi, l’instauration du droit, pour ceux qui continueront de travailler après avoir cotisé 41 annuités, à comptabiliser un supplément de pension représentant l’équivalent d’une demi année de travail par année de labeur supplémentaire. La question des seniors exclus du marché de travail avant d’avoir atteint leur contingent d’annuités, est également à résoudre. L’idée d’encourager l’embauche couplée d’un jeune et d’un senior, le second servant de tuteur formateur au premier, est donc à creuser. Il ne faut cependant pas oublier que la seule véritable résolution de la question des retraites passe par la priorité absolue accordée à la résorption du chômage, par des mesures favorisant l’investissement sur le territoire national au détriment des distributions de dividendes à des fonds de placements et des entraves apportées à toutes les formes de délocalisation de confort. * Cela dit, un internaute a raison de signaler ce que peut avoir de choquant, au moment où l’on multiplie les mesures de rigueur, l’affrètement par Sarkozy d’un Eurostar entier pour se faire accompagner à Londres, à l’occasion des cérémonies du 18 juin, par 700 personnalités. On peut penser ce que l’on veut de François Mitterrand (au premier tour de 1981, je n’ai pas voté pour lui parce que je m’inquiétais beaucoup des conséquences de la baisse de l’âge de la retraite à 60 ans), mais il n’aurait jamais osé cela. Je ne sache pas non plus qu’il instrumentalisait tous les faits divers qui passaient à sa portée comme les morpions instrumentalisaient naguère, disait-on, le bas clergé. Au fait, puisque l’insécurité s’aggrave, va-t-on rétablir la peine de mort abolie par François Mitterrand ? Et la dégringolade des bourses, est-ce de sa faute ? Et le temps de chien que l’on a eu au début du mois de mai ? * Selon l’éditorialiste du Figaro, brodant sur les propos de Nicolas Sarkozy (c’est sa fonction), François Mitterrand est également responsable de l’actuelle explosion des déficits publics… Mais alors, pourquoi le déficit budgétaire qui était revenu à 2,5 % du PIB sous Lionel Jospin, au point que la droite, rappelez-vous, parlait d’une « cagnotte », pour exiger des dépenses supplémentaires, s’est-il envolé à 8,3 % du PIB sous Sarkozy ? La faute à Mitterrand ?Doux Jésus La caisse d’épargne qui a fait faillite en Espagne et qui a été reprise par l’Etat après avoir refusé de baisser les salaires juteux de ses cadres (ce qui a provoqué une forte chute des bourses), appartenait… à l’église catholique. Message personnel Il me semble que certaines outrances polémiques inter-forumistes démontrent, hélas, éloquemment qu’il n’y a aucune censure sur ce forum. Pour l’instant. On peut même m’accuser de confisquer les appart’ des pauvres. Et si ceux qui se sont livrés, hier, à quelques excès de langage se demandaient mutuellement pardon ? Annonces et rendez-vous Je donne rendez-vous, à tous ceux que cela intéresse… et qui aimeraient que l’on taille une bavette autrement que sous pseudonyme. Ce jeudi à Vannes, dans le Morbihan, au grand amphithéâtre de l’IUT rue Montaigne, à 18 h 30, une conférence/débat sur le thème « Une autre société est-elle possible ? ». Le samedi 29, à Saint-Emilion, dans le cadre du festival Philosophia, cette année sur le thème de « l’imagination » (et du pinard), pour une conférence/débat ayant pour titre « les réalités d’aujourd’hui sont-elles les utopies d’hier ? », au cloître de l’église Collégiale à 18 h 30. Le dimanche 30, à Montpellier, dans le cadre de la Comédie du Livre, pour un débat à 17 heures, Salle Pasteur du Corum, sur le thème « Y a-t-il une dictature du conformisme et de la bien-pensance ? ». Face à face qui m’opposera à l’ineffable Eric Zemmour. Je compte sur Kerjean. Le lundi 31 mai, aux Estivales de la Malepère d’Arzens, près de Carcassonne, à 20 h 30 au Foyer Municipal place de l’Europe, pour une conférence/débat sur le thème « oui, une autre société est possible ». Et, surtout, le mardi 1er juin à Paris, le CRREA et Marianne organisent, à la Maison de l’Europe, 35 rue des Francs-Bourgeois, à 20 heures, un très important débat constructif sur le thème de la réforme des retraites avec entre autres : Jacques BICHOT (économiste, professeur émérite à l’université Lyon III) ; Jean-Luc GREAU (économiste, auteur de La trahison des économistes) ; Danièle KARNIEWICZ (présidente de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse) ; Frédéric LORDON (directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne) ; Hervé NATHAN (rédacteur en chef du service Economie à Marianne) et animé par votre serviteur. Le nombre de places étant limité, il convient de s’inscrire ici. Mercredi 26 Mai 2010
Jean-François Kahn
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JEAN FRANCOIS KAHN
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