Finalement la façon dont les médias audiovisuels ont réagi au fameux plan de sauvetage de l’euro mérite de devenir un cas d’école.
On nous annonce : « les 27 pays européens vont décider la création d’un fonds de stabilisation de 60 milliards ». Quelle bonne, quelle excellente idée clament-ils d’une même voix. D’ailleurs c’est notre chef à nous qui en a eu l’idée. Soudain on passe à 450 milliards : quelle bonne idée encore ! Puis on saute à 750 milliards : quelle formidable idée ; merci Sarko, car c’est toujours, nous affirme-t-on, son idée.
Pourquoi cette réaction de panique ? Que s’est-il passé entre-temps ? Pourquoi, si 750 milliards était la somme adéquate, avoir d’abord présenté comme telle la somme de 60 milliards ou même de 110 milliards ? Aucune explication. Mais le plan de sauvetage est une grande idée. Signée Sarko.
Un énorme emprunt pour lutter contre des dettes excessives ? Grande idée ! Une dépense virtuelle si considérable qu’elle provoquerait une faillite continentale si elle devenait réelle : grande idée ! La BCE rachetant d’elle-même des emprunts souverains insolvables ? Il y a trois semaines c’eût été une aberration. En deux temps trois mouvements ça devient une grande idée. Les Etats vont reprendre à leur compte des actifs pourris issus de crédits détenus par les banques privées ? Le pire cynique n’aurait pas osé le proposer un mois plus tôt : c’est une grande idée ! La spéculation se déchaîne, évidemment, la Bourse de Madrid grimpe d’un coup de 14%, celle d’Athènes flambe ? Très inquiétant, n’importe qui peut comprendre ça. Eh bien non : c’est l’euphorie qui accueille la grande idée.
Donc sur toutes les radios, sur toutes les télévisions, pendant 48 heures, on nous a servi de la confiture de stupidité à la louche. Un plan absurde, qui tourne le dos à toute espèce de bon sens, du Allais mais Alphonse, qui, ça va de soi, il suffit d’y réfléchir dix secondes, va affoler les marchés, va plomber l’euro, va contraindre les Etats à des mesures récessionnistes groupées, qui agiront les unes sur les autres, et nos médias audiovisuels, imperturbablement, tournent la manivelle : « Merveilleuse idée, c’est Sarko qui l’a eue » !
On aimerait comprendre. Bêtise crasse ? manque de jugeote et de culture ? nullité professionnelle ? Soumission par paresse ? Je ne crois pas. Tous ceux que je connais des journalistes qui officient à la télévision et à la radio ne sont pas du tout comme cela. C’est même souvent l’inverse. Alors comment ne pas soupçonner des pressions, sinon des oppressions ; des injonctions, des ingérences de tous les instants et de petits chefs médiocres qui s’exécutent.
Pourquoi avoir avalé aussi facilement, sans recul, sans l’expression du moindre doute, ce dont un gamin de douze ans un peu logique aurait compris l’incongruité.
Si ceux qui, ici, participent à ce forum, veulent sortir de leur négativisme et de leurs incantations verbales, ils en ont l’occasion : qu’ils se comportent en citoyens actifs, qu’ils interviennent massivement, de toutes les façons possibles, auprès des radios et des télévisions pour les rappeler au devoir d’une information libre, indépendante, intelligente et décente. Chiche.