Langage guerrier ; Il faut opposer un mur d’acier aux hordes de spéculateurs. L’odieuse spéculation ne passera pas !
Et, en effet ,les décisions historiques prises la nuit dernière à Bruxelles vont dans ce sens. Il s’agit de dire aux « marchés » : « L’Euro est solide. aucun pays de l’ « Euroland » ne fera faillite, la preuve en est que nous somme prêts à mobiliser si nécessaire des sommes considérables pour l’éviter ».
Or, d’une certaine manière, la spéculation est passée. Même si, cette fois, c’est dans le bon sens. Qu’ont fait les présumés spéculateurs, en effet : puisque l’Europe a mis potentiellement sur le marché des tombereaux de liquidités, ils se sont précipités pour prendre leur part. Grosse cagnotte, y’a bon, accourons. Comme les bourses européennes avaient dégringolé sous le coup d’une méchante suspicion, et qu’en conséquence les produits financiers étaient devenus bon marché, mais que la décision prise à Bruxelles prouve qu’il n’y a pas de banqueroute en vue, les spéculateurs comme on dit ont saisi l’occas' et ont raflé un max. Quitte à revendre demain. Qui croit que les fondamentaux economico-financiers de la Grèce ou de l’Espagne justifient soudain une hausse de 11 à 13% de leurs indices boursiers ? Il y avait simplement un profit à ramasser. Or c’est très exactement ce qu’on appelle une spéculation et cela , comme nous le faisions remarquer hier, ne préjuge en rien de l’évaluation que les marchés feront à terme de l’impact des décisions prises à Bruxelles (d’ailleurs le cours de l’euro lui n’a pas beaucoup progressé).
Pour évaluer la situation les marchés-qu’on baptise spéculation quand ils réagissent mal- prendront en compte deux éléments contradictoires : l’ampleur considérable des garanties financières apportées aux économies européennes les plus fragiles et, compte tenu justement de cette ampleur, des conséquences cataclysmiques qu’aurait l’échec de ce plan.
En clair, les marchés peuvent ils être réduits par des hordes d’épouvantables spéculateurs ?
Qu’est ce donc qu’un spéculateur ? En fait c’est une institution-banque, fonds de placements, fonds de pensions, fonds spéculatifs, fonds souverains- qui gère des fortunes et des épargnes en les plaçant de telle façon qu’elles rapportent à leurs détenteurs et en évitant que ceux ci perdent leur chemise. Le moteur de cette spéculation est sans doute la cupidité, au mieux la protection d’un magot, mais pas à priori la méchanceté. Il ne faut pas confondre appât du gain et complot occulte. Si l’humanisme, la générosité ou même la poésie rapportaient, la spéculation achèterait de l’humanisme, de la générosité ou de la poésie.
C’est donc le système financier global, intrinsèquement pervers, devenu irrationnel et immoral, qu’il faut dénoncer, les spéculateurs n’en étant que les rouages.
Si d’ailleurs on appliquait la mesure que nous avons à plusieurs reprises préconisée ici-l’instauration d’une taxe sur les flux financiers progressive en fonction de la rapidité de leurs mouvements d’aller et retours- la spéculation, qui joue sur l’instantanéité, perdrait de sa virulence.
Un spéculateur n’est, en somme, que quelqu’un ou un organisme qui cherche, à faire fructifier un avoir, c’est à dire comment gagner de l’argent le plus possible, avec de l’argent, plutôt que tout perdre et qui utilise, pour ce faire, toutes les ruses du système.
A quoi s’ajoute, il est vrai, une dimension psychologique de plus en plus importante qui exacerbe des dynamiques dans les deux sens.
1) Les opérateurs de marchés sont des jeunes gens amoraux experts en techniques financière mais incultes et souvent immatures qui vivent dans un monde virtuel ce qui exacerbe leur tendance collective à l’auto-intoxication
2) Un seul mouvement de doigt, un clic sur un ordinateur leur donne l’illusion de la toute puissance au risque de favoriser l’irresponsabilité.
3) Leur adhésion totale à l’idéologie dominante les prédispose au mimétisme, au panurgisme, d’où la fréquence de leurs réactions de panique.
4) Idéologiquement imprégnés des dogmes néolibéraux, un double préjugé les imprègne : le quasi mépris d’une Europe considérée comme un continent vieillissant plombé par l’assistanat et le rejet de la logique à leurs yeux quasi soviétique qui préside au fonctionnement de la zone euro.
Enfin, contrairement à ce qui se passe sur le marché des marchandises et des services où une hausse des prix fait baisser la demande, le panurgisme et l’avidité font que sur un marché financier, la hausse des prix entraîne la hausse de la demande (il y a encore, pense t on toujours, du gras à se faire avant que ça s’écroule, d’où le phénomène de bulle) et la baisse accélère l’écroulement de la demande. Les spéculateurs, au fond ce sont des fous.