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Pourquoi cette peur d'une nouvelle crise financière?
Ah ! La fameuse refondation du capitalisme que le G20 de Londres était censé, sous inspiration sarkozyenne, avoir initiée !
En réalité, on le constate chaque jour plus nettement, et les Grecs et les Irlandais encore plus que nous, non seulement on a rien changé au système qui a débouché sur la grande crise de septembre 2008, mais, en outre, d’une certaine manière, on a tout aggravé. Pourquoi ? Parce que ce système qui avait failli s’écrouler, les Etats, hier abhorrés par les néolibéraux, l’avait sauvé d’une honteuse banqueroute en injectant dans ses rouages des masses himalayennes de liquidités, sans pour autant remettre en cause la finalité spéculative de sa logique « intrinsèquement perverse », comme disait Pie XI. Personne, même pas « l’étatiste » le plus dogmatique, n’aurait précédemment imaginé un tel déferlement de dépenses publiques. Ce que les nations empruntèrent, en un an, pour les financer, représente 100 fois ce que coûta, après-guerre, le plan Marshall. La dette souveraine mondiale atteint, aujourd’hui, 50 000 milliards de dollars ! Celle du G7, 30 000 milliards ! L’Everest multiplié par dix ! Sommes colossales, inimaginables qui – précisément parce que le G20 n’accoucha que d’une souris en celluloïd – se sont engouffré illico dans l’ensemble des bulles potentiellement offertes à la cupidité universelle pour les gonfler, presque toute en même temps, jusqu’à l’hystérie : actions, obligations, or, matières premières. Quelques exemples : avant le début du repli provoqué par une nouvelle montée d’inquiétude, on relevait + 74 % pour l’indice du cours des métaux ; + 95 % pour le thé ; + 90 % pour le sucre. Les bourses des pays émergents sont devenues des valeurs refuges. L’indice de celle de Taïwan multiplie par 90 les bénéfices attendus des sociétés cotées et la bourse de Shanghai, elle, par 63. La valeur des actions des deux plus grosses sociétés automobiles chinoises représente de 24 à 42 fois les bénéfices prévisionnels. Celle de Tata Motors, en Inde, 20 fois ! La Chine, qui fascine tant les néolibéraux, est devenue une énorme bulle : un Dubaï multiplié par 100. D’autant que, outre un plan de relance de 450 milliards de dollars, les banques chinoises ont prêté, en 2009, 1000 milliards d’euros aux entreprises et aux particuliers, 60 milliards en une seule semaine de janvier, 8,5 milliards par jour. De la dynamite ! Un enfant de 12 ans pourrait comprendre cela : quand des tombereaux de liquidités, injectées dans le système pour le sauver, s’engouffrent, tout en s’auto-dopant, dans toutes les poches spéculatives possibles au point que l’économie financière – virtuelle – peut faire des bonds de 25 à 80 % tandis que l’économie productive – tangible –, en particulier en Europe, se traîne autour de taux de croissance de 2 %, cela signifie que le fossé qui sépare le virtuel du réel se creuse. En conséquence, non seulement l’implosion est fatale, mais - tous les secteurs financiers, à l’exception cette fois de l’immobilier, ayant générés d’énormes bulles - elle risque, cette implosion, d’être plus brutale et plus calamiteuse que celle de septembre 2008. Or, cette fois, beaucoup de caisses sont effectivement vides, y compris celles des banques centrales. « La crise est finie, voilà maintenant le chaos », comme l’écrivait lucidement le très néolibéral chroniqueur du Figaro, Yves de Kerdrel. Un signe ? La spéculation - j’y ai déjà fait allusion, mais je le rappelle - s’est déchaînée autour des CDS (Credit default swap). Késaco ? A priori il s’agit d’une assurance contre la faillite d’un pays qui, du coup, ne pourrait plus rembourser ses dettes. Or, cette « assurance » est devenue à son tour un produit financier « dérivé » que l’on peut acheter et revendre. Elle a été, comme on dit, « titrisée ». Exactement comme les fameux crédits immobiliers hypothécaires américains (subprimes), dont la soudaine dévalorisation a déclenché la crise. En l’occurrence, plus un pays va mal et plus la valeur de la prime d’assurance (CDS) augmente. On n’a pas changé le système, on a simplement versé un peu plus de poudre explosive dans ses tonneaux. Les actuelles attaques spéculatives visent d’abord la Grèce. Puis, en deuxième ligne, l’Espagne et le Portugal. Pourquoi ? Parce que ces pays sont ceux dont les déficits publics ce sont les plus creusés et donc, en conséquence, la dette a le plus flambé. Un comble : les marchés devenus fous déclenchent un cataclysme, les Etats parviennent à éviter la catastrophe en soutenant l’activité économique grâce à des emprunts. Et les marchés provisoirement guéris sanctionnent les Etats emprunteurs qui les ont sauvés. Comment les sanctionnent-ils ? En leur imposant, d’abord des mesures d’austérité draconiennes, puis des taux de crédit tellement élevés (6,6 % pour la Grèce, contre la moitié moins pour l’Allemagne), que même ces mesures d’austérité ne leur permettront pas, compte tenu de la charge de la dette, de combler les déficits ! Qui peut croire qu’une telle aberration peut être pérenne ? Mal récompensés
Tout le monde insiste, à l’occasion du Salon de l’Agriculture, sur la spectaculaire détérioration de la situation matérielle des agriculteurs. Lesquels, j’ai pu le constater, sont remontés comme des pendules suisses.
Ce qui m’inspire cette remarque : ceux qui ont le plus massivement voté contre Sarkozy en 2007, les professions intermédiaires et intellectuelles en particulier, ne sont pas franchement celles qui ont le plus à se plaindre de sa présidence. En revanche, ce sont les catégories sociales qui ont été les plus sarkozystes en 2007 qui ont vu leur situation se détériorer le plus nettement : les agriculteurs en tête, mais aussi les commerçants et les petits entrepreneurs fournisseurs des grandes surfaces étranglées par la loi sur le commerce, les artisans et responsables de petites entreprises victimes de l’arnaque du siècle qu’est la création du statut d’auto-entrepreneur, certaines professions libérales enfin. Il est d’ailleurs significatif que, dans certaines régions, les responsables de la CGPME soutiennent ouvertement les présidents socialistes sortants. En fait, c’est sans doute ce constat-là que l’UMP va payer aux élections régionales. Messages personnels
1) Vous êtes parfois un peu gonflés. Quoi, cette tendance à systématiser l’usage de la menterie chez Sarkozy, tout le monde le sait, ça n’a donc aucune importance ? Ah bon ? Eh bien citez moi une une du Figaro, du Monde, du Nouvel Obs, de Libé, de l’Express, de Match, que sais-je encore qui ait été consacrée à ce constat ou ait simplement annoncé un article consacré à ce sujet. J’attends avec intérêt. Je ne sais pas ce que vaut ce dossier, ne l’ayant pas encore lu, mais en vérité c’est la première fois qu’un journal ose dire clairement les choses.
2) Vous voulez des pistes, la définition d’un projet, la déclinaison d’un programme... Très bien. Mais quand j’ai présenté ici, l’autre week-end, 7 feuillets de propositions concrètes en invitant les internautes à les commenter, à les compléter, à les critiquer ou à les déchiqueter éventuellement, il n'y a eu que huit posts (sur 168) pour réagir au contenu des propositions, beaucoup d’intervenants préférant se chamailler. Voici un an j’ai publié un livre de 400 pages sur « ma conception de l’alternative », mais je ne vois pas comment je pourrais mettre 400 pages en ligne. Cela dit, à vous de lancer le débat. 3) Pour aggraver mon cas, je dois confesser que j’étais également ami avec Daniel Bensaïd, idéologue du NPA dont j’ai pleuré la mort, que j’ai eu quelques amis staliniens, que j’ai été très proche d’un médecin pied-noir qui avait milité activement à l’OAS, et que j’ai récemment invité Jacques Chirac à déjeuner parce que je le trouve sympathique. Vendredi 5 Mars 2010
Jean François Kahn
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JEAN FRANCOIS KAHN
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