J’ai annoncé, ici, que dimanche, entre la majorité, c’est-à-dire l’UMP et ses alliés, et l’opposition de gauche, l’écart pourrait atteindre 20 points (il y a deux mois, je pensais qu’il serait de 15 points). En fait, les sondages, publics ou privés, qui viennent d’être réalisés, laissent prévoir une défaite de la droite d’une plus grande ampleur encore : en Aquitaine, l’écart serait de 30 points (59 à 29) ; en Languedoc-Roussillon, de 30 points également en faveur de l’ineffable Georges Frêche (58 à 28) et, en Poitou-Charentes, de 29 points (63 à 34). Sur le terrain, les candidats UMP sont démoralisés, furieux et ne retiennent plus leurs incantations anti-sarkozystes. Les journées de lundi et de mardi vont être terribles et historiques.
Il n’y a qu’en Alsace que ce serait ric-rac.
Bien sûr, la majorité va se retrouver, soudain, tellement minoritaire, que l’expression même « majoritaire » va devenir bizarre et que certains exigeront, c’est un classique, une dissolution du Parlement. A tort, car en démocratie un scrutin ne peut être annulé que par un scrutin de même nature.
Mais si ces prévisions se confirment, nous serons alors confrontés à une étrange situation ou équation, qui peut se résumer ainsi : l’UMP = 20 % et 31 % avec ses ralliés = 12 % des inscrits = 70 % des élus à l’Assemblée Nationale = 55 % des sénateurs = 90 % des membres du CSA organisme de contrôle de l’objectivité audiovisuelle = 90 % des membres du Conseil constitutionnel = 90 % du des responsables des chaînes de télévision = 80 % des tenants de l’oligarchie économico-financière et, naturellement, la présidence de la République et le gouvernement. Donc, tous les pouvoirs centraux.
Et, inversement, le PS = 30 % = 14 % des inscrits = 100 % des pouvoirs régionaux.
Question : un tel décalage entre le pays réel et ses reflets institutionnels ne risque-t-il pas de déboucher, à un moment ou à un autre, sur une crise institutionnelle ?
Le MoDem de base et la neutralité
A propos du MoDem, dont personne ne peut nier qu’il soit avec l’UMP et le NPA le grand perdant du scrutin régional, notons un appel signé par plusieurs responsables et candidats, en particulier du Rhône, dont Florence Mardirossian, du Nord ou de l’Ile-de-France, préconisant un vote au second tour en faveur de la liste démocrate en Aquitaine (où elle est présente, ayant obtenue plus de 10 % des suffrages) et de l’alliance socialo-écologiste ailleurs.
Ce qui me donne l’occasion de réitérer le point de vue que j’avais exprimé, ici, avant le premier tour. A partir du moment où François Bayrou a écrit sur le sarkozysme en tant que radical abus de pouvoir, le remarquable livre qu’il a écrit ; à partir du moment où Marielle de Sarnez a intégré, à l’occasion d’une grande réunion à Marseille, le front de l’alliance démocrate-sociale et écologique préconisée par Vincent Peillon (il manquait, d’ailleurs, l’expression « républicaine »), il est inconcevable que la direction du MoDem ait choisi, entre les deux tours des régionales, la posture démissionnaire de la neutralité.
D’où l’intérêt de cet appel venu de la base.
Sur l’animal en nous
En lisant certaines réactions suscitées par l’émission télévisée « Le jeu de la mort », je songeais au plaisir que prend le plus adorable des chats à jouer, en la torturant de facto, avec une souris qu’il a attrapée.
Bien sûr qu’il y a de l’animalité en nous tous. Aucune intelligence n’est en mesure – et heureusement d’une certaine façon – d’éradiquer le niveau des émotions et des instincts. Notre propre cerveau est le fruit de la synthèse de toutes ces composantes : à la fois résultat d’une évolution et histoire sans cesse réitérée de cette évolution. Il n’y a pas abolition, mais intégration, à leur propre dépassement, du cerveau reptilien (celui, par exemple, du crocodile) et celui de nos ancêtres primates. Exactement comme il n’y a jamais totale abolition du tribalisme, du féodalisme ou de l’esclavagisme, mais réintégration et recomposition à des stades supérieurs de l’évolution de notre société de ces différents moments de leurs évolutions antérieures.
En d’autres termes, ce qu’on appelle un progrès de civilisation correspond au progressif rééquilibrage correctif du naturel par le culturel, mais évidemment pas à la disparition du naturel.
Pourquoi toute forme d’exaltation collective ou de contrainte (par exemple, l’exaspération des antagonismes ethnico-tribaux dans les Balkans), ou toute emprise autoritaire, qui refoule le culturel au profit du naturel, tend à favoriser une réémergence de l’animalité en nous.
C’est un peu comme lorsqu’une tempête, emportant la couche de limons, fait réapparaître le soubassement granitique d’un sous-sol.
Mais, de même que l’animalité est un « toujours là », l’humanité aussi. Irréductible. Et si chaque être humain est sans doute capable à un moment donné du pire (même le philosophe Althusser a étranglé sa femme), tout être humain reste également toujours capable du meilleur. C’est-à-dire d’altruisme, de générosité, de dévouement, voire même de sacrifices et ça n’est pas contradictoire.
J’ai reçu, après un article hostile à la canonisation de Pie XII, des lettres de catholiques d’une violence excommunicatrice inouïe qui me faisait penser qu’ils eussent, sous l’Inquisition, allumé eux-mêmes les bûchers. Mais, en même temps, je suis convaincu que, s’il y avait du Torquemada en eux, il y avait aussi du Saint Vincent de Paul. Les mêmes, donc, eussent été certainement capables, par exemple, d’admirable dévouement à une cause humanitaire.
D’ailleurs prenez l’exemple du forum que suscite ce blog. Si l’on s’en tient parfois à la violence de ton, à l’intolérance, à l’esprit d’exclusion, à la méchanceté, à la petitesse même à l’occasion, dont font preuve certains intervenants dissimulés derrière l’anonymat, on en frissonne. Mais, derrière cette posture qui exprime une tentation qui nous est commune à tous, combien d’émotion, de douceur, de sensibilité rentrées et, surtout, dans le cadre d’une aspiration collective dynamisante et constructive, quelle capacité, j’en suis convaincu, de don de soi.