Au fond, la tragédie grecque, terriblement simple et apparemment insoluble, est encore plus choquante qu’il n’y paraît. Pourquoi ?
Résumons :
1) Le gouvernement conservateur de Karamanlis ayant truqué les comptes, avec la complicité d’une grande banque américaine, (donc de ce qu’on appelle « les marchés ») son successeur, social démocrate, découvre soudain que le déficit public, abyssal, représente, en réalité, 12% du PIB. Depuis, on a découvert qu’il dépassait, en fait, 14%.
2) Un déficit, n’en déplaise à certains, doit toujours se combler. Pour ce faire, il est nécessaire d’emprunter, puisque les états ne peuvent plus (sauf les Etats-Unis) faire marcher la planche à billets.
3) Pour emprunter il faut trouver des prêteurs ; qui exigent des intérêts. Moins vous donnez de garanties aux prêteurs, c’est-à-dire, paradoxalement, moins vous êtes riche et puissant, et plus ces intérêts sont élevés.
4) Si vous ne trouvez plus de prêteurs ou si vous ne pouvez plus garantir des intérêts beaucoup trop élevés, vous êtes en faillite. Auparavant, un pays confronté à des déficits considérables et à la défiance des créanciers dévaluait radicalement sa monnaie, c’était une sorte de reconnaissance de faillite. Au sein de la zone euro ce n’est plus possible.
5) Donc, le problème de la Grèce c’est d’obtenir des emprunts pour combler les trous béants de son budget, alors, qu’à priori, les prêteurs potentiels ne lui font plus confiance.
6) La logique et la morale auraient exigé, dans la mesure où le gouvernement Papandréou n’est pas responsable du trucage des comptes, que le FMI et l’Union européenne prêtassent à la Grèce quelques cinquante milliards d’euros, ce dont elle a besoin, à un taux d’intérêt de 2,5% ou 3% en échange de la mise en œuvre, à moyen terme, d’une politique qui permette de réduire les déficits (à 3% du PIB en quatre ans par exemple) sans casser la croissance. Or, ce n’est pas du tout ce que l’on a fait. D’un côté, on impose à la Grèce une politique d’extrême rigueur immédiate qui replonge le pays dans la récession et, de l’autre, les marchés exigent des taux d’intérêts de plus de 7% qui bouffent les économies obtenues par cette rigueur.
7) Et, comme si cela ne suffisait pas, les agences de notation, en particulier l’agence Fitch, qui est contrôlée par la holding française Finaloc (appartenant à Ladreit de la Charrière) dégrade un peu plus la note de la Grèce, ce qui revient à affoler les marchés (les prêteurs) et donc à annuler des efforts consentis par la population.
8) Et alors, comble du comble, que se passe-t-il ? Alors que l’épargne grecque (les économies et patrimoines des plus riches) pourrait, par patriotisme, voler au secours du pays, en consentant, par exemple, des prêts à 4%, c’est la contraire qui se produit : la bourgeoisie grecque retire son argent des banques grecques pour le placer à l’extérieur (10 milliards retirés en quelques jours). Autrement dit, les sacrifices imposés à la population, qui ont permis, dans un premier temps, de réduire le déficit de 50%, sont rendus inutiles par l’attitude des plus privilégiés qui plombent leur propre patrie en la fuyant.
9) Cette attitude, suicidaire, est en grande partie imposée par l’Allemagne qui refuse de « payer pour des truqueurs », mais qui trouva normal que l’Europe tout entière paye pour sa réunification. La principale victime, après la Grèce, et le Portugal, sera la France puisque ce sont les banques françaises qui sont les plus exposées sur les « obligations » grecques : pour 65 milliards si on y joint les assureurs. L’Europe est proche de son Waterloo !
Résumons :
1) Le gouvernement conservateur de Karamanlis ayant truqué les comptes, avec la complicité d’une grande banque américaine, (donc de ce qu’on appelle « les marchés ») son successeur, social démocrate, découvre soudain que le déficit public, abyssal, représente, en réalité, 12% du PIB. Depuis, on a découvert qu’il dépassait, en fait, 14%.
2) Un déficit, n’en déplaise à certains, doit toujours se combler. Pour ce faire, il est nécessaire d’emprunter, puisque les états ne peuvent plus (sauf les Etats-Unis) faire marcher la planche à billets.
3) Pour emprunter il faut trouver des prêteurs ; qui exigent des intérêts. Moins vous donnez de garanties aux prêteurs, c’est-à-dire, paradoxalement, moins vous êtes riche et puissant, et plus ces intérêts sont élevés.
4) Si vous ne trouvez plus de prêteurs ou si vous ne pouvez plus garantir des intérêts beaucoup trop élevés, vous êtes en faillite. Auparavant, un pays confronté à des déficits considérables et à la défiance des créanciers dévaluait radicalement sa monnaie, c’était une sorte de reconnaissance de faillite. Au sein de la zone euro ce n’est plus possible.
5) Donc, le problème de la Grèce c’est d’obtenir des emprunts pour combler les trous béants de son budget, alors, qu’à priori, les prêteurs potentiels ne lui font plus confiance.
6) La logique et la morale auraient exigé, dans la mesure où le gouvernement Papandréou n’est pas responsable du trucage des comptes, que le FMI et l’Union européenne prêtassent à la Grèce quelques cinquante milliards d’euros, ce dont elle a besoin, à un taux d’intérêt de 2,5% ou 3% en échange de la mise en œuvre, à moyen terme, d’une politique qui permette de réduire les déficits (à 3% du PIB en quatre ans par exemple) sans casser la croissance. Or, ce n’est pas du tout ce que l’on a fait. D’un côté, on impose à la Grèce une politique d’extrême rigueur immédiate qui replonge le pays dans la récession et, de l’autre, les marchés exigent des taux d’intérêts de plus de 7% qui bouffent les économies obtenues par cette rigueur.
7) Et, comme si cela ne suffisait pas, les agences de notation, en particulier l’agence Fitch, qui est contrôlée par la holding française Finaloc (appartenant à Ladreit de la Charrière) dégrade un peu plus la note de la Grèce, ce qui revient à affoler les marchés (les prêteurs) et donc à annuler des efforts consentis par la population.
8) Et alors, comble du comble, que se passe-t-il ? Alors que l’épargne grecque (les économies et patrimoines des plus riches) pourrait, par patriotisme, voler au secours du pays, en consentant, par exemple, des prêts à 4%, c’est la contraire qui se produit : la bourgeoisie grecque retire son argent des banques grecques pour le placer à l’extérieur (10 milliards retirés en quelques jours). Autrement dit, les sacrifices imposés à la population, qui ont permis, dans un premier temps, de réduire le déficit de 50%, sont rendus inutiles par l’attitude des plus privilégiés qui plombent leur propre patrie en la fuyant.
9) Cette attitude, suicidaire, est en grande partie imposée par l’Allemagne qui refuse de « payer pour des truqueurs », mais qui trouva normal que l’Europe tout entière paye pour sa réunification. La principale victime, après la Grèce, et le Portugal, sera la France puisque ce sont les banques françaises qui sont les plus exposées sur les « obligations » grecques : pour 65 milliards si on y joint les assureurs. L’Europe est proche de son Waterloo !
Après Ambroise Thomas, Paul Delaroche
Vu, hier, à l’Opéra comique, ce « Mignon » d’Ambroise Thomas dont je vous entretenais récemment. Triomphe ! Donc, l’occultation de cette œuvre (et de beaucoup d’autres) pendant soixante ans, résultait bien d’un terrorisme intellectuel exercé par une petite caste de dictateurs du bon gout. Précisons, pour la petite histoire, que Mignon contenant, au second acte, une scène d’incendie, lors de la 800ème cet incendie fictif mit le feu à l’opéra comique et qu’on déplora 120 morts.
Dans le même registre : je viens de passer quatre jours à Londres, à l’occasion d’une conférence et d’un diner débat sur le concept d’ « alternative ». J’en ai profité pour visiter une exposition Van Gogh et une autre (à la National Gallery) consacrée à Paul Delaroche. Je suis convaincu que pratiquement personne d’entre vous ne connaît Paul Delaroche. Or, il s’agit d’un peintre français du début du XIXème siècle (1830) qui acquit une exceptionnelle célébrité, comme Ambroise Thomas en musique, au point que plusieurs de ses tableaux (comme « les enfants d’Edouard » ou « l’assassinat du duc de Guise ») furent cultes jusqu’à la fin des années quarante. Spécialiste des tableaux historiques romantiques, Delaroche, dont le savoir faire pictural était époustouflant, avait, en quelque sorte, inventé la mise en scène hollywoodienne de qualité. Le cinéma l’a donc tué, mais il n’empêche qu’il en eut comme l’intuition. Or, personne, en France, n’aurait l’idée de consacrer une exposition prestigieuse à Paul Delaroche, et ce sont les Anglais qui le font. Ce qui est significatif.
Pays à l’avant garde de la modernité, pour le meilleur et pour le pire, la Grande-Bretagne, contrairement à la France, n’en a pas moins conservé tout ce qui participe à son identité, y compris ses taxis, ses autobus ou ses policiers à l’ancienne. L’idée ne lui viendrait donc pas d’éradiquer jusqu’au souvenir de peintres ou de musiciens qui contribuèrent à l’enrichissement de son patrimoine. Nous, en revanche, on efface tout. En est-on plus moderne pour autant ?
En bref
Relevée, dans le Figaro, cette phrase prononcée par un conseiller de Nicolas Sarkozy : « il faudra faire quelque chose pour que la réforme des retraites paraisse juste ». Paraisse ?
Vu, hier, à l’Opéra comique, ce « Mignon » d’Ambroise Thomas dont je vous entretenais récemment. Triomphe ! Donc, l’occultation de cette œuvre (et de beaucoup d’autres) pendant soixante ans, résultait bien d’un terrorisme intellectuel exercé par une petite caste de dictateurs du bon gout. Précisons, pour la petite histoire, que Mignon contenant, au second acte, une scène d’incendie, lors de la 800ème cet incendie fictif mit le feu à l’opéra comique et qu’on déplora 120 morts.
Dans le même registre : je viens de passer quatre jours à Londres, à l’occasion d’une conférence et d’un diner débat sur le concept d’ « alternative ». J’en ai profité pour visiter une exposition Van Gogh et une autre (à la National Gallery) consacrée à Paul Delaroche. Je suis convaincu que pratiquement personne d’entre vous ne connaît Paul Delaroche. Or, il s’agit d’un peintre français du début du XIXème siècle (1830) qui acquit une exceptionnelle célébrité, comme Ambroise Thomas en musique, au point que plusieurs de ses tableaux (comme « les enfants d’Edouard » ou « l’assassinat du duc de Guise ») furent cultes jusqu’à la fin des années quarante. Spécialiste des tableaux historiques romantiques, Delaroche, dont le savoir faire pictural était époustouflant, avait, en quelque sorte, inventé la mise en scène hollywoodienne de qualité. Le cinéma l’a donc tué, mais il n’empêche qu’il en eut comme l’intuition. Or, personne, en France, n’aurait l’idée de consacrer une exposition prestigieuse à Paul Delaroche, et ce sont les Anglais qui le font. Ce qui est significatif.
Pays à l’avant garde de la modernité, pour le meilleur et pour le pire, la Grande-Bretagne, contrairement à la France, n’en a pas moins conservé tout ce qui participe à son identité, y compris ses taxis, ses autobus ou ses policiers à l’ancienne. L’idée ne lui viendrait donc pas d’éradiquer jusqu’au souvenir de peintres ou de musiciens qui contribuèrent à l’enrichissement de son patrimoine. Nous, en revanche, on efface tout. En est-on plus moderne pour autant ?
En bref
Relevée, dans le Figaro, cette phrase prononcée par un conseiller de Nicolas Sarkozy : « il faudra faire quelque chose pour que la réforme des retraites paraisse juste ». Paraisse ?
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Un responsable UMP reçu, avec d’autres élus, par le chef de l’Etat à l’Elysée, raconte : « il nous a dit qu’il allait faire attention à son style, qu’il allait faire preuve d’humilité car» - la suite est savoureuse - «son énergie et sa détermination pouvaient passer pour de l’arrogance ». Quelle humilité, en effet. Or, dès le lendemain, le président expliquait à un groupe de journalistes : « je ne suis nullement responsable de la défaite des régionales puisque je n’ai absolument pas fait campagne. Sauf à la Réunion et en Guyane et, là, l’UMP a gagné ! ». Celui qui a saisi toutes les occasions possibles et inimaginables d’aller soutenir, en Franche Comté, son ami Joyandet, ce devait être un sosie !

