Et ça recommence. Ils ont fait d’Eric Zemmour une hyper star, ils sont en train de faire de Claude Allègre, de nouveau, une hyper star.
Publier une pétition qui relève toutes les erreurs repérées dans le dernier livre de Claude Allègre, bravo. Mais publierait-on une pétition relevant toutes les erreurs dans les derniers livres de Bernard-Henri Lévy ?
Publier une pétition qui relève toutes les erreurs repérées dans le dernier livre de Claude Allègre, bravo. Mais publierait-on une pétition relevant toutes les erreurs dans les derniers livres de Bernard-Henri Lévy ?
Opéra bourgeois?
L’opéra français du XIXè siècle fût-il un spectacle réservé à la bourgeoisie ? Pour l’essentiel, oui. Mais, attention : on n’est pas passé d’un public populaire à un public bourgeois, mais d’un public aristocratique à un public bourgeois au sens large (d’où l’importance des thèmes dénonciateurs du fanatisme religieux ou laudateur des libérations nationales. Ainsi, « Les Huguenots » ou « Guillaume Tell », ou encore le « Nabucco » de Verdi en Italie).
En revanche, les opéras-comiques, réservés, surtout à Paris, à la petite bourgeoisie, puis étaient déclinés dans tout les théâtres de province devant un public beaucoup plus mélangé et, surtout, étaient débités ensuite en « petits formats » qui permettaient aux grands airs d’être chantés (ainsi « Le pays où fleurit l’oranger » dans « Mignon ») dans presque toutes les familles.
Notons qu’au début du XXè siècle, les ouvriers et ouvrières entonnaient volontiers en français « Comme une plume au vent » (« Rigoletto ») ou « Sur la mer calmée » (« Madame Butterfly »).
Quant à l’air magnifique « Le jour où je me suis donnée » (« Louise » de Charpentier), il est extrait d’un opéra qui met le petit peuple en scène et qui a été écrit par un socialiste.
En revanche, les opéras-comiques, réservés, surtout à Paris, à la petite bourgeoisie, puis étaient déclinés dans tout les théâtres de province devant un public beaucoup plus mélangé et, surtout, étaient débités ensuite en « petits formats » qui permettaient aux grands airs d’être chantés (ainsi « Le pays où fleurit l’oranger » dans « Mignon ») dans presque toutes les familles.
Notons qu’au début du XXè siècle, les ouvriers et ouvrières entonnaient volontiers en français « Comme une plume au vent » (« Rigoletto ») ou « Sur la mer calmée » (« Madame Butterfly »).
Quant à l’air magnifique « Le jour où je me suis donnée » (« Louise » de Charpentier), il est extrait d’un opéra qui met le petit peuple en scène et qui a été écrit par un socialiste.
Le débat continue
J’ai tenté, ici, de poser quelques questions qui me paraissent essentielles. Et qu’on ne doit pas occulter.
1 - Si le FN renaît de ses cendres et progresse (comme d’ailleurs presque tous les mouvements d’extrême droite en Europe du Nord), n’est-ce pas parce que la stratégie censée l’étouffer n’est pas forcément la bonne ?
2 – La banalisation du racisme, à quoi on assimile tout et n’importe quoi, ne fait-elle pas le jeu des racistes véritables et donc du Front National ?
3 – L’utilisation systématique du concept totalement flou de « populisme » mis à toutes les sauces pour diaboliser l’adversaire, ne pose-t-elle pas problème ?
Quand j’évoquais « la gestapo de la pensée », je ne le reprenais pas à mon compte, je disais que beaucoup de gens le ressentent et l’intériorisent ainsi, ce qui, comme on l’a constaté en Suisse, peut faire ensuite des dégâts.
Tout cela a apparemment déchaîné les passions, mais je n’ai pas eu l’impression qu’on répondait rationnellement à ces interrogations.
Puisque quelques internautes me l’ont demandé, je publie donc l’intégralité du bloc-notes que j’ai consacré à ce sujet dans Marianne :
1 - Si le FN renaît de ses cendres et progresse (comme d’ailleurs presque tous les mouvements d’extrême droite en Europe du Nord), n’est-ce pas parce que la stratégie censée l’étouffer n’est pas forcément la bonne ?
2 – La banalisation du racisme, à quoi on assimile tout et n’importe quoi, ne fait-elle pas le jeu des racistes véritables et donc du Front National ?
3 – L’utilisation systématique du concept totalement flou de « populisme » mis à toutes les sauces pour diaboliser l’adversaire, ne pose-t-elle pas problème ?
Quand j’évoquais « la gestapo de la pensée », je ne le reprenais pas à mon compte, je disais que beaucoup de gens le ressentent et l’intériorisent ainsi, ce qui, comme on l’a constaté en Suisse, peut faire ensuite des dégâts.
Tout cela a apparemment déchaîné les passions, mais je n’ai pas eu l’impression qu’on répondait rationnellement à ces interrogations.
Puisque quelques internautes me l’ont demandé, je publie donc l’intégralité du bloc-notes que j’ai consacré à ce sujet dans Marianne :
Mais qui gonfle les voiles du Front National?
Près de 18 % dans les douze départements où il était resté en lice ; pour la première fois, une nette progression d’un tour à l’autre ; la liste de Marine Le Pen dépassant même celle de l’UMP dans le Pas-de-Calais ; des scores impressionnants dans des régions martyrisées par la crise sociale, là où le Parti Communiste obtenait, il y a encore quinze ans, ses meilleurs résultats…
La façon dont notre cléricature médiatico-bien pensante a, en partie, escamoté ou relativisé le coup de tonnerre lepéniste de dimanche dernier laisse mal augurer de sa capacité à sortir de sa bulle pour renouer avec le pays réel… Ce pays qui, au second tour des élections régionales, a très majoritairement refusé de jouer le jeu démocratique ; et dont la sécession massive constitue, peut-être, l’une des causes de la crise cataclysmique que traverse, justement, l’univers médiatique.
*
Cette pudeur est compréhensible, cependant.
Car, qui est responsable de ce retrait quasi insurrectionnel – insurrection totalement pervertie, hélas – du peuple sur l’Aventin ? On va répondre, bien sûr, Sarkozy ! Comme le « sauveur suprême », devenu le « plombeur suprême », a pris une méga piquette, maintenant, on peut se permettre. Y compris Jean-Michel Aphatie. Bientôt, mon copain Jean-Pierre Elkabbach et ma copine Catherine Nay vont s’y mettre. Même Le Monde, vous verrez, qui, du haut de son trône pontifical, nous accusa de psychologisme déviant, finira par convenir que ce type « a un grain ». Lorsque Etienne Mougeotte (du Figaro) basculera à son tour, ce sera la fin des haricots.
Donc, le pyromane, c’est Sarkozy. Un peu vrai : n’est-ce pas lui qui, dans les banlieues, déclencha l’incendie pour mieux se proposer en pompier ? Mettre le feu pour le plaisir de caracoler au volant de la voiture à grande échelle, c’est un classique.
Un peu comme ces enfants qui s’exhibent fièrement en habit de mousquetaires, notre « sauveur » s’affubla de toute la panoplie de Monsieur Sécurité, menottes comprises. Mais, pour crédibiliser ce fliquesque accoutrement, il prit toutes les mesures qui ne pouvaient qu’exacerber l’insécurité : suppression de la police de proximité, fin de son ancrage dans les cités, alourdissement et rigidification jusqu’à la caricature des forces d’intervention, fermeture des commissariats, réduction des personnels… Manœuvre très réussie : les violences aux personnes n’ont cessé de croître et le nombre de lois sécuritaires aussi. En créant un métaphysique ministère de l’« Immigration et de l’Identité nationale », il instrumentalisa politiquement les angoisses générées par l’ampleur des flux migratoires et, parallèlement, encouragea l’instrumentalisation économique et sociale de ces mêmes flux à la demande de l’aile la plus conservatrice du patronat. D’où la montée d’un malaise malsain qui justifia qu’il tentât, ensuite, de l’exploiter électoralement en lançant le surréaliste débat de type soviétique sur le thème de la dite « identité nationale ».
Résumons : surenchère sécuritaire débouchant sur plus d’insécurité. Surenchère identitaire débouchant sur plus d’immigration de travail et une quasi impunité en faveur des patrons, amis du pouvoir, employeurs de sans papiers.
Dans les deux cas, évidemment, l’extrême droite ne pouvait in fine que tirer les châtaignes de la cendre, comme on dit en serbo-croate (ou, si vous préférez, les marrons du feu).
*
Mais, est-ce à dire que la cléricature médiatique d’un côté et la gauche bien pensante de l’autre (souvent lié) peuvent s’exonérer de leur responsabilité ?
A quoi a-t-on assisté ces derniers mois ? Pas une semaine sans qu’une bronca inquisitoriale ne prenne obsessionnellement et compulsivement pour cible un « dérapage » comme ils disent, c’est-à-dire une vanne, une saillie, une brève de comptoir, un rot phraséologique, un hoquet verbal douteux, une assertion pétomaniaque. Une sottise ? Racisme ! Une stupidité ? Racisme ! Un à peu près lourdingue ? Racisme ! Un « mal dit » par incontinence grammaticale ? Racisme ! Parce qu’on n’a plus le droit d’être con ? Ni médiocre ? Ni simplet ? Parce qu’on n’a plus le droit de s’exprimer laborieusement ou maladroitement ? Ou, beaucoup plus gravement, de ne pas penser comme il faut et de s’exprimer avec les mots qu’il ne faut pas.
« Dérapage », c’est d’ailleurs un aveu. Sortie de route. « Dérive », disent-ils encore. Franchissement de la ligne jaune. La même intolérance normative s’exprimait hier à travers un autre mot, déviationnisme ! Ajoutez-y l’accusation de « populisme », et c’est le pompon.
Quoi ? Vous vous exprimez comme s’exprime un homme du peuple ou, pire, comme si vous cherchiez à être compris par les hommes et les femmes du peuple, peut-être même - horreur ! – comme si vous espériez séduire le peuple ? Comment qualifient-ils ces sales tentatives ? Vous avez remarqué, de « nauséabondes » ! Un aveu, parce que le peuple sent mauvais. Il pue. Chirac l’avait dit à propos des immigrés, c’est une question d’odeur.
*
Le lancement saugrenu d’un débat étatisé sur « l’identité nationale » sponsorisé par des préfets à casquettes de flics (mais débat promotionné et porté par tous les médias, rappelons-le), a, certes, contribué à remplumer l’extrême droite d’autant, qu’aussitôt qu’il a tourné vinaigre, on l’a interrompu (double cadeaux !).
Mais que dire des appels à y mettre fin parce qu’il donnait lieu… vous devenez la suite… à des « dérapages ». Un débat qui ne doit jamais s’écarter de la partition ou du texte officiel, ce n’est pas un débat, c’est un concert, ou une représentation théâtrale.Voire une messe où l’on chante des cantiques liturgiques. Vous imaginez ce que peut être la réaction de ce peuple qui « ne sent pas bon », que l’on invite à débattre de la nature de son identité, mais à qui on explique que s’il exprime à sa façon, avec ses mots, ses angoisses, ses doutes, ses contradictions et ses ambiguïtés, aussitôt, clic-clac, on coupera la retransmission ; on débranchera le micro. Et qui, presque chaque jour, entend exiger, par le tribunal autoproclamé de la bien pensance de gauche, la démission, la radiation, l’excommunication, la relégation, l’ostracisation, la purification, la mise en quarantaine, la mise en examen, l’exorcisme, voire l’incarcération de personnes « vues à la télé » dont le crime consista à déclarer, par étourderie, ce que, en son sein, au café du coin, au cours du déjeuner dominical ou du dîner annuel des Amis du club de rugby, entre Marcel, Dédé, Rachid et Mamadou, on dégoise communément sans y voir à mal.
Alors oui, l’impression est, non pas exprimée, mais intériorisée, non seulement que les gars d’en bas sont écrasés sous les exclusions fulminées par les types d’en haut, mais, qu’en outre, le haut dispose, pour exclure ce bas, d’une véritable Gestapo de la parole, sinon de la pensée.
Quand Marcel et Dédé découvrent que suggérer qu’un jeune beur trouverait plus facilement du travail s’il ne portait pas sa casquette à l’envers et ne parlant pas verlan, est non seulement bêta, mais « raciste » ; que regretter que les Algériens de France fêtant, sur la Cannebière, la victoire de leur équipe, n’aient pas arboré quelques drapeaux français, est non seulement stupide, mais quasiment « fasciste » ; que plaisanter sur la nullité des blancs en matière sportive en constatant qu’il y a neuf blacks sur onze joueurs dans une équipe de foot, est à la fois fasciste et raciste ; que l’emploi de l’expression « pas catholique » dénote un antisémitisme féroce ; alors oui, Marcel et Dédé en concluent que, finalement, si le racisme ce n’est que ça, si le fascisme ce n’est que ça… voter Le Pen ça n’est pas si grave.
*
Eh bien continuez comme ça messieurs, mesdames, continuez à tolérer la logique qui casse les hommes avec leurs outils, leur âme avec leur corps ; à accepter que le nouveau absolutisme de la richesse justifie le retour d’une paupérisation redevenue absolue… Continuez, surtout, à semer de la dynamite sous prétexte que vous disposez de portes blindées qui vous protégeront – du moins vous le croyez – des explosions ; à qualifier a priori de « liberticide » toute forme d’action effective menée contre cet envers du capitalisme sauvage qu’est la délinquance, parce que vous êtes munis de double digicodes ; à offrir aux pires exploiteurs la chair fraîche esclavagisée qui leur permettra de liquider peu à peu tous les acquis sociaux, et cela dans la mesure où ça ne remet nullement en cause votre propre niveau de vie ; à poignarder dans le dos des millions de citoyens issus de l’immigration dont vous submergez les efforts d’intégration sous les nouveaux flux que vous appelez d’autant plus facilement de vos vœux que leur sont interdits les zones où vous habitez…
Oui, continuez ! Et alors, que va-t-il se passer ? Cela : d’abord le Jean-Marie caricatural laissera la place à la « Marine » qui se fiche comme d’une guigne de Pétain, de l’OAS et de Monseigneur Lefebvre. Elle donnera au discours lepéniste une tonalité anticapitaliste et justicialiste aux relents populo-anarchisants. En conséquence, compte tenu de l’aggravation de la crise sociale, à l’occasion des prochaines élections législatives, le Front National atteindra 19 % des suffrages et l’UMP dégringolera à 22 % ; la droite dite républicaine aura le choix entre se contenter de 40 députés et donc disparaître, ou faire alliance avec le FN. Elle fera donc alliance pour sauver les meubles. Les élections seront évidemment perdues. La gauche, apparemment triomphante, reviendra au pouvoir. Elle gouvernera. Mais sera mise en situation de devoir prendre, comme la gauche grecque, toutes les mesures impopulaires qu’exigera une situation économico-financière beaucoup plus dégradée qu’on veut bien le reconnaître. A quoi les écolos ajouteront l’exigence de mesures, justes et sublimes bien sûr, mais qui retourneront la plupart des couches sociales contre la gauche. En fonction de quoi, la droite remportera les élections suivantes en alliance avec l’extrême droite. Et il y aura des ministres Front National.
Vous voulez éviter cette échéance ? Alors, remettez-vous en question. Y êtes-vous prêts ? Hélas, je suis convaincu que non.
La façon dont notre cléricature médiatico-bien pensante a, en partie, escamoté ou relativisé le coup de tonnerre lepéniste de dimanche dernier laisse mal augurer de sa capacité à sortir de sa bulle pour renouer avec le pays réel… Ce pays qui, au second tour des élections régionales, a très majoritairement refusé de jouer le jeu démocratique ; et dont la sécession massive constitue, peut-être, l’une des causes de la crise cataclysmique que traverse, justement, l’univers médiatique.
*
Cette pudeur est compréhensible, cependant.
Car, qui est responsable de ce retrait quasi insurrectionnel – insurrection totalement pervertie, hélas – du peuple sur l’Aventin ? On va répondre, bien sûr, Sarkozy ! Comme le « sauveur suprême », devenu le « plombeur suprême », a pris une méga piquette, maintenant, on peut se permettre. Y compris Jean-Michel Aphatie. Bientôt, mon copain Jean-Pierre Elkabbach et ma copine Catherine Nay vont s’y mettre. Même Le Monde, vous verrez, qui, du haut de son trône pontifical, nous accusa de psychologisme déviant, finira par convenir que ce type « a un grain ». Lorsque Etienne Mougeotte (du Figaro) basculera à son tour, ce sera la fin des haricots.
Donc, le pyromane, c’est Sarkozy. Un peu vrai : n’est-ce pas lui qui, dans les banlieues, déclencha l’incendie pour mieux se proposer en pompier ? Mettre le feu pour le plaisir de caracoler au volant de la voiture à grande échelle, c’est un classique.
Un peu comme ces enfants qui s’exhibent fièrement en habit de mousquetaires, notre « sauveur » s’affubla de toute la panoplie de Monsieur Sécurité, menottes comprises. Mais, pour crédibiliser ce fliquesque accoutrement, il prit toutes les mesures qui ne pouvaient qu’exacerber l’insécurité : suppression de la police de proximité, fin de son ancrage dans les cités, alourdissement et rigidification jusqu’à la caricature des forces d’intervention, fermeture des commissariats, réduction des personnels… Manœuvre très réussie : les violences aux personnes n’ont cessé de croître et le nombre de lois sécuritaires aussi. En créant un métaphysique ministère de l’« Immigration et de l’Identité nationale », il instrumentalisa politiquement les angoisses générées par l’ampleur des flux migratoires et, parallèlement, encouragea l’instrumentalisation économique et sociale de ces mêmes flux à la demande de l’aile la plus conservatrice du patronat. D’où la montée d’un malaise malsain qui justifia qu’il tentât, ensuite, de l’exploiter électoralement en lançant le surréaliste débat de type soviétique sur le thème de la dite « identité nationale ».
Résumons : surenchère sécuritaire débouchant sur plus d’insécurité. Surenchère identitaire débouchant sur plus d’immigration de travail et une quasi impunité en faveur des patrons, amis du pouvoir, employeurs de sans papiers.
Dans les deux cas, évidemment, l’extrême droite ne pouvait in fine que tirer les châtaignes de la cendre, comme on dit en serbo-croate (ou, si vous préférez, les marrons du feu).
*
Mais, est-ce à dire que la cléricature médiatique d’un côté et la gauche bien pensante de l’autre (souvent lié) peuvent s’exonérer de leur responsabilité ?
A quoi a-t-on assisté ces derniers mois ? Pas une semaine sans qu’une bronca inquisitoriale ne prenne obsessionnellement et compulsivement pour cible un « dérapage » comme ils disent, c’est-à-dire une vanne, une saillie, une brève de comptoir, un rot phraséologique, un hoquet verbal douteux, une assertion pétomaniaque. Une sottise ? Racisme ! Une stupidité ? Racisme ! Un à peu près lourdingue ? Racisme ! Un « mal dit » par incontinence grammaticale ? Racisme ! Parce qu’on n’a plus le droit d’être con ? Ni médiocre ? Ni simplet ? Parce qu’on n’a plus le droit de s’exprimer laborieusement ou maladroitement ? Ou, beaucoup plus gravement, de ne pas penser comme il faut et de s’exprimer avec les mots qu’il ne faut pas.
« Dérapage », c’est d’ailleurs un aveu. Sortie de route. « Dérive », disent-ils encore. Franchissement de la ligne jaune. La même intolérance normative s’exprimait hier à travers un autre mot, déviationnisme ! Ajoutez-y l’accusation de « populisme », et c’est le pompon.
Quoi ? Vous vous exprimez comme s’exprime un homme du peuple ou, pire, comme si vous cherchiez à être compris par les hommes et les femmes du peuple, peut-être même - horreur ! – comme si vous espériez séduire le peuple ? Comment qualifient-ils ces sales tentatives ? Vous avez remarqué, de « nauséabondes » ! Un aveu, parce que le peuple sent mauvais. Il pue. Chirac l’avait dit à propos des immigrés, c’est une question d’odeur.
*
Le lancement saugrenu d’un débat étatisé sur « l’identité nationale » sponsorisé par des préfets à casquettes de flics (mais débat promotionné et porté par tous les médias, rappelons-le), a, certes, contribué à remplumer l’extrême droite d’autant, qu’aussitôt qu’il a tourné vinaigre, on l’a interrompu (double cadeaux !).
Mais que dire des appels à y mettre fin parce qu’il donnait lieu… vous devenez la suite… à des « dérapages ». Un débat qui ne doit jamais s’écarter de la partition ou du texte officiel, ce n’est pas un débat, c’est un concert, ou une représentation théâtrale.Voire une messe où l’on chante des cantiques liturgiques. Vous imaginez ce que peut être la réaction de ce peuple qui « ne sent pas bon », que l’on invite à débattre de la nature de son identité, mais à qui on explique que s’il exprime à sa façon, avec ses mots, ses angoisses, ses doutes, ses contradictions et ses ambiguïtés, aussitôt, clic-clac, on coupera la retransmission ; on débranchera le micro. Et qui, presque chaque jour, entend exiger, par le tribunal autoproclamé de la bien pensance de gauche, la démission, la radiation, l’excommunication, la relégation, l’ostracisation, la purification, la mise en quarantaine, la mise en examen, l’exorcisme, voire l’incarcération de personnes « vues à la télé » dont le crime consista à déclarer, par étourderie, ce que, en son sein, au café du coin, au cours du déjeuner dominical ou du dîner annuel des Amis du club de rugby, entre Marcel, Dédé, Rachid et Mamadou, on dégoise communément sans y voir à mal.
Alors oui, l’impression est, non pas exprimée, mais intériorisée, non seulement que les gars d’en bas sont écrasés sous les exclusions fulminées par les types d’en haut, mais, qu’en outre, le haut dispose, pour exclure ce bas, d’une véritable Gestapo de la parole, sinon de la pensée.
Quand Marcel et Dédé découvrent que suggérer qu’un jeune beur trouverait plus facilement du travail s’il ne portait pas sa casquette à l’envers et ne parlant pas verlan, est non seulement bêta, mais « raciste » ; que regretter que les Algériens de France fêtant, sur la Cannebière, la victoire de leur équipe, n’aient pas arboré quelques drapeaux français, est non seulement stupide, mais quasiment « fasciste » ; que plaisanter sur la nullité des blancs en matière sportive en constatant qu’il y a neuf blacks sur onze joueurs dans une équipe de foot, est à la fois fasciste et raciste ; que l’emploi de l’expression « pas catholique » dénote un antisémitisme féroce ; alors oui, Marcel et Dédé en concluent que, finalement, si le racisme ce n’est que ça, si le fascisme ce n’est que ça… voter Le Pen ça n’est pas si grave.
*
Eh bien continuez comme ça messieurs, mesdames, continuez à tolérer la logique qui casse les hommes avec leurs outils, leur âme avec leur corps ; à accepter que le nouveau absolutisme de la richesse justifie le retour d’une paupérisation redevenue absolue… Continuez, surtout, à semer de la dynamite sous prétexte que vous disposez de portes blindées qui vous protégeront – du moins vous le croyez – des explosions ; à qualifier a priori de « liberticide » toute forme d’action effective menée contre cet envers du capitalisme sauvage qu’est la délinquance, parce que vous êtes munis de double digicodes ; à offrir aux pires exploiteurs la chair fraîche esclavagisée qui leur permettra de liquider peu à peu tous les acquis sociaux, et cela dans la mesure où ça ne remet nullement en cause votre propre niveau de vie ; à poignarder dans le dos des millions de citoyens issus de l’immigration dont vous submergez les efforts d’intégration sous les nouveaux flux que vous appelez d’autant plus facilement de vos vœux que leur sont interdits les zones où vous habitez…
Oui, continuez ! Et alors, que va-t-il se passer ? Cela : d’abord le Jean-Marie caricatural laissera la place à la « Marine » qui se fiche comme d’une guigne de Pétain, de l’OAS et de Monseigneur Lefebvre. Elle donnera au discours lepéniste une tonalité anticapitaliste et justicialiste aux relents populo-anarchisants. En conséquence, compte tenu de l’aggravation de la crise sociale, à l’occasion des prochaines élections législatives, le Front National atteindra 19 % des suffrages et l’UMP dégringolera à 22 % ; la droite dite républicaine aura le choix entre se contenter de 40 députés et donc disparaître, ou faire alliance avec le FN. Elle fera donc alliance pour sauver les meubles. Les élections seront évidemment perdues. La gauche, apparemment triomphante, reviendra au pouvoir. Elle gouvernera. Mais sera mise en situation de devoir prendre, comme la gauche grecque, toutes les mesures impopulaires qu’exigera une situation économico-financière beaucoup plus dégradée qu’on veut bien le reconnaître. A quoi les écolos ajouteront l’exigence de mesures, justes et sublimes bien sûr, mais qui retourneront la plupart des couches sociales contre la gauche. En fonction de quoi, la droite remportera les élections suivantes en alliance avec l’extrême droite. Et il y aura des ministres Front National.
Vous voulez éviter cette échéance ? Alors, remettez-vous en question. Y êtes-vous prêts ? Hélas, je suis convaincu que non.
