Sarko peut-il changer ?



(Guillaume Paumier-flickr-cc)
(Guillaume Paumier-flickr-cc)
Il ne faut jamais enterrer qui que ce soit avant terme : n’a-t-on pas vu Mitterrand ou Chirac ressusciter des morts après publication de leur avis de décès ?
Il ne s’agit donc pas tout à coup d’escamoter Sarkozy. Il peut se refaire. Il en aurait les moyens, y compris intellectuels, dès lors qu’il serait capable de se remettre en question.
Mais, justement, en est-il capable ? Il a déjà annoncé à quatre reprises qu’il avait changé. Peut-il réellement changer ?

Son attitude ces derniers jours conduit à en douter. D’abord il y a eu le déni pathétique de l’échec et la tendance à en rejeter la responsabilité sur les autres : tous des nuls.
Mais, surtout, on a assisté à une répétition totalement mécanique de ce qui est le plus contestable dans la « pratique » sarkozyenne : la tendance à se précipiter compulsivement sur le moindre fait divers, kidnapper les victimes ou leur famille, instrumentaliser leur tragédie et légiférer dans l’émotion, à la cantonade et sans aucune réflexion préalable. Sarkozy annonce des lois comme les lapins font l’amour.
Il y a eu, ces derniers jours, plusieurs actes de violence spectaculaires dont l’UMP — c’est un classique — s’est emparée pour replacer le thème de l’insécurité — miam miam ! — au centre de la campagne électorale. Ce qui n’est pas, en soi, illégitime sauf qu’en l’occurrence ce n’est pas la gauche qui est au pouvoir et qu’on ne saurait donc l’en rendre responsable.

Qu’importe ! François Fillon a même poussé le zèle jusqu’à évoquer de façon dramatique la mort de deux policiers dont l’un, heureusement pour sa famille, était toujours vivant : pas de sa faute, le Premier ministre s’était contenté de lire un discours qu’un collaborateur étourdi lui avait rédigé. Comme Sarko à Dakar. Et si on obligeait les politiques à écrire eux-mêmes les paroles des refrains qu’ils entonnent !
Donc, première boulette. Sarkozy, lui, fait mieux : il se précipite au commissariat de Dammarie-les-Lys où un gardien de la paix a cette fois réellement été abattu, semble-t-il par un terroriste basque. Il fait naturellement venir toutes les télés, s’enferme ostensiblement avec les familles puis pose, entouré des ministres de l’Intérieur et de la Justice, au milieu d’un groupe de policiers en uniforme et là, il annonce solennellement bien sûr, car Sarkozy annonce toujours solennellement, et sur un ton des plus énergique, car son ton est toujours énergique, qu’une « peine réellement perpétuelle » — en l’occurrence 30 ans incompressibles — devra désormais réellement s’appliquer à toute personne « qui aurait porté atteinte à la vie d’un agent en charge de l’autorité publique ». D’ailleurs, ajoute-t-il, le crime commence quand on parle mal à un fonctionnaire d’autorité car l’insulte entraîne le geste violent qui lui-même entraîne le meurtre.
Le problème, c’est que décider qu’un type de peine s’appliquera automatiquement, sans aucune considération de circonstance, non pas en fonction de la nature et des conditions du délit mais en fonction de la nature de la victime est juridiquement impossible dans quelque pays de droit que ce soit. Du moins depuis le bas Moyen-Age. Vous imaginez cela : quelqu’un tue froidement une petite vieille pour la dépouiller. Peine éventuellement compressible. Un autre tue un policier tout à fait accidentellement : peine incompressible.

Sarkozy n’a pas changé : CQFD.

Ce genre d’effet de menton est-il au moins efficace ? Rappelons que, si les vols de voitures ou les cambriolages d’appartements ont effectivement baissé depuis six ans (à cause surtout de toutes les mesures de sécurité prises par les intéressés eux-mêmes), les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté de 14% sous Sarkozy, les violences contre les policiers de 20%, les vols avec arme à feu de 25%. Ce qui n’a pas empêché qu’on programme la suppression de 7000 postes de fonctionnaires de police. Et c’est surtout ça que les voyous retiennent.


Pourquoi je voterai
Il n’y avait – on me permettra de réitérer cette opinion – aucune raison de s’abstenir dimanche dernier étant donné l’extrême pluralité des offres (et je ne comprends pas pourquoi, par exemple, certains, qui font assaut de radicale contestation du système social existant, mais déclarent vouloir s’abstenir, n’ont pas voté Front de Gauche et pourquoi des gaullistes souverainistes écoeurés n’ont pas donné leur bulletin à Nicolas Dupont-Aignan).

Au second tour, en revanche, forcément réduit à un bloc contre bloc, je conçois qu’on puisse refuser ce choix. Ou hésiter. Non pas s’abstenir, ce qui est une forme de démission ou de désertion, mais voter blanc ou nul (bien que, scandaleusement, le vote blanc ne soit pas considéré comme un vote exprimé).
Nous savons, cependant, depuis dimanche, que le pouvoir en place, soit s’adjuge l’abstention, soit en tire la conclusion que le scrutin n’a aucune valeur, qu’il n’a donc aucunement été sanctionné et qu’il peut poursuivre la même politique comme si de rien n’était.

S’abstenir revient donc à cautionner la dévalorisation d’un scrutin de forte défiance, ce qui est une mauvaise manière à l’égard de ceux qui ont pris la peine de voter. Surtout ce que l’ampleur de l’abstention a eu comme effet principal, c’est de convaincre les principaux responsables de l’UMP — qui sont en l’occurrence les décideurs — qu’il fallait droitiser plus encore la politique suivie. Vous qui vous êtes abstenu et que je respecte est-ce vraiment ce que vous avez voulu signifier ?

Parce que je crois, à tort ou à raison, que la leçon donnée au premier tour doit être renouvelée, sinon amplifiée au deuxième tour…
Parce qu’il en va de la conception que je me fais – et que majoritairement nous nous faisons – de la République…
Parce que j’estime qu’il faut, plus encore que de changer de cap, définir enfin et réellement un cap…
… Je voterai dimanche.
Et comme je n’entends pas me contenter de cet acte (d’autant que j’en profiterai pour m’offrir une bouffe dans le quartier où se situe mon bureau de vote), je vous propose la suite des propositions alternatives et constructives que je mets en débat. Il s’agissait, il y a une semaine, de rétablir la démocratie, il s’agit, cette semaine de rétablir la République. Vos réactions et critiques sont les bienvenues.

Samedi 20 Mars 2010
Jean-François Kahn


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378.Posté par ano le 30/03/2010 14:20


[img]http://www.marianne2.fr/photo/prof_personne-min-moy-142989.jpg [/img]

377.Posté par roi des cons le 25/03/2010 09:39
La priorité n'est pas de changer Sarko mais de changer de président...
http://vivelescons.com/

376.Posté par Moumouz le 22/03/2010 17:32
"pourquoi des gaullistes souverainistes écoeurés n’ont pas donné leur bulletin à Nicolas Dupont-Aignan"

Parce qu'il ya des gens (nombreux m'a-t-on dit) qui ne votent pas en ile de france.

375.Posté par jeanne mare le 22/03/2010 00:59
@Elie
C'est bien pour cette raison qu'il faudrait une réforme de nos institutions car telles qu'elles sont actuellement c'est mi-figue mi-raisin. Soit on opte pour un régime présidentiel à l'américaine, soit pour le parlementaire où le président se contente d'inaugurer les chrysanthèmes, ce qui a ma préférence car cela dégonflerait considérablement tous ces égos. Les journalistes se pencherait peut-être enfin sur l'analyse des programmes au lieu de nous bassiner avec les éternelles petites phrases et autres coups bas. Marre de cette pipolitique !
Bonne nuit

374.Posté par Elie Arié le 22/03/2010 00:36
@ 373 Jeanne Marre

"Quand Jospin a inversé le calendrier électoral on s'est retrouvé de fait dans un régime présidentiel en France"

À condition qu'il n'y ait pas, justement, de risques de cohabitation qu'introduiraient des élections de mi-mandat.
La France n'est pas un régime présidentiel parce que le Président n'a plus aucun pouvoir en cas de cohabitation.

373.Posté par jeanne mare le 22/03/2010 00:14
@Elie
le régime américain est un régime présidentiel

Quand Jospin a inversé le calendrier électoral on s'est retrouvé de fait dans un régime présidentiel en France. Mais unrégime où il n'y aplus de contre-pouvoirs car les législatives suivent les présidentielles au même rythme. On ne peut donc sanctionner une politique de menteur.

372.Posté par Elie Arié le 22/03/2010 00:01
@ 370 Jeanne marre

"Il me semble qu'aux usa il y a des élections au congrès à mi-mandat des présidentielles. "

Comparaison idiote: le régime américain est un régime présidentiel, dans lequel le Président garde de grands pouvoirs en période de cohabitation.

"ça dérangerait certainement le sarkozyste que vous êtes "

Idiotie confirmée.

371.Posté par jeanne mare le 21/03/2010 23:45
@idéaliste
C'est bien là le problème. Qui?

Peu importe qui ; ce n'est pas un problème de personnes mais de programme politique. J'ai encore l'espoir que cette nouvelle gauche issue de l'association avec EE-FG prendra enfin ses responsabilité et se remettra en cause. Sinon en 2012 on aura encore un guignol style DSK vendu aux multinationales.
http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/paradis/doc/a001.pdf

370.Posté par jeanne mare le 21/03/2010 23:39
@366.Posté par Elie Arié
Il me semble qu'aux usa il y a des élections au congrès à mi-mandat des présidentielles. Pourquoi pas chez nous ? ça dérangerait certainement le sarkozyste que vous êtes mais donnerait davantage de démocratie par des élections intermédiaires.Ainsi les électeurs ne confonderaient plus les régionales avec les nationales puisqu'ils pourraient s'exprimer sur les deux niveaux. Au lieu de cela nous avons donné quitus à un menteur et il est impossible de sanctionner sa politique autrement que par un vote protestataire à tous les scrutins (puisque dans la rue il s'en fiche) !
http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/paradis/doc/a001.pdf

369.Posté par Idéaliste le 21/03/2010 23:37
@ jeanne mare

C'est bien là le problème. Qui?

368.Posté par hélène le 21/03/2010 23:34
364.Posté par Idéaliste le 21/03/2010 23:28

La seule chance, pour la France, d'améliorer sa compétitivité et de rester dans la course, ce sera de se serrer très fort la ceinture sur les salaires, comme le font les Allemands depuis des années.

... l'Allemagne qui ne vie que sur ses exportations en Chine et son commerce au sein de l'Europe, pourrait bien déchanter, un peu plus tôt, un peu plus tard, mais il ne faut tout de même pas se moquer du monde.

Les Chinois avec qui elle commerce, ont fait un plan de relance économique basé sur le protectionnisme, alors si les pays européens décident d'en faire de même, je ne vois pas comment l'Allemagne pourrait tirer rapidement son épingle du jeu !

367.Posté par jeanne mare le 21/03/2010 23:33
@idéaliste
La seule chance, pour la France, d'améliorer sa compétitivité et de rester dans la course, ce sera de se serrer très fort la ceinture sur les salaires, comme le font les Allemands depuis des années.

Ce que tu décris c'est un programme électoral de droite ou pro-libéral de gauche. Il existe une autre issue pour éponger la dette (l'inflation) et se protéger de la concurrence déloyale mondialisée (protectionnisme extra-européen). Quel politique de la vraie gauche osera tenir ce langage de vérité ?
http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/paradis/doc/a001.pdf

366.Posté par Elie Arié le 21/03/2010 23:31
@ 361 jeanne marre

"Il est évident que des élections législatives anticipées devraient avoir lieu à mi-mandat por compter les forces qui soutiennent encore la politique de ce gouvernement dans une vraie démocratie"

Ben voyons.
Encore plus démocratique: des élections législatives toutes les semaines.

365.Posté par Donald11 le 21/03/2010 23:30
@ 358.Posté par Elie Arié :
Ca doit etre un mot nouveau (con) pour toi, mon pepere, que tu l'utilises a tort et a travers ...
Tu penses sans doute au sexe des femmes ...
Bonne nuit mon pepere ....

364.Posté par Idéaliste le 21/03/2010 23:28
Françaises, Français, si vous saviez, par Pierre-Antoine Delhommais

D'où aussi ce sentiment de la France d'en bas que les élites la trompent et se moquent d'Elle en lui racontant des fariboles. Par exemple en lui répétant sur tous les tons, indices boursiers à l'appui, que le pire de la crise est passé, alors qu'Elle continue, de son côté, à vivre dans le cauchemar quotidien des factures d'électricité à payer, des prêts à la consommation à rembourser et des emplois impossibles à dénicher.

En vérité, les hommes politiques n'ont aujourd'hui guère d'autre choix que le mensonge, au moins par omission, s'ils veulent assurer leur propre survie. Voilà, sinon, à quoi pourrait grosso modo ressembler un discours qui chercherait à décrire le plus honnêtement et le plus fidèlement possible la vérité économique qui se profile.

"Françaises, Français, Ne vous lamentez pas trop sur votre sort actuel, car le plus dur reste à venir. D'abord, le chômage ne va pas baisser. Les Chinois, avec leur coût du travail vingt fois plus faible et leur yuan sous-évalué, vont s'attaquer à de nouveaux produits et monopoliser de nouveaux marchés. Ce qu'ils vont gagner en niveau de vie, vous allez le perdre. Les délocalisations vont s'accélérer. La seule chance, pour la France, d'améliorer sa compétitivité et de rester dans la course, ce sera de se serrer très fort la ceinture sur les salaires, comme le font les Allemands depuis des années. Vous allez gagner moins, mais vous allez devoir travailler plus et plus longtemps, pour espérer toucher une retraite à peine décente. Avec une protection sociale réduite, car l'Etat-providence, étant donné notre niveau de dette publique, c'est terminé. Terminé. Pour réduire nos déficits et rembourser nos emprunts, vous allez aussi devoir payer plus d'impôts. Vous, mais aussi vos enfants et vos petits-enfants. C'est à peu près le seul moyen d'échapper, et ce n'est même pas sûr, au sort de la Grèce." Voilà un programme électoral vendeur.

363.Posté par Elie Arié le 21/03/2010 23:27
Malvy (68 % en Midi-Pyrénées) a gâché la fête à Royal (61 % en Poitou-Charentes).

362.Posté par jeanne mare le 21/03/2010 23:26
@Elie Arié
...cette volonté de confondre les élections de différents types...

Ne vous déplaise, il s'agît d'un vote sanction contre la politique de Sarkozy. Il est évident que des élections législatives anticipées devraient avoir lieu à mi-mandat por compter les forces qui soutiennent encore la politique de ce gouvernement dans une vraie démocratie. Mais y sommes-nous encore (dans une vraie démocratie) ?
http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/paradis/doc/a001.pdf

361.Posté par Donald11 le 21/03/2010 23:26
@ 332.Posté par KERJEAN :
C'est tout a fait ca !!!

360.Posté par hélène le 21/03/2010 23:26
@ Elie,

Ce soir c'est la victoire des régions gérées par la gauche.

Et les régions ont désormais une telle importance pour la vie des Français qu'il est essentiel de maintenir le contre pouvoir qu'elles possèdent. Essentiel !

359.Posté par Elie Arié le 21/03/2010 23:23
@ 332 KERJEAN

""est que sarkozy, l'idole d'Arié, peut changer?"

Est-ce que Kerjean peut changer? La réponse est non.
"Quand on est con, on est con" (Brassens).

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