Hier, débat de qualité autour de cette thématique : faut-il transcender la bipolarité gauche-droite, la dépasser, ou s’installer en son centre géométrique ?
Le débat peut naturellement se poursuivre et il conviendra peut-être d’en faire la synthèse.
Une autre question pourrait d’ailleurs permettre de le prolonger et de l’enrichir en ce 70ème anniversaire de l’Appel du 18 juin : le gaullisme a-t-il encore une signification aujourd’hui ? Laquelle ? Comment le définir et, surtout, l’actualiser ? Comme François Bayrou hier, Nicolas Dupont-Aignan, Dominique de Villepin ou mon très cher ami Pierre Lefranc, qui fut le chef de cabinet du Général qu’il rejoignit à Londres dès juin 40, pourraient nous apporter là-dessus leurs propres lumières.
Car le gaullisme fut cela aussi : une tentative de subvertir les vieux clivages, tentatives elles-mêmes subverties par ceux qui en instrumentalisèrent la promesse et la spécificité pour l’offrir à la vieille droite sur un plateau. Ce que la social-démocratie blairiste a été au socialisme, le RPR le fut en quelque sorte au gaullisme.
Le gaullisme représenta, dans les années 60, un vrai « centrisme ». Tout sauf mou. Il se heurta, certes, à une opposition de gauche que su rassembler et incarner François Mitterrand, mais aussi à une forte opposition de droite, haineuse, parfois assassine, au sein de laquelle se côtoyaient les orphelins du pétainisme, les nostalgiques du colonialisme, les atlantistes à tous crins et les libéraux les plus dogmatiques.
Or le drame fut que, derrière Lecanuet en particulier, ce centre de l’époque s’intégra à cet anti-gaullisme de droite.
Quand De Gaulle assuma la liquidation de la dominance coloniale, quand il osa affronter la fraction la plus réactionnaire de l’armée devant laquelle un Guy Mollet avait capitulé, quand il retira la France du commandement intégré de l’OTAN, quand il refusa une Europe purement libérale à l’anglaise, quand il répudia une politique qui «
se ferait à la corbeille », c’est-à-dire qui serait dictée par les marchés financiers, il se plaça nettement à la gauche du centre. Ce qui hypothéqua gravement le concept même de « centre ».
Alain Poher, en 1969, se situait à la droite de Pompidou, comme Giscard, en 1974, se situait plutôt à la droite de Jacques Chaban-Delmas.
Bref, le gaullisme fut un centrisme dur qui rejetait sur sa droite un centrisme mou.
Mais le gaullisme des années 40, lui, celui qu’on va célébrer (et que Sarkozy, qui représente son contraire, tentera de kidnapper), ne se situait pas au centre de l’échiquier politique, mais bien « en avant », très en avant même, y compris en avant de la gauche socialiste qui approuva les accords de Munich et vota, dans sa majorité, les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
En conséquence de quoi, celui qui, en 1944, porta et fédéra la dynamique qui permit de réaliser une révolution, une vraie, ce n’est pas Léon Blum, c’est De Gaulle, les communistes y jouant largement leur partition.
D’où la question que je pose : le gaullisme a-t-il encore une actualité et laquelle ?
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L’intervention de François Bayrou sur ce blog. Bel exemple de « démocratie participative » acceptant, un instant, l’inversion des rapports hiérarchiques : c’est le haut qui, en l’occurrence, s’est mêlé à la base. Question style, construction pédagogique et niveau de réflexion, de quelque sensibilité qu’on se réclame, on conviendra que c’est autre chose que du Xavier Bertrand, du Frédéric Lefebvre ou du Hervé Morin.
Cette fois la clarification m’apparaît sans ambiguïté. La thématique du « abus de pouvoir » s’y retrouve toute entière ou presque, fût-ce façon moins polémique. Bonne feinte que de substituer « central » à « centriste ». Tentative intéressante de récuser la bipolarisation sans répudier pour autant la légitimité de ses termes : oui, il y a une droite et oui il y a une gauche, qui toutes les deux représentent quelque chose de profond et peut-être d’essentiel. Fondamentalement et historiquement, cependant, une fois déchirés les camouflages qu’imposent la modernité, la République est d’un côté mais pas vraiment de l’autre.
Notre devenir, lui, à la fois dans sa radicalité et dans sa complexité, n’est sans doute ni ici ni là, mais au-delà. Et je le répète, pas au milieu. Jamais.
Un mot de regret : si ce texte de Bayrou avait constitué la trame de la parole du MoDem aux élections européennes et aux régionales, parole que ses militants, dans leur immense majorité, attendaient et espéraient, il n’aurait pas réalisé les scores qui furent les siens.
Dans le centrisme « topographique », je le répète, je ne me reconnais nullement. Mais les militants « oranges », souvent formidables, parfois lumineux, que j’ai découvert, je les ai aimés. Et il serait fou, quasiment suicidaire, de faire sans eux.
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A propos des interventions de Christian Besse-saige : pourquoi un tel mépris de l’autre ? Un tel abaissement systématique de l’altérité ? Et donc une telle neutralisation
a priori du débat ? Pourquoi une telle violence purement négative ou négatrice ? Ce qui implique, pour le coup, une forme de centrisme, mais de soi-même, comme seule centralité possible.
Quel est l’objet, la finalité de ce ton, à quoi ça sert ?
Je suis certain que votre énergie, votre passion, votre culture, votre talent irradiant, mis au service d’une collectivité qui aspire à imaginer et à construire un autre monde, serait un véritable apport.
Si m’insulter vous fait du bien, pas de lézard. Je vous en offre volontiers le loisir. Mais, j’ai du mal à comprendre : expliquez-moi.