Réflexions post-show présidentiel
« Le nouveau Sarkozy » titrait mardi Le Figaro qui relevait même, pour s’en féliciter, une certaine «mitterrandisation». On aura tout vu.
Si l’on calcule bien, cela fait le sixième « nouveau Sarkozy » en trois ans. Il paraît que l’ancien laissait à désirer : n’était-il pas nerveux, agressif, arrogant, vitupérant, clivant, soulignait même, hier, l’excellent quotidien. Mais cela, à l’époque, Le Figaro avait oublié de nous le signaler, d’autant que le chef de l’Etat était déjà censé avoir complètement « changé ».
On ne peut tout ramener à la communication
Les médias, surtout ceux de province, ont, cette fois, réagi plutôt négativement à la prestation présidentielle. Certains ont même parlé de ratage. Rien de moins cruel. Il y eut quelques bons passages (ou numéros).
Mais, de toute façon, ce type de jugement pose problème et démontre ce qu’il y a de totalement pervers à ramener toute action politique concrète à un continuel exercice de communication. Au fond, la seule question qui vaille est celle du réel, c’est-à -dire de la direction, de l’opportunité, de l’équité et du résultat d’une politique. Or, tout se passe comme si cela n’avait plus aucune importance et que seul valait un numéro télévisuel réussi ou raté. Au point que mieux vaudrait un mauvais bilan agrémenté d’une bonne « com’ », qu’un bon bilan mal vendu. Régression infantile caractérisée. Hier, il convenait d’applaudir un Sarkozy médiatiquement excellent ce qui faisait oublier qu’il allait dans le mauvais sens. Aujourd’hui, il conviendrait plutôt de considérer qu’il a été assez mauvais. Et, même s’il allait dans le bon sens, cela n’aurait plus aucune importance. Finalement, tout réduire à une question de communication (avec la complicité de certaines télévisions) fonctionne dans les deux sens : cela, pendant un temps, donne une illusion de réussite totalement artificielle. Mais, dans un second temps, quand ça ne marche plus, cela peut ruiner tous vos efforts, fût-ce de façon injuste.
Réactions politiques totalement mécaniques
On peut, certes, porter sur le grand spectacle télévisé donné par Nicolas Sarkozy un jugement des plus critiques. Et même, en souligner des aspects quasiment psychanalytiques. Par exemple : la hargne nominative anti-Obama, anti-Louis Schweitzer, anti-Daniel Bouton, ou même anti-Jospin, tous coupables, avant tout, de n’avoir pas fait preuve d’une suffisante considération à l’égard du grand petit homme (les affidés, en revanche, ont toutes les vertus). Mais il faut admettre que le pire ce ne fut pas sa prestation à lui, mais la nullité proprement désolante des réactions politiques totalement mécaniques qu’elle a suscitée. Comment des gens qui ont, pour l’essentiel, des yeux, des oreilles et un cerveau assez semblables peuvent-ils, après avoir regardé la même émission, la juger, les uns totalement lamentable, et les autres lumineusement performante ? Et pourquoi faut-il que ces jugements d’après recoupent à 100 % les a priori d’avant ? Quel intérêt ? Un socialiste se serait-il déshonoré en se félicitant, par exemple, que Sarkozy est rejeté l’hypothèse d’une retraite par capitalisation et accepté l’idée d’une approche si possible consensuelle de la question ? Pourquoi poser toujours comme préalable que l’adversaire a tort sur absolument tout et que sa nullité est nécessairement sans borne. A l’inverse, un perroquet UMP aurait-il commis un crime de lèse-majesté s’il avait souligné ce qu’il y avait de difficilement supportable dans l’éloge, sans distance ni nuance, des mégas salaires des grands patrons amis du pouvoir, rémunérations qui même obscènes correspondraient toujours, selon le président, à leur mérite. Donc le mérite de Lagardère est 400 fois plus important que celui d’un professeur agrégé puisqu’il vaut 400 fois plus ? Je déclinerai, demain, quelques-unes des nombreuses affirmations totalement fallacieuses empilées par le pouvoir et le camp présidentiel. Mais, cela ne doit pas empêcher pour autant de reconnaître aussi qu’il dit vrai ou pense juste quand cela, parfois, arrive. Gabegie Il a été très peu question, lundi soir, de la dette et des déficits publics. C’est dommage. On aurait pu demander au chef de l’Etat, puisque les caisses sont vides, s’il était bien raisonnable d’organiser un saut de puce de 24 heures à la Réunion qui a coûté un minimum de 1,6 million d’euros. Une délégation pléthorique, une armada de journalistes, quatre avions dont deux A319, un Falcon 50 et un A310, quatre hélicoptères, une climatisation spéciale, l’hôtel le plus cher pour tout le monde, 10 000 cartons d’invitation, etc…
Imam Préoccupant : l’attaque contre l’imam de Drancy, qui s’était déclaré relativement favorable à une loi sur la burqa, a rassemblé non pas 2 ou 4 agresseurs comme cela s’est déjà produit, mais 80. Un véritable petit bataillon. Et si, par irresponsabilité électoraliste et politicienne, on était en train de faire le jeu d’un côté de l’extrême droite islamophobe et de l’autre d’un islamisme fascisant ?
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