Ça, les sondages ne l’avaient pas vu venir : un Front National à 17 %, presque mieux qu’en 2002, dans les seules régions où il est resté en lice, il est vrai.
Pour la première fois le FN, partout où il était présent, a progressé d’un tour à l’autre. Ce qui signifie qu’il a réussi à arracher à la gauche un électorat populaire devenu viscéralement anti-sarkozyste, révolté, exaspéré, et ne veut pas pour autant voter PS. Mais qui, s’il n’a le choix qu’entre l’UMP et la gauche, est plus nombreux qu’il ne l’a jamais été à choisir la gauche. D’où le fait que le PS fait un bien meilleur score en duel qu’en triangulaire.
Conséquence : une défaite incontestable de la droite sarkozyste, l’une des pires de son histoire, près de 7% de moins qu’aux élections régionales de 2004 qui avaient pourtant été considérées comme une débâcle majeure. Mais on n’a pas assisté, à l’inverse, au triomphe absolu qu’espérait le Parti Socialiste. La droite et l’extrême droite ont su mieux mobiliser les abstentionnistes que la gauche. La dynamique unitaire n’a pas empêché des pertes en ligne, les listes à direction socialiste obtenant parfois moins que le total des listes PS, écologistes, Front de Gauche et extrême gauche.
D’où l’échec, assez net, en Alsace, ou des scores vainqueurs mais décevants, au vu du premier tour, comme en PACA, Champagne-Ardennes, Rhône-Alpes, etc… Et aussi dans le Nord où les 51 % sont à comparer aux 61 % obtenus par Ségolène Royal en Poitou-Charentes. En Limousin, le « Front de Gauche » qui s’était maintenu a rassemblé 19 % des suffrages qui refusaient donc d’aller au PS. En Bretagne, où se sont les écologistes qui ont refusé la fusion, ceux-ci ont capté 6 % d’électeurs de plus au détriment, là encore, du PS.
Conclusion : le Front National est devenu, plus que le PS, un captateur de l’exaspération des couches les plus populaires, ce qui est particulièrement spectaculaire dans la Lorraine la plus durement frappée par la crise ou dans le Pas-de-Calais, où le Front National a fait mieux que l’UMP. Or, vu les mesures de rigueur qu’on pourra difficilement éviter, compte tenu de la situation réelle du pays, l’extrême droite dirigée non plus par un Jean-Marie Le Pen caricatural, mais par sa fille Marine, plus moderne et à la rhétorique anti-néolibérale plus marquée, ne peut que progresser. Imaginez dans ces conditions des législatives où le FN obtienne 17 à 18% des suffrages, voire plus, et l’UMP 23 % ou moins : qui peut croire que le parti sarkozyste préférera sombrer, corps et biens, plutôt que de conclure une alliance avec l’extrême droite lepéniste ?
Ce sera, demain, la question centrale de la politique française.
Comment peut-il s’en sortir ?
Pour Nicolas Sarkozy, la situation devient quasiment ingérable.
Pourquoi ? Parce que le propre du bonapartisme, c’est que le « grand leader » ne doit jamais tomber de son piédestal. Si Bonaparte tombe à l’eau au Pont d’Arcole, il n’y a plus de Bonaparte. J’y reviendrai.
Parce que, dès lors que le sauveur suprême apparaît comme un plombeur suprême, les élus UMP découvrant avec horreur que 80 % d’entre eux risqueraient d’être battus en cas d’élections législatives, vont se déchaîner contre l’homme qui les a conduit, selon eux, dans cette impasse.
Parce que, quand, à l’occasion de la traversée de l’Amazone, une bête est blessée, les piranhas se précipitent et la mettent en charpie. Et, en particulier dans les médias, il y a beaucoup de piranhas. Parce que, demain, il va falloir dire la vérité aux Français : c’est-à-dire que la situation économique, sociale et financière est plus dégradée qu’on ne l’a prétendu et qu’on n’échappera ni à la « rigueur » ni aux hausses d’impôts. On imagine ce que peut devenir, dans la rue, ce qui déjà ressemble à une rage dans les urnes.
Alors comment peut-il s’en sortir ?
Eventuellement de deux façons. La première : en prenant de la hauteur, de la distance, en se mettant en retrait, en conduisant, enfin, en président républicain qui ne cherche plus à tout contrôler, de la justice à la télévision en passant par les grands groupes industriels, laisse un gouvernement gouverner et un Parlement légiférer. Il en est absolument incapable.
La deuxième : en décidant de dissoudre l’Assemblée nationale. La révolte attendue, dès mardi, des caciques UMP peut lui en donner le prétexte. Il peut même pousser l’astuce jusqu’à proclamer qu’il refuse la droitisation de sa politique que la plupart des élus UMP exigent. Dissolution, donc élections anticipées. La gauche les gagnerait. Largement. Elle formerait le gouvernement. Comme en Grèce, elle devrait alors assumer toutes les mesures anti-populaires imposées par la gravité de la situation. Les Verts, de leur côté, imposeraient des décisions, peut-être justes, mais qui provoqueraient la colère d’une majorité de couches sociales, et, dans deux ans, Sarkozy devenant leader de l’opposition gagnerait éventuellement l’élection présidentielle. Comme Mitterrand a gagné, en 1988, après une cohabitation, comme Chirac a gagné, en 2002, après une cohabitation. Sans quoi, le chef de l’Etat risque désormais de vivre un cauchemar.
Oui, ils ont voté massivement contre lui
C’est tout à fait étrange, voilà que les porte-voix du sarkozysme nous expliquent que le vote de ce dimanche n’a qu’une signification régionale et non nationale. Donc, les Français n’ont pas exprimé un rejet de Nicolas Sarkozy, ils ont simplement plébiscité les président socialistes sortants, des gens épatants, dont le bilan leur est apparu tout à fait remarquable. Mais alors pourquoi nous avoir expliqué, au fil de la campagne électorale, que ces mêmes présidents étaient tous nuls et que leurs bilans étaient absolument catastrophiques ?
En réalité, non les présidents socialistes n’ont pas été plébiscités et il s’agit bien essentiellement d’un vote anti-Sarkozy.
Exemple : en région Centre, le sortant PS, François Bonneau, n’est en place que depuis un an et 9 % seulement de ses administrés (selon les sondages) le connaissent. Or, il n’en a pas moins écrasé un ministre, ultra-libéral, mais plutôt compétent, de Sarkozy, Hervé Novelli, très célèbre dans la région.
En Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, dit Polochon, a obtenu un score en béton. Or, il a le charisme d’une couette, sa gestion, fort peu imaginative, se caractérise surtout par un immobilisme somnifère. En outre, se présentaient contre lui les quatre ministres les plus populaires (ou les moins impopulaires) du gouvernement : Valérie Pécresse, Rama Yade, Nathalie Kosciusko-Morizet et Chantal Jouanno. Avec, en prime, le judoka David Douillet. Rien n’y a fait : les électeurs d’Ile-de-France, soit se sont abstenus, soit ont voté anti-Sarkozy. Croyez-vous vraiment en outre, que les électeurs de PACA ont cautionné la direction socialiste de Bouches-du-Rhône gangrenée par la corruption ? Non, ils ont voté anti-Sarkozy.
C’est si vrai que la raison de l’échec du NPA d’Olivier Besancenot (et dans une moindre mesure de celui du MoDem), ainsi que les scores légèrement décevants du Front de Gauche (qui a quand même, en fait, dépassé les 7 %) et même d’Europe Ecologie, est la conséquence de cette volonté de voter utilement anti-Sarkozy.
Imaginons donc ce qui risque de se passer, si les Français ont l’impression que celui qu’ils ont voulu directement sanctionner est le seul qui s’exonère de cette sanction.
Les fabricants d’abstention
49 % d’abstention, un record pour des élections régionales, un nombre inhabituel de votes nuls, et surtout, souvent plus de 70 % de refus de vote dans des quartiers ou des cités populaires où l’on compte, en outre, 20 % de non-inscrits et de nombreux immigrés qui n’ont pas le droit de vote, cela signifie, tout simplement, que le scrutin de dimanche a pris la forme, au moins dans les périphéries urbaines, d’un scrutin censitaire. En banlieue parisienne, par exemple, mais aussi dans certaines zones très marquées par la crise comme dans la Lorraine sidérurgique, les banlieues du Rhône ou de Seine-Saint-Denis, les votes exprimés n’ont représenté que 5 % de la population.
Pourquoi cette sécession qui risque, à terme, de tourner en attentat contre la démocratie ?
On a déjà rappelé les dégâts qu’a provoquée la forfaiture qui consista à imposer en catimini, par voie parlementaire, sans consultation des Français, un traité européen que les électeurs avaient majoritairement refusé par référendum. « Alors, à quoi sert-il notre bulletin ? », se sont sans doute interrogés beaucoup d’abstentionnistes.
J’aimerais bien connaître, là-dessus, l’opinion d’Alain Duhamel. Faites-lui passer…
Il y a aussi le véritable dégoût, l’écoeurement provoqué par les volte-face obscènes exécutées par ceux, les Bernard Kouchner, les Eric Besson, qui, en 48 heures, sont passés d’une gauche socialiste rhétoriquement irréductible à l’acceptation d’un portefeuille dans le gouvernement Sarkozy. Même Martin Hirsch, même Fadela Amara ! Mon Dieu ! A quoi est venu s’ajouter l’impression de complicité au sommet – « ils s’entendent entre eux, c’est le même monde » - le mythe de l’UMPS en somme, qu’ont donné, hélas, les Jack Lang, les Michel Rocard, et même les Jacques Attali. Alain Minc passé de Balladur à Jospin, proche de Martine Aubry et conseiller de Nicolas Sarkozy, le mal qu’a pu faire un tel constat est incalculable. Que demain, Kouchner soit ministre d’un gouvernement socialiste, conseiller par Alain Minc et dont Séguéla concoctera les campagnes publicitaires n’est, au fond, jugé improbable par personne.
A quoi on ajoutera l’effet de la logique bipolaire ; le refus du pluralisme véritable théorisé encore par un Alain Minc pour qui ceux qui ne pensent « pas bien », c’est-à-dire comme lui, sont exclus du « cercle de la raison » ; la responsabilité très lourde des médias dominants qui, au lieu de s’ouvrir à certaines sensibilités dissidentes, ne serait-ce que pour les civiliser, les radicalisent en les excommuniant ; la désidéologisation ; la crise du militantisme ; le refus de la gauche d’aborder de front les problèmes de l’immigration et de l’insécurité.
En 2007, les électeurs se sont exceptionnellement mobilisés : Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Ségolène Royal ont profité de cette flambée de civisme. A l’arrivée, Sarkozy a désespéré, voire écoeuré les mieux disposés à son endroit, François Bayrou a dilapidé son magot en ne l’investissant que sur sa propre caisse d’épargne, et Ségolène Royal a été escamotée par les siens. Comment s’étonner du résultat?
Pour la première fois le FN, partout où il était présent, a progressé d’un tour à l’autre. Ce qui signifie qu’il a réussi à arracher à la gauche un électorat populaire devenu viscéralement anti-sarkozyste, révolté, exaspéré, et ne veut pas pour autant voter PS. Mais qui, s’il n’a le choix qu’entre l’UMP et la gauche, est plus nombreux qu’il ne l’a jamais été à choisir la gauche. D’où le fait que le PS fait un bien meilleur score en duel qu’en triangulaire.
Conséquence : une défaite incontestable de la droite sarkozyste, l’une des pires de son histoire, près de 7% de moins qu’aux élections régionales de 2004 qui avaient pourtant été considérées comme une débâcle majeure. Mais on n’a pas assisté, à l’inverse, au triomphe absolu qu’espérait le Parti Socialiste. La droite et l’extrême droite ont su mieux mobiliser les abstentionnistes que la gauche. La dynamique unitaire n’a pas empêché des pertes en ligne, les listes à direction socialiste obtenant parfois moins que le total des listes PS, écologistes, Front de Gauche et extrême gauche.
D’où l’échec, assez net, en Alsace, ou des scores vainqueurs mais décevants, au vu du premier tour, comme en PACA, Champagne-Ardennes, Rhône-Alpes, etc… Et aussi dans le Nord où les 51 % sont à comparer aux 61 % obtenus par Ségolène Royal en Poitou-Charentes. En Limousin, le « Front de Gauche » qui s’était maintenu a rassemblé 19 % des suffrages qui refusaient donc d’aller au PS. En Bretagne, où se sont les écologistes qui ont refusé la fusion, ceux-ci ont capté 6 % d’électeurs de plus au détriment, là encore, du PS.
Conclusion : le Front National est devenu, plus que le PS, un captateur de l’exaspération des couches les plus populaires, ce qui est particulièrement spectaculaire dans la Lorraine la plus durement frappée par la crise ou dans le Pas-de-Calais, où le Front National a fait mieux que l’UMP. Or, vu les mesures de rigueur qu’on pourra difficilement éviter, compte tenu de la situation réelle du pays, l’extrême droite dirigée non plus par un Jean-Marie Le Pen caricatural, mais par sa fille Marine, plus moderne et à la rhétorique anti-néolibérale plus marquée, ne peut que progresser. Imaginez dans ces conditions des législatives où le FN obtienne 17 à 18% des suffrages, voire plus, et l’UMP 23 % ou moins : qui peut croire que le parti sarkozyste préférera sombrer, corps et biens, plutôt que de conclure une alliance avec l’extrême droite lepéniste ?
Ce sera, demain, la question centrale de la politique française.
Comment peut-il s’en sortir ?
Pour Nicolas Sarkozy, la situation devient quasiment ingérable.
Pourquoi ? Parce que le propre du bonapartisme, c’est que le « grand leader » ne doit jamais tomber de son piédestal. Si Bonaparte tombe à l’eau au Pont d’Arcole, il n’y a plus de Bonaparte. J’y reviendrai.
Parce que, dès lors que le sauveur suprême apparaît comme un plombeur suprême, les élus UMP découvrant avec horreur que 80 % d’entre eux risqueraient d’être battus en cas d’élections législatives, vont se déchaîner contre l’homme qui les a conduit, selon eux, dans cette impasse.
Parce que, quand, à l’occasion de la traversée de l’Amazone, une bête est blessée, les piranhas se précipitent et la mettent en charpie. Et, en particulier dans les médias, il y a beaucoup de piranhas. Parce que, demain, il va falloir dire la vérité aux Français : c’est-à-dire que la situation économique, sociale et financière est plus dégradée qu’on ne l’a prétendu et qu’on n’échappera ni à la « rigueur » ni aux hausses d’impôts. On imagine ce que peut devenir, dans la rue, ce qui déjà ressemble à une rage dans les urnes.
Alors comment peut-il s’en sortir ?
Eventuellement de deux façons. La première : en prenant de la hauteur, de la distance, en se mettant en retrait, en conduisant, enfin, en président républicain qui ne cherche plus à tout contrôler, de la justice à la télévision en passant par les grands groupes industriels, laisse un gouvernement gouverner et un Parlement légiférer. Il en est absolument incapable.
La deuxième : en décidant de dissoudre l’Assemblée nationale. La révolte attendue, dès mardi, des caciques UMP peut lui en donner le prétexte. Il peut même pousser l’astuce jusqu’à proclamer qu’il refuse la droitisation de sa politique que la plupart des élus UMP exigent. Dissolution, donc élections anticipées. La gauche les gagnerait. Largement. Elle formerait le gouvernement. Comme en Grèce, elle devrait alors assumer toutes les mesures anti-populaires imposées par la gravité de la situation. Les Verts, de leur côté, imposeraient des décisions, peut-être justes, mais qui provoqueraient la colère d’une majorité de couches sociales, et, dans deux ans, Sarkozy devenant leader de l’opposition gagnerait éventuellement l’élection présidentielle. Comme Mitterrand a gagné, en 1988, après une cohabitation, comme Chirac a gagné, en 2002, après une cohabitation. Sans quoi, le chef de l’Etat risque désormais de vivre un cauchemar.
Oui, ils ont voté massivement contre lui
C’est tout à fait étrange, voilà que les porte-voix du sarkozysme nous expliquent que le vote de ce dimanche n’a qu’une signification régionale et non nationale. Donc, les Français n’ont pas exprimé un rejet de Nicolas Sarkozy, ils ont simplement plébiscité les président socialistes sortants, des gens épatants, dont le bilan leur est apparu tout à fait remarquable. Mais alors pourquoi nous avoir expliqué, au fil de la campagne électorale, que ces mêmes présidents étaient tous nuls et que leurs bilans étaient absolument catastrophiques ?
En réalité, non les présidents socialistes n’ont pas été plébiscités et il s’agit bien essentiellement d’un vote anti-Sarkozy.
Exemple : en région Centre, le sortant PS, François Bonneau, n’est en place que depuis un an et 9 % seulement de ses administrés (selon les sondages) le connaissent. Or, il n’en a pas moins écrasé un ministre, ultra-libéral, mais plutôt compétent, de Sarkozy, Hervé Novelli, très célèbre dans la région.
En Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, dit Polochon, a obtenu un score en béton. Or, il a le charisme d’une couette, sa gestion, fort peu imaginative, se caractérise surtout par un immobilisme somnifère. En outre, se présentaient contre lui les quatre ministres les plus populaires (ou les moins impopulaires) du gouvernement : Valérie Pécresse, Rama Yade, Nathalie Kosciusko-Morizet et Chantal Jouanno. Avec, en prime, le judoka David Douillet. Rien n’y a fait : les électeurs d’Ile-de-France, soit se sont abstenus, soit ont voté anti-Sarkozy. Croyez-vous vraiment en outre, que les électeurs de PACA ont cautionné la direction socialiste de Bouches-du-Rhône gangrenée par la corruption ? Non, ils ont voté anti-Sarkozy.
C’est si vrai que la raison de l’échec du NPA d’Olivier Besancenot (et dans une moindre mesure de celui du MoDem), ainsi que les scores légèrement décevants du Front de Gauche (qui a quand même, en fait, dépassé les 7 %) et même d’Europe Ecologie, est la conséquence de cette volonté de voter utilement anti-Sarkozy.
Imaginons donc ce qui risque de se passer, si les Français ont l’impression que celui qu’ils ont voulu directement sanctionner est le seul qui s’exonère de cette sanction.
Les fabricants d’abstention
49 % d’abstention, un record pour des élections régionales, un nombre inhabituel de votes nuls, et surtout, souvent plus de 70 % de refus de vote dans des quartiers ou des cités populaires où l’on compte, en outre, 20 % de non-inscrits et de nombreux immigrés qui n’ont pas le droit de vote, cela signifie, tout simplement, que le scrutin de dimanche a pris la forme, au moins dans les périphéries urbaines, d’un scrutin censitaire. En banlieue parisienne, par exemple, mais aussi dans certaines zones très marquées par la crise comme dans la Lorraine sidérurgique, les banlieues du Rhône ou de Seine-Saint-Denis, les votes exprimés n’ont représenté que 5 % de la population.
Pourquoi cette sécession qui risque, à terme, de tourner en attentat contre la démocratie ?
On a déjà rappelé les dégâts qu’a provoquée la forfaiture qui consista à imposer en catimini, par voie parlementaire, sans consultation des Français, un traité européen que les électeurs avaient majoritairement refusé par référendum. « Alors, à quoi sert-il notre bulletin ? », se sont sans doute interrogés beaucoup d’abstentionnistes.
J’aimerais bien connaître, là-dessus, l’opinion d’Alain Duhamel. Faites-lui passer…
Il y a aussi le véritable dégoût, l’écoeurement provoqué par les volte-face obscènes exécutées par ceux, les Bernard Kouchner, les Eric Besson, qui, en 48 heures, sont passés d’une gauche socialiste rhétoriquement irréductible à l’acceptation d’un portefeuille dans le gouvernement Sarkozy. Même Martin Hirsch, même Fadela Amara ! Mon Dieu ! A quoi est venu s’ajouter l’impression de complicité au sommet – « ils s’entendent entre eux, c’est le même monde » - le mythe de l’UMPS en somme, qu’ont donné, hélas, les Jack Lang, les Michel Rocard, et même les Jacques Attali. Alain Minc passé de Balladur à Jospin, proche de Martine Aubry et conseiller de Nicolas Sarkozy, le mal qu’a pu faire un tel constat est incalculable. Que demain, Kouchner soit ministre d’un gouvernement socialiste, conseiller par Alain Minc et dont Séguéla concoctera les campagnes publicitaires n’est, au fond, jugé improbable par personne.
A quoi on ajoutera l’effet de la logique bipolaire ; le refus du pluralisme véritable théorisé encore par un Alain Minc pour qui ceux qui ne pensent « pas bien », c’est-à-dire comme lui, sont exclus du « cercle de la raison » ; la responsabilité très lourde des médias dominants qui, au lieu de s’ouvrir à certaines sensibilités dissidentes, ne serait-ce que pour les civiliser, les radicalisent en les excommuniant ; la désidéologisation ; la crise du militantisme ; le refus de la gauche d’aborder de front les problèmes de l’immigration et de l’insécurité.
En 2007, les électeurs se sont exceptionnellement mobilisés : Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Ségolène Royal ont profité de cette flambée de civisme. A l’arrivée, Sarkozy a désespéré, voire écoeuré les mieux disposés à son endroit, François Bayrou a dilapidé son magot en ne l’investissant que sur sa propre caisse d’épargne, et Ségolène Royal a été escamotée par les siens. Comment s’étonner du résultat?
