Le bouclier fiscal ? Le ministre du budget vient d’avouer que, compte tenu du gonflement des plus grosses fortunes, il ne coutera pas à l’Etat 480 millions d’euros comme annoncé, mais sans doute 700 millions.
Surtout, l’INSEE vient de révéler l’ampleur de l’arnaque : en réalité, les très riches ne payent en moyenne que 20% d’impôt. Et c’est sur ces 20% (mais qui peuvent représenter 55% de ce qui est déclaré et déclarable après dissimulations, dérogations, abattements et utilisations de niches), c’est sur ces 20%, donc, qu’ils ont été en partie remboursés grâce au bouclier.
Ce que l’INSEE révèle, également, c’est que, de 2003 à 2007, les rémunérations ont augmenté de 9% en moyenne en France mais celles des plus fortunés de 40% grâce surtout aux revenus du capital, tandis que la grande pauvreté a progressé. Huit millions de personnes vivaient, en 2007, avec 900 euros par mois environ.
Or, il s’agit des statistiques d’avant 2007. Donc d’avant toutes les mesures (celles en particulier concernant l’héritage) qui ont favorisé les plus riches. Depuis, les inégalités se sont encore creusées par excroissance des revenus non salariaux d’un côté, malgré la crise, et augmentation du chômage et de la précarité de l’autre.
D’où il résulte, qu’au-delà de la question ponctuelle de l’alternance, c’est bien celle de l‘alternative qui doit se situer au cœur de notre réflexion. Et demain au cœur de notre mobilisation. Ce qui doit nous motiver tous est moins la « destruction » d’un mauvais président, que la « construction » d’un autre modèle que celui qui a engendré les dégâts sociaux et moraux relevés par l’INSEE.
Car, ne nous le dissimulons pas : non seulement pour la droite sarkozyste, mais également pour nous, démocrates, républicains, humanistes, la situation n’est pas bonne. Il y a une colère « contre », mais il n’y a aucun enthousiasme « pour ».
Comme me disait ma grand-mère « mon petit il faut sortir ». Qui ne sent monter, en effet, pour peu qu’il écoute la rumeur du monde et pas seulement de son monde, dans toute une fraction de la population, des nihilismes de désespérances et des reflexes d’exclusion, se radicaliser des individualismes d’enfermement et des égoïsmes corporatisto-catégoriels, s’exprimer, en forme d’exutoires des idéologies de haine et des pulsions d’affirmation de soi par meurtre intériorisé de l’autre. Et il est vrai, à cet égard, comme plusieurs internautes l’ont fait remarquer, qu’une explosion de troubles et d’émeutes sans coordinations ni projet pourrait offrir une chance inespérée à la fraction la plus droitière du sarkozysme. Tout en dopant le Front national.
En même temps, il existe, au-delà du rejet d’un monarque ridicule mais pas nul, une immense aspiration à refonder ou à fonder, sur un nouveau socle, une société enfin solidaire, juste et libérée. Ce que j’appelle, dans mon propre jargon, une recomposition autour d’une autre centralité. Celle de l’humain et on plus de l’Etat ou de l’argent.
Mais, je le répète, si on n’est pas capable de répondre à cette attente, ce qui nécessite des convergences et donc le dépassement de certains clivages obsolètes, le pire peut se substituer à l’autodissolution du meilleur.
Je mettrai en débat, dans les semaines qui viennent, toutes sorte sde propositions concernant la répartition et la redistribution de la richesse, la réforme du système financier, la fiscalité, la redéfinition de la croissance. Mais, vous-même, il ne vous est pas interdit de proposer, y compris concernant la question des déficits, de la dette, de la sécurité, des flux migratoires…
Au travail !!!