Il avait dit « nettoyage au Kärcher »
Jamais la guerre des gangs et le trafic de drogues n’avaient atteint une telle intensité autour de la Cité des 4000 à La Courneuve. Or, rappelez-vous, c’est précisément là que Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il nettoierait tout cela au « Kärcher ». Ce rappel est presque emblématique. Car qui s’était posé en héros de lutte contre l’insécurité avec, aujourd’hui, un résultat tellement peu concluant – pour ne pas dire, dans certaines cités de banlieue, catastrophique – qu’il faut, de l’aveu même du président de la République, tout recommencer, tout reprendre à zéro ? Qui avait solennellement répudié toute politique de rigueur et plaidé en faveur de la légitimité des déficits, dont il veut, désormais, constitutionnaliser l’interdiction ? Qui avait annoncé la grande refondation du capitalisme financier alors que, finalement, les premières timides mesures de régulation, se sont Obama et Merkel qui les ont prises ? Qui avait appelé à travailler plus pour gagner plus, alors qu’on va effectivement travailler plus, mais pour gagner moins ? * La Grande-Bretagne vient de décider de prendre des mesures d’économie pour réduire son déficit budgétaire. Mesures moins brutales, à première vue, que celles déjà annoncées par François Fillon. Mais eux, les Anglais, appellent cela « austérité », alors que François Fillon, lui, continue à nier qu’il s’agisse même de « rigueur ». * Le patron de l’UMP, ainsi que Jean-François Copé, arguent du fait qu’une petite majorité de Français serait désormais favorable à la remontée de l’âge de la retraite (donc je ne suis plus minoritaire !), pour légitimer cette mesure. Mais 82 % des Français, selon un sondage rendu public hier, exigent une augmentation de l’impôt sur le revenu frappant les tranches les plus élevées. C’est-à-dire les plus riches. Donc, on va le faire ? Et c’est quoi être de droite ? Quelques précisions pour éclairer, et clore provisoirement, le débat sur le thème : « est-il pertinent de se demander d’abord si une mesure est « de gauche » ou pas pour l’accepter ou la refuser ? » 1 - Il ne s’agit pas, dans mon esprit, de disqualifier la position (même si elle n’est pas la mienne) qui consiste à refuser, par exemple, la remontée, au-delà de 60 ans, de l’âge de la retraite. Peut-être cette position est-elle juste. Mais si j’accepte le fait qu’elle est peut-être juste, je me fiche totalement de savoir si c’est ou pas une position « de gauche ». Pourquoi ? Parce que l’approbation mécanique de ce qui se présente comme le plus « à gauche », c’est-à-dire la prise en compte d’un critère purement « topographique », a débouché trop souvent sur des âneries, des inanités et, parfois, des catastrophes. Je veux bien, en outre, que l’appel à réduire les déficits, à mieux contrôler les flux migratoires, à lutter plus efficacement contre l’insécurité, à défendre certaines valeurs morales ou même qu’aimer sa patrie, soient des positions « de droite », mais alors, quel formidable cadeau on fait à la droite puisqu’on la décrète propriétaire de ce que le plus souvent elle assassine. 2 – Si une mesure particulière doit être jugée en fonction de sa pertinence et de son opportunité, et non de son positionnement géographique, en revanche, la politique d’ensemble dans laquelle cette mesure s’insère peut, en effet, être qualifiée de « gauche » ou de « droite ». Voire de « centriste ». La politique sarkozyste sur les retraites n’est pas « de droite » parce qu’elle relève l’âge légal de départ (on pourrait très bien mener une politique très à gauche d’augmentation générale de 25 % du Smic et de fortes impositions du capital, tout en relevant l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans !), mais parce qu’elle intègre cette mesure à une orientation générale qui consiste à encourager une répartition de la richesse nationale favorable au capital et défavorable au travail. 3 – Le critère d’évaluation de ce qui est de droite ou de gauche n’est nullement figé. La preuve ? Quand Jules Ferry, déjà évoqué ici, institue un enseignement public, laïc et gratuit, il se comporte, effectivement, comme un homme de gauche. Mais quand, parallèlement, il encourageait la colonisation, il était convaincu qu’il menait toujours une politique de gauche. En 1825, l’extrême gauche était représentée par Manuel, un libéral pur jus. En 1830, la gauche c’est Thiers. En 1848, c’est Lamartine. Le Victor Hugo de 1870 est social-démocrate, or il est considéré par ses contemporains comme un gauchiste radical. L’extrême gauche est successivement incarnée en France par Gambetta, par Clemenceau, puis par Jaurès. Comme quelqu’un l’a fait remarqué : le nationalisme est de gauche, puis de droite. Le mondialisme est de droite, alors que l’internationalisme était de gauche. La droite s’empare du concept de laïcité, alors qu’une partie de la gauche tolère un certain communautarisme religieux. Hier, la gauche c’était le républicanisme. Aujourd’hui, on connaît une gauche qui récuse de républicanisme-là. La droite américaine, hier antisémite, s’aligne totalement aujourd’hui sur la politique d’Israël. La gauche turc, par peur de l’islamisme, fait front commun avec l’armée. C’est la droite, en France, qui a le plus creusé les déficits et la gauche, sous Jospin, qui les a un peu réduits. En réalité, nous vivons, aujourd’hui, une mutation économique, technologique, sociale, financière, culturelle, d’une telle ampleur que, comme elle l’a toujours fait, la gauche doit se redéfinir, parfois à partir de nouveaux critères. La droite a bien répudié son monarchisme pour devenir républicaine. Même si c’est, en grande partie, purement formel. (Car, fondamentalement, la droite, elle, si elle est toujours capable de changer de forme, elle reste telle qu’en elle-même, l’éternité ne la change jamais).
J’aime Le Canard quand même… Quand je prends une balle perdue
Dans Le Canard Enchaîné un écho plutôt vachard me concernant. De bonne guerre, même s’il n’est pas exact, puisque le journal satirique, véritable acquis de notre démocratie, croit que je suis l’auteur d’un articulet dans Marianne le concernant, de façon critique, à propos de l’affaire des appart’ d’Estrosi, et signé François Darras. Sauf que je n’y suis strictement pour rien, n’intervenant plus dans Marianne, que de l’extérieur, et dans un bloc-notes signé de mon nom. Mais au moins, cela me permettra-t-il de préciser : 1) que, contrairement à ce qu’on n’a cessé de prétendre, Darras fût à Marianne un pseudo collectif et non le mien, et donc il continue sans moi ; 2) effectivement, j’ai, il y a 29 ans, emménagé dans un appartement dont le propriétaire était la Ville de Paris (franchement, ça ne me dérangeait nullement), après avoir accepté qu’on double le prix du loyer. (Depuis quinze ans, j’habite vers la place de la République). Et comment le sait-on ? parce que L’Evénement du Jeudi, que je dirigeais, ayant fait une enquête sur ce type de logement appartenant à la Ville, c’est moi qui ai tenu à ce qu’on indique que j’en occupais un. Et, plus tard, j’ai raconté dans un magazine de Canal +, comment je m’étais retrouvé là. Il est vrai que, compte tenu de ce que je payais, je ne voyais pas en quoi c’était plus condamnable que si j’étais locataire de la Lyonnaise des Eaux. A moins, bien sûr, que je ne sois un agent RPR, puisque ça se passait sous Chirac.
Messages personnels
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