Succès de la grève générale en Grèce. Echec relatif des manifestations. Radicalisation. Emeutes. Attaque d’une banque. Trois morts.
Rappelons l’absurdité de la situation qui a entraîné ces dérapages.
1- Le plan d’austérité décidé par le gouvernement grec a été imposé par l’Europe et le FMI. Ce qui, à la limite, arrange Georges Papandréou — il pourra ainsi répéter « on m’a forcé la main » — mais humilie un peu plus le peuple grec, qui se sent traité comme une sorte de colonie, une manière de Kosovo au sud de l’Europe, et qui dévalue totalement l’Union Européenne et même l’idée européenne à ses yeux.
Rappelons également que la dette grecque, considérable, est moins importante que celle du Japon et que le déficit des comptes publics n’y est pas plus élevé que les déficits cumulés réels de l’Italie, truqués eux aussi.
2- La Grèce supporte les plus fortes dépenses militaires de tout le continent européen. Or, aucune décision de réduction n’a été prise sous prétexte d’une menace turque, pays qui demande pourtant son intégration à l’Union Européenne !
Ni la France ni l’Allemagne n’ont suggéré à Athènes de faire des économies sur son budget militaire. Et pour cause : ces deux pays sont les principaux vendeurs d’armes à la Grèce. (Avec l’argent que l’on prête à ce pays, il est d’ailleurs prévu, entre autres, qu’il nous achète des sous-marins et des avions).
3- L’extrême rigueur que l’Europe et le FMI ont imposée à la Grèce est applaudie par ceux-là même, en particulier les sociaux-démocrates français et les amis de DSK, qui proclament, en même temps, qu’une semblable politique de rigueur appliquée en France serait totalement inadéquate, car elle casserait dangereusement toute possibilité de reprise économique. Pourquoi ce qui est vrai ici serait faux là -bas ?
4- Le plan d’austérité, ne l’oublions pas, va entraîner une baisse du pouvoir d’achat, donc de la consommation, et, en conséquence, un recul de la croissance d’au moins 4 %, dont le coût annulera en grande partie les économies obtenues par le plan de rigueur. En fonction de quoi – on se garde bien de le souligner bien que cela soit quasiment fatal -, la fuite des capitaux va s’accentuer et les agences de notation, prenant acte de cette déflation, vont encore abaisser leur note, ce qui provoquera in fine ce résultat : non pas une croissance financée par un déficit (ou, au pire, une inflation), mais une forte récession dont les effets, c’est-à -dire l’effondrement des recettes, contribueront à maintenir sinon à creuser plus encore les déficits.
5- Si la Grèce succombe malgré une aide européenne, c’est évidemment la crédibilité européenne qui s’en trouvera dévaluée au même titre que la Grèce. Ce qui encouragera les marchés anglo-saxons et les spéculateurs à se déchaîner contre les autres économies européennes réputées fragiles. Or, la France se trouve elle-même en lisière.
6- Dernière leçon de cette crise : les premiers excès des groupes radicaux grecs ont empêché que la protestation prenne un caractère unitaire de masse (30000 manifestants à Athènes, c’est relativement peu). Et la folie du groupuscule qui a exécuté l’action meurtrière contre la banque permettra de diviser et d’affaiblir plus encore le mouvement de protestation.
Ce qui constitue une leçon pour nous aussi. Une fois de plus l’ultra gauchisme se révèle être le meilleur allié objectif d’un système devenu fou.
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Il y a 70 ans…Puisque beaucoup d’entre vous font référence aux événements de 1940 ou à l’absence, aujourd’hui, d’un leader, au plan national ou au plan européen, comparable à ce que fût le général de Gaulle, je vous poste un texte sur le 18 juin, cet acte inouï, que j’ai fait à la demande de la Fondation Charles de Gaulle pour sa revue « Espoir ».
Ce non de De Gaulle qui était un oui à la République et à la FranceDire non est parfois une façon de dire oui. En réalité c’est, à des moments clés de l’histoire de nos civilisations, la seule façon de dire oui.
Le 18 juin 1940, le Général de Gaulle bouscule la conception empirique – ou pragmatique – de l’histoire en refusant la pseudo réalité de la seule dynamique perceptible, c’est-à -dire en disant non à l’apparence. L’Allemagne a certes gagné la bataille, mais il est inéluctable qu’elle perdra la guerre. Il n’exprime, en l’occurrence, ni un souhait ni une espérance, mais une certitude. Ce qui, aux yeux des sages, des réalistes, des opportunistes ou de cyniques, ne peut que le faire passer pour un fou.
Et il est fou, en effet, comme Galilée quand il prétend que la terre tourne sur elle-même alors que personne n’a jamais la tête en bas. Il doit l’être puisque rien de ce qui se passe effectivement ne conforte l’analyse, par lui assénée, de ce qui – forcément – se passera. Puisque, déjà , il a décidé de substituer à un réel observable et mesurable un réel de rechange qui n’existe que dans sa tête, comme la « loi d’inertie n’existait que dans la tête de Galilée. La France vaincue ? Non, puisque réincarnée en lui, elle a réussi à échapper à l’anéantissement ; à franchir le Channel : « Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis ». C’est-à -dire à Londres. A un constat qu’il nie – ou plutôt qu’il récuse – De Gaulle oppose une anticipation qui ressemble à une hallucination. C’est vrai, la France est défaite, écrasée, envahie, dépecée, désarmée, déshonorée, sans ressort, toute acquise à celui qui lui explique que sa régénérescence passe par l’acceptation passive de la juste punition venue du ciel. L’Europe est allemande. La modernité fasciste a eu raison de la ringardise libérale-démocrate, dont la République tricolore était l’un des fleurons. Le vieux monde croule. Qui peut faire obstacle à l’ouragan du devenir ? Les dominos sont tombés les uns après les autres. Aveuglant est le sens de l’histoire ; l’Europe est allemande. Staline lui-même en a pris acte. Ou plutôt pacte. Il a tendu la main à Hitler. Reste l’Angleterre qui, pathétiquement, s’accroche à la seule bouée qui lui reste : son insularité. Une goutte de terre dans l’océan. Et la mer monte. Aucune chance.
Cessons, dit l’homme « raisonnable », de prendre nos rêves pour la réalité, de nous enfermer dans nos nostalgies, de nous accrocher à nos archaïsmes. C’est le train du futur qui vient de nous passer sur le corps. Il suffit d’ouvrir les yeux, de comparer leur efficacité à notre débandade, leur technicité planifiée à nos impuissances improvisatrices, leur ordre à notre inorganisation, leur discipline à notre laisser-aller, leur foi à notre jemenfoutisme, leur exigence à notre laxisme.
La page ouverte en 1789 a été tournée. Les derniers feux de la philosophie des Lumières s’éteignent dans la pénombre crépusculaire de l’humanisme finissant. Revanche de la volonté de puissance sur le relativisme sceptique. Schopenhauer l’emporte sur Voltaire et les siens.
Or, miracle, c’est l’homme qui serait peut-être par nature, par caractère, le plus susceptible de penser de cette façon, de ressentir, sinon d’assumer ce retournement, de rationaliser cette dynamique-là , qui va en récuser le plus radicalement les évidences en lui opposant un non d’acier.
Donc, le non de De Gaulle exorcise. Il dissout. Il dit au réel cette chose inouïe : qu’il se trompe sur lui-même, qu’il se prend au piège d’une apparence qui ne reflète en rien son essence, qu’il est un faux réel, comme il y a des faux dieux : une ruse du diable.
Le non du Général de Gaulle, alors, est un non qui dénie. Mais, en cela, c’est aussi un non qui projette.