Les sept échecs au roi et du roi
A partir de lundi prochain, la droite (et elle s’en cachera de moins en moins) sera confrontée à un énorme problème Sarkozy.
Pourquoi ? Parce que, à bien y réfléchir, le chef de l’Etat, cumule, à l’occasion des élections régionales, sept échecs d’un coup. Un record !
Résumons : il devait faire reculer le sentiment d’insécurité, ce dont l’opinion lui serait durablement redevable ; remobiliser et redynamiser un pays assoupi sous et par la présidence Chirac ; libérer son camp et la France de l’hypothèque Front National ; déstabiliser le Parti Socialiste grâce à sa politique d’ouverture ; capter à son profit les aspirations écologiques grâce aux opérations du type « Grenelle de l’environnement » ; rétablir l’état de droit en Corse en y marginalisant les courants nationalistes et régionalistes et, enfin, réunifier toutes les forces de droite en une machine de guerre unique redevenue efficace et même conquérante.
Or, qu’a spectaculairement démontré le scrutin de dimanche ?
1 - Rarement le « sentiment d’insécurité » (comme dit la gauche) n’a autant taraudé le pays profond et exaspéré toutes ses réactions d’exaspération et de repli.
2 – En guise de mobilisation et de redynamisation, on a eu droit à une abstention d’écoeurement record.
3 – Le Front National, que l’on pensait en voie d’extinction, a retrouvé son étiage des années 90 en grande partie grâce à l’opération « identité nationale » et à l’instrumentalisation par le pouvoir des questions sécuritaires.
4 – Non seulement le Parti Socialiste s’est refait une santé, mais il doit plus au rejet du sarkozysme qu’à ses propres vertus l’essentiel de sa renaissance. Et cela, alors même que l’entreprise de débauchage appelée « ouverture » l’a débarrassé de ses pires pique-assiettes.
5 – Les écologistes ont été effectivement boostés par la crédibilisation que le pouvoir a apportée à tous leurs thèmes, mais ils n’en ont pas basculé à droite pour autant, cette montée en puissance s’est donc faite au détriment de l’UMP.
6 – Les régionalistes et nationalistes ont fait un carton en Corse et sont devenus maîtres du jeu.
7 – Et, surtout, la réunification de la droite au sein d’une seule formation totalement soumise aux diktats de l’exécutif (c’est-à-dire sarkozysée) a été la cause de sa débâcle électorale dès lors qu’elle ratissait de moins en moins large.
Qui peut croire que, demain, les barons UMP ne demanderont pas des comptes au monarque désacralisé. Déjà un député UMP du Languedoc-Roussillon a mis en cause la « personnalité » de Sarkozy qui focalise toutes les aigreurs et, un sénateur UMP de Seine-Saint-Denis a demandé qu’on dise, enfin, la vérité aux Français.
Lundi, la bronca va être terrible.
Quitte, comme cela est souvent arrivé dans l’Histoire, à souhaiter remplacer un Bourbon par un Orléans.
La farce du dimanche soir
S’il fallait illustrer la dérive monarcho-archaïsante dont la droite vient, en quelque sorte, de payer les dégâts, ce qui s’est passé dimanche soir, en particulier à la télévision, nous en offrirait une spectaculaire occasion.
A 19 heures, Nicolas Sarkozy convoque les caciques de l’UMP et quelques ministres emblématiques. Il connaît déjà les résultats annoncés par les sondages. Il leur explique, d’une voix docte et qui ne souffre aucune contradiction, que ce scrutin ne constitue nullement un vote sanction, que l’ampleur de l’abstention prouve, tout au contraire, que les Français n’ont absolument pas voté contre lui, mais ont désavoué les présidents socialistes sortants. Il insiste, comme si c’était la grande nouvelle de la soirée, sur la débâcle du Modem (sa haine de Bayrou l’obsède) et sur un bon résultat attendu… en Guyane. Là-dessus, on distribue à tout ce beau monde des fiches qui résument tous ces étranges arguments et on leur demande de les décliner sur tous les médias. La plupart savent que c’est stupide et que ça ne passera pas la rampe, mais, qu’importe, c’est un ordre, et les voilà qui, de chaîne en chaîne, de station de radio en station de radio, récitent leur leçon : l’important c’est l’abstention, aucune sanction contre le président, au contraire (insistance sur le « au contraire »), se sont en réalité les présidents socialistes qui ont été sanctionnés. Pas un n’y croyait, beaucoup se moquaient, en privé, de leur propre mercuriale, mais, tous ont du dérouler la même incantation qu’ils savaient parfaitement ridicule pour ne pas déplaire au monarque. Etrange impression de mécanique stalinienne soft. Et si, en effet, c’était cette façon de faire de la politique, ce cynisme-là, que l’UMP avait payé ? Au prix fort.
PS : mollo !
J’y reviendrai demain. Mais, à bien étudier le scrutin de dimanche, la structure sociologique des abstentions en particulier (75 % dans la cité populaire de Roubaix), Martine Aubry, même statufiée par les médias bien pensants qui la méprisaient hier, a beaucoup moins de raison d’exulter qu’il n’y paraît au premier abord.
Et, surtout, si Nicolas Sarkozy et Eric Besson ont beaucoup fait pour relancer le Front National, ses propres prises de position ont également contribué à la renaissance du lepénisme et il serait peut-être trop facile qu’elle s’en lavât totalement les mains.
Peut-on oublier, en outre, que le PS en cautionnant la forfaiture qui a consisté à faire passer sans vote le traité européen de Lisbonne qui avait été repoussé par les électeurs, a largement contribué à l’abstention (puisqu’on ne tient pas compte de nos votes, pourquoi voter ?).
Quant à l’appel solennel à faire « barrage à la droite » en Languedoc-Roussillon, alors que celle-ci est dans les choux et n’a obtenu que 19 % des suffrages, c'est tout à fait ridicule.