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Sarko peut-il changer ?
Il ne faut jamais enterrer qui que ce soit avant terme : n’a-t-on pas vu Mitterrand ou Chirac ressusciter des morts après publication de leur avis de décès ?
Il ne s’agit donc pas tout à coup d’escamoter Sarkozy. Il peut se refaire. Il en aurait les moyens, y compris intellectuels, dès lors qu’il serait capable de se remettre en question. Mais, justement, en est-il capable ? Il a déjà annoncé à quatre reprises qu’il avait changé. Peut-il réellement changer ? Son attitude ces derniers jours conduit à en douter. D’abord il y a eu le déni pathétique de l’échec et la tendance à en rejeter la responsabilité sur les autres : tous des nuls. Mais, surtout, on a assisté à une répétition totalement mécanique de ce qui est le plus contestable dans la « pratique » sarkozyenne : la tendance à se précipiter compulsivement sur le moindre fait divers, kidnapper les victimes ou leur famille, instrumentaliser leur tragédie et légiférer dans l’émotion, à la cantonade et sans aucune réflexion préalable. Sarkozy annonce des lois comme les lapins font l’amour. Il y a eu, ces derniers jours, plusieurs actes de violence spectaculaires dont l’UMP — c’est un classique — s’est emparée pour replacer le thème de l’insécurité — miam miam ! — au centre de la campagne électorale. Ce qui n’est pas, en soi, illégitime sauf qu’en l’occurrence ce n’est pas la gauche qui est au pouvoir et qu’on ne saurait donc l’en rendre responsable. Qu’importe ! François Fillon a même poussé le zèle jusqu’à évoquer de façon dramatique la mort de deux policiers dont l’un, heureusement pour sa famille, était toujours vivant : pas de sa faute, le Premier ministre s’était contenté de lire un discours qu’un collaborateur étourdi lui avait rédigé. Comme Sarko à Dakar. Et si on obligeait les politiques à écrire eux-mêmes les paroles des refrains qu’ils entonnent ! Donc, première boulette. Sarkozy, lui, fait mieux : il se précipite au commissariat de Dammarie-les-Lys où un gardien de la paix a cette fois réellement été abattu, semble-t-il par un terroriste basque. Il fait naturellement venir toutes les télés, s’enferme ostensiblement avec les familles puis pose, entouré des ministres de l’Intérieur et de la Justice, au milieu d’un groupe de policiers en uniforme et là, il annonce solennellement bien sûr, car Sarkozy annonce toujours solennellement, et sur un ton des plus énergique, car son ton est toujours énergique, qu’une « peine réellement perpétuelle » — en l’occurrence 30 ans incompressibles — devra désormais réellement s’appliquer à toute personne « qui aurait porté atteinte à la vie d’un agent en charge de l’autorité publique ». D’ailleurs, ajoute-t-il, le crime commence quand on parle mal à un fonctionnaire d’autorité car l’insulte entraîne le geste violent qui lui-même entraîne le meurtre. Le problème, c’est que décider qu’un type de peine s’appliquera automatiquement, sans aucune considération de circonstance, non pas en fonction de la nature et des conditions du délit mais en fonction de la nature de la victime est juridiquement impossible dans quelque pays de droit que ce soit. Du moins depuis le bas Moyen-Age. Vous imaginez cela : quelqu’un tue froidement une petite vieille pour la dépouiller. Peine éventuellement compressible. Un autre tue un policier tout à fait accidentellement : peine incompressible. Sarkozy n’a pas changé : CQFD. Ce genre d’effet de menton est-il au moins efficace ? Rappelons que, si les vols de voitures ou les cambriolages d’appartements ont effectivement baissé depuis six ans (à cause surtout de toutes les mesures de sécurité prises par les intéressés eux-mêmes), les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté de 14% sous Sarkozy, les violences contre les policiers de 20%, les vols avec arme à feu de 25%. Ce qui n’a pas empêché qu’on programme la suppression de 7000 postes de fonctionnaires de police. Et c’est surtout ça que les voyous retiennent. Pourquoi je voterai Il n’y avait – on me permettra de réitérer cette opinion – aucune raison de s’abstenir dimanche dernier étant donné l’extrême pluralité des offres (et je ne comprends pas pourquoi, par exemple, certains, qui font assaut de radicale contestation du système social existant, mais déclarent vouloir s’abstenir, n’ont pas voté Front de Gauche et pourquoi des gaullistes souverainistes écoeurés n’ont pas donné leur bulletin à Nicolas Dupont-Aignan). Au second tour, en revanche, forcément réduit à un bloc contre bloc, je conçois qu’on puisse refuser ce choix. Ou hésiter. Non pas s’abstenir, ce qui est une forme de démission ou de désertion, mais voter blanc ou nul (bien que, scandaleusement, le vote blanc ne soit pas considéré comme un vote exprimé). Nous savons, cependant, depuis dimanche, que le pouvoir en place, soit s’adjuge l’abstention, soit en tire la conclusion que le scrutin n’a aucune valeur, qu’il n’a donc aucunement été sanctionné et qu’il peut poursuivre la même politique comme si de rien n’était. S’abstenir revient donc à cautionner la dévalorisation d’un scrutin de forte défiance, ce qui est une mauvaise manière à l’égard de ceux qui ont pris la peine de voter. Surtout ce que l’ampleur de l’abstention a eu comme effet principal, c’est de convaincre les principaux responsables de l’UMP — qui sont en l’occurrence les décideurs — qu’il fallait droitiser plus encore la politique suivie. Vous qui vous êtes abstenu et que je respecte est-ce vraiment ce que vous avez voulu signifier ? Parce que je crois, à tort ou à raison, que la leçon donnée au premier tour doit être renouvelée, sinon amplifiée au deuxième tour… Parce qu’il en va de la conception que je me fais – et que majoritairement nous nous faisons – de la République… Parce que j’estime qu’il faut, plus encore que de changer de cap, définir enfin et réellement un cap… … Je voterai dimanche. Et comme je n’entends pas me contenter de cet acte (d’autant que j’en profiterai pour m’offrir une bouffe dans le quartier où se situe mon bureau de vote), je vous propose la suite des propositions alternatives et constructives que je mets en débat. Il s’agissait, il y a une semaine, de rétablir la démocratie, il s’agit, cette semaine de rétablir la République. Vos réactions et critiques sont les bienvenues. Samedi 20 Mars 2010
Jean-François Kahn
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JEAN FRANCOIS KAHN
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