Retraite : le mauvais plan du PS
La retraite à 60 ! Cette législation rigide, qui ne tenait compte ni de la pluralité des situations et de la spécificité des métiers, ni de l’évolution de la pyramide des âges et des progrès de la santé publique, était une erreur. Qui coûtera, d’ailleurs, de plus en plus cher. Martine Aubry en avait convenu en ouvrant la voie à une évolution vers plus de souplesse adaptative, dans les deux sens d’ailleurs, correspondant à la réalité de ce qui se pratique déjà sur le terrain. (Pourquoi pas, même, un système à points permettant de partir en retraite plus tôt avec une partie de sa pension, mais aussi de travailler un peu plus longtemps pour ensuite profiter d’une retraite rémunérée). La direction du PS en a jugé autrement. Les 60 ans, c’est sacré. C’est un acquis mythique. Un lègue mitterrandien. Pas touche ! Ce faisant, cette réaction rejoint celle de Nicolas Sarkozy qui a empilé, en 2007 et 2008, des mesures en total déconnection avec la situation de l’après crise – ainsi l’exonération de charges des heures supplémentaires ou le bouclier fiscal –, mais refuse de les remettre en question ou même de les assouplir par pur amour propre. Un cadeau au chef de l’Etat qui, du coup, fera d’autant plus assaut, purement formel, d’ouverture que le PS aura, lui, choisi la tactique, toute aussi formelle, de la fermeture. Mauvais plan.
Dans Le Monde : c’est enfin dit
Dans Le Monde daté de mercredi, deux articles remarquables qui confirment ce que nous n’avons cessé de suggérer, mais qu’un certain conformisme s’évertuait, jusqu’ici, à étouffer. 1) Qu’en est-il du réformisme sarkozyste ? A l’examen, après enquête minutieuse, à part quelques rares initiatives effectivement transformatrices, et qu’il faut honnêtement reconnaître, comme le processus d’autonomisation universitaire, cela se réduit, pour l’essentiel, à un empilement de mesures improvisées, mal ficelées, décidées à la va-vite, sans concertations ou études préalables, à des fins de pure communication, pour répondre à une volonté permanente de confisquer l’attention médiatique et d’instrumentaliser le moindre événement ou fait divers. C’est ce qui ressort de l’enquête du Monde. « Bricolage afin de satisfaire l’ogre médiatique »… Comme si la politique avait pour fonction de mettre le café du Commerce en ordre juridique » déplore un député de l’aile droite de l’UMP. Même la loi supprimant la publicité à la télévision, appliquée avant même d’avoir été votée, risque d’être retoquée par le Conseil d’Etat. Résultat : une inflation de textes ni fait ni à faire, un maquis d’incohérences inextricables, une inflation d’incertitudes qui renforce l’arbitraire bureaucratique, des lois inapplicables dont on repousse à l’infini les décrets d’application, des montagnes de dérogations et d’exonérations, une inefficacité aggravée, une décrédibilisation de la loi. « Ces prétendues réformes, dit un sénateur de la majorité, ne sont que des apparences de réformes. L’important c’est de pouvoir cocher une case ». Faire du chiffre en quelque sorte. Conséquence : les parlementaires conscients du désastre, y compris les plus sarkozystes, sont au bord de la crise de nerfs. Le risque est que cette succession de réformes bâclées pour la galerie finisse par tuer l’esprit de réforme.
Ou l’on reparle de la Géorgie
2) Le second article rapporte la conclusion d’une enquête effectuée par expert américain sur la guerre de Géorgie. Elle confirme ce que tout le monde savait, mais s’interdisait jusqu’ici de dire : que Nicolas Sarkozy, à qui George Bush avait demandé de tenter un dénouement de la crise au nom de l’Union Européenne, alla tout simplement au-devant de toutes les exigences de Vladimir Poutine, à la grande consternation des dirigeants occidentaux et à la grande joie, non dissimulée, des maîtres du Kremlin qui n’en revenaient pas et n’en espéraient pas tant. Compte tenu de la folie du président géorgien, cela aurait peut-être, de toute façon (il faut le reconnaître), finit comme ça, mais il n’y avait aucune raison de s’en faire gloire.
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