Hier la mini-jupe, aujourd’hui la burqa
L’interdiction générale du port de la burqa, sauf comme chemise de nuit dans sa chambre à coucher, j’aimerais connaître votre réaction.
Cela dit :
- Premièrement : il y a quelque chose d’insupportable dans la décision de faire voter ce texte de loi en urgence, quand nous sommes confrontés à tant d’autres urgences, autrement plus préoccupantes.
- Deuxièmement : pourquoi, alors qu’il était possible (et le drame est que Marine le Pen, à ce propos, a raison) de faire appliquer une simple règle de sécurité publique d’interdiction de circuler masqué dans l’espace public, comme on l’a fait pour les cagoules, va-t-on invoquer le principe - non pas même de laïcité - mais de « dignité de la femme », dont l’interprétation est évidemment subjective et peut fort bien être utilisé pour interdire, comme on le fait dans de nombreux pays musulmans, le port de la mini-jupe. Et imaginez qu’un gus s’adresse à la justice, en prétendant que le port de la soutane ou du kilt écossais porte atteinte à la dignité de l’homme.
- Troisièmement : est-il utile, alors que tant de lois sont inappliquées parce qu’inapplicables –ainsi celle concernant les attroupements dans les halls d’immeubles – d’en ajouter une énième du même genre : il suffit d’avoir été témoin de la sortie de douze femmes intégralement voilées de chez Vuitton, ployant sous les achats qu’elles venaient de faire (et le propriétaire de Vuitton est un grand ami du Président , ou de constater qu’elles sont de plus en plus nombreuses dans les grands hôtels de luxe, pour comprendre qu’on ne prendra pas le risque d’abandonner cette clientèle à la Grande Bretagne.
- Quatrièmement : enfin, qu’on le veuille ou non, une loi spécifique désignant la seule burqa sera reçue comme dirigée contre un intégrisme, certes, et c’est tant mieux, mais contre un seul intégrisme.
Cela étant, cette opinion n’est pas une certitude et j’aimerais connaître votre avis.
Belgique
Merci pour votre post consacré à la crise belge. Là encore, j’aimerais connaître l’analyse des intéressés. La question essentielle me semble celle-ci : quel est le niveau minimum de désir de ivre ensemble, en dessous duquel, il ne faut pas tomber pour pouvoir continuer de vivre ensemble.
Si encore, les Flamands acceptaient le principe d’autodétermination, les citoyens choisissant par référendum à quelle entité linguistique, ils désirent appartenir… Mais cela ils le refusent, comme le montre le cas de Vilvorde.
Thaïlande
Que se passe-t-il en Thaïlande ? C’est très simple : il y a un parti, dont on pense ce que l’on veut et qui n’est pas blanc-bleu, loin de là, mais qui gagne toutes les élections, qui est soutenu par 7O % des masses populaires, en majorité paysannes. Or, l’élite et l’oligarchie lui interdisent l’exercice du pouvoir, au motif qu’il est populiste et que beaucoup de ses membres sont peu cultivés. Etrange conception de la démocratie, même si le chef de ces « Chemises Rouges », auquel l’extrême gauche s’est d’ailleurs ralliée, est un milliardaire corrompu.
Youpi !
Non tous les horizons en France ne sont pas bouchés. Et la jeunesse ne doit pas désespérer de l’avenir. La preuve : à 17 ans on peut gagner 2O.OOO euros par mois, après versement de la commission que l’on doit à son coach. Et en plus on fréquente des gens célèbres donnés en exemple.
Vous voyez bien que la situation sociale et morale n’est pas désespérée.
Propositions pour une réforme du système financier
On bavarde beaucoup sur la réforme du système financier et que propose-t-on ? Des rustines !
Ainsi, décidera-t-on, sans doute, un changement des « normes comptables » qui permettra aux banques de ne plus subir de plein fouet, et de façon trop spectaculaire, les conséquences psychologiques de la dévalorisation brutale de leurs actifs faisandés. Il faut dire qu’il existe, en la matière, un effet paella : il suffit que deux ou trois moules soient pourries pour qu’il faille jeter à la poubelle l’ensemble de la platée. Cela dit, il ne s’agira là que de changer de thermomètre pour se donner l’illusion d’avoir fait tomber la fièvre. En revanche, on n’a toujours pas modifié le système aberrant des « agences de notation », celles qui notent les institutions financières et les titres. Elles sont, en effet, juges et parties puisque, conseils en titrisation, alors qu’elles notent les titres, elles sont rémunérées par les clients qui sollicitent leurs bonnes ou mauvaises notes. Résultat : elles ont sciemment menti sur la valeur et la santé réelles de certains actifs financiers pour défendre leur bout de gras. La solution serait de placer ces agences de notation sous le contrôle d’institutions publiques ou semi-publiques. On ne cesse d’annoncer, encore, car cela ne mange pas de pain, la mise sur pied de « nouvelles instances de régulation ». Le plus rationnel serait d’ailleurs de regrouper et de renforcer celles qui existent et, surtout, de les doter d’une véritable autorité appuyée sur de nombreux investigateurs. Pour l’instant, elles sont tellement nombreuses et dispersées que l’on n’y comprend rien (et qu’il est finalement facile de passer entre les mailles du filet). La seule création et surtout l’élargissement d’un conseil de stabilisation financière va dans le bon sens.
On parlera encore, dans le style inimitable des technocrates, de « durcir les normes prudentielles », ce qui signifie que l’on posera quelques panneaux d’avertissements supplémentaires sur les autoroutes de la haute finance. Cela ne changera hélas pas grand chose, les accidents de la route n’ont-ils pas augmenté malgré la multiplication des radars.
On exigera peut-être que le « ratio de solvabilité » des banques, c’est-à-dire le pourcentage de leurs fonds propres par rapport à leurs divers engagements, qui était souvent tombé à 7 %, soit porter à terme, une fois la crise passée, à 9 % minimum. Imagine-t-on un journal qui investirait dans une campagne de promotion, en anticipant les effets de retour sur les ventes, plus de dix fois l’équivalent de sa trésorerie ? Osera-t-on espérer que les Etats-Unis, revenant sur la catastrophique abolition de la loi de 1933, rendront de nouveau obligatoire la séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires, ce qui empêchera les banques de dépôts de faire de mauvaises affaires au détriment des dépôts de leurs clients ; que l’on encadrera fortement le processus de titrisation des créances et, de façon générale, les opérations spéculatives fondées sur l’achat du risque (sans quoi, on peut aussi organiser un marché fondé sur le pari des chances de décès ou de survie de tout malade placé sur une table d’opération) ; que le Conseil de Sécurité de l’ONU, suivant l’exemple du G20, sera élargi à des pays comme le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud ou le Japon qui, à terme avec la Chine, la Russie ou les pays du Golfe, capteront de plus en plus les capitaux désertant les Etats-Unis, exactement comme les Etats-Unis, entre 1914 et 1918, captèrent les capitaux désertant l’Europe ; qu’enfin la zone euro de l’Union Européenne – le président français, Nicolas Sarkozy, là-dessus a raison – se dotera d’un véritable pouvoir économique. De telles mesures seraient les bienvenues. Même à un grand malade, atteint d’un cancer incurable, il n’est ni contre-indiqué ni scandaleux de chercher à prolonger, autant que possible, l’existence tout en réduisant ses souffrances.
Mais chacun sait que cela ne le guérit pas.
On ne fera que créer les conditions des crises futures si, plutôt que de refonder ce qui est infondé, on ne se fixe pas clairement comme objectif d’asseoir un nouveau système sur de nouveaux fondements et d’autres fondamentaux. Il s’agit, en d’autres termes, non de « refonder », mais de fonder – c’est-à-dire de faire émerger du neuf - en utilisant, pour se faire, l’ensemble des matériaux qui ont résisté aux précédents naufrages. Voilà ce que l’Europe devrait proposer et imposer à la communauté internationale.
• De même que les pays censés encourager le terrorisme sont couchés sur des listes noires, faire voter par le Conseil de Sécurité des Nations Unies une résolution impérative proclamant « hors la loi » les paradis fiscaux et interdire, en conséquence, aux banques et aux sociétés d’y localiser un certain nombre de succursales spécifiques, celles qui, en réalité, entretiennent la spéculation. Il ne s’agit pas, comme l’a proposé le sommet de Londres du G20, de les « lisser » ou de la « civiliser » mais de les interdire (la liste noire proposée ne comprend même pas Jersey, les Iles Caïmans ou l’Ile de Man). Rappelons que sont domiciliées dans ces espaces illégaux 400 banques, 2 millions de sociétés écrans et plus 200 fonds spéculatifs.
• Engager le processus qui permettra de protéger l’économie mondiale des aléas du dollar (et de la tentation de solder des dettes gigantesques par un recours à l’hyper inflation) en élaborant, sans doute à partir des droits de tirage spéciaux, une monnaie universelle de référence constituée d’un panier des grandes monnaies existantes et qui s’imposera aux échanges internationaux
• Imposer, à un niveau international, une taxe sur les mouvements financiers dont le taux de base serait faible, mais qui serait progressive en fonction de la rapidité des mouvements allers et retours de ces flux. Le revenu de cette taxe serait géré par le Fonds Monétaire International (après réforme) et consacré aux pays les plus durement frappés par la crise. Ce principe, visant à réguler les phénomènes de va-et-vient financier les plus intentionnellement et les plus immédiatement spéculatifs, devrait être généralisé aux législations nationales et appliqué, en particulier, aux plus-values générées par les investissements (ceux des fonds spéculatifs, par exemple) dont la durée des prises de participation est inférieur à trois ans. L’imposition des plus-values pourrait être également progressive en fonction de la rapidité des mouvements d’achats et de reventes.
Ce qui est fondamental, c’est d’agir de façon forte pour rétablir, favoriser, consolider à tous les niveaux de l’économie, la notion du long terme, et rendre de moins en moins juteuses toutes opérations qui visent, non un légitime retour sur réel investissement productif et innovateur, mais une maximisation des gains grâce à un processus ultra rapide d’entrée et de sortie sur un marché. • Obliger les fonds spéculatifs qui prennent la majorité dans une entreprise à être représentés par une personne morale affichée, directement responsable, et exiger un engagement de stabilisation de cet investissement pendant au moins quatre ans. • Donner aux pouvoirs publics la possibilité, après présentation d’un dossier devant un Tribunal de Commerce, de s’opposer à tout rachat de la majorité du capital d’une grande entreprise par un fonds spéculatif. • Charger les banques centrales et les institutions financières de prendre des mesures dirigées contre tous les processus inflationnistes, et non pas seulement contre leurs formes monétaires, comme elles le font aujourd’hui. Ainsi, seraient également concernées les formes d’inflation (ou de bulles) concernant l’immobilier, les actifs financiers, l’énergie et les matières premières, y compris les produits de l’agriculture. • Mettre sur pied, parallèlement, une institution centrale, placée sous la double égide de l’ONU et du FMI, chargée de réprimer tout excès de manipulation spéculative des marchés des matières premières. • Lui adjoindre une instance internationale qui, chaque année, mettrait publiquement et solennellement en garde, en les désignant, contre les distorsions dangereuses entre économies virtuelles et économies réelles, en particulier les valorisations boursières plusieurs fois supérieures au Produit Intérieur Brut (PIB) du pays concerné, et pointrait tous les excès de complexification de certains actifs financiers, ainsi que les dérives irrationnelles apparues sur les marchés. • Obliger tout intervenant sur le marché financier à posséder en fonds propres au moins 35 % de sa mise. • Remettre totalement à plat le marché des produits financiers dérivés afin de purger les bourses (et les banques) de ceux qui sont totalement déconnectés de tout fondement tangible. (En particulier, les dérivés « toxiques » issus de la titrisation des risques à des fins de protection et de dilution). • Décourager, fût-ce en les dénonçant, les « achats à terme » qui se réduisent à des prises de position spéculatives sur des évolutions d’indices. Et mettre en garde, en particulier, contre les fonds de placements spécialisés dans ces opérations, tel le fonds Amaranth qui fit perdre 8 milliards de dollars à des petits épargnants ou à des fonds de pension en spéculant sur l’évolution du prix du gaz à partir d’une modélisation mathématique des évolutions du climat dans les zones où se situent les centres de productions gazières. • Imagine-t-on qu’une femme qui a retenu (mais sans la payer) une robe sur laquelle elle a flashé chez un marchand de fringues, en revende l’option à l’encan pour en faire baisser le prix au moment où il faudra qu’elle l’a paye, quitte à la revendre au prix fort une fois qu’elle l’aura achetée ? Absurde ! De même conviendrait-il d’interdire, en particulier aux fonds spéculatifs, d’utiliser les ventes à découvert pour spéculer à la baisse avant de revendre à la hausse. • Qu’est-ce qu’un LBO (Leveraged buyout) ? Une pratique qui consiste à emprunter la quasi totalité de la somme qui permettra d’acheter une entreprise qu’il faudra, ensuite, présurer au maximum pour rembourser rapidement les dettes et, du coup, ne pas payer d’impôts puisqu’on ne fait officiellement pas de bénéfices. Autrement dit, envahir un territoire, puis faire suer le burnous pour rembourser les frais d’occupation sans acquitter ensuite la moindre taxe. Le colonialisme ayant été aboli, pourquoi ne pas abolir le LBO, quand cette pratique concerne des fonds spéculatifs, puisque c’est exactement le même système. • Créer, en marge du FMI et de l’OMC, éventuellement dans le cadre du Comité de stabilisation financière, une instance chargée de repérer et de désigner, au plan planétaire, les situations de monopoles incontestablement attentatoires au principe libéral de la concurrence libre et non faussée. • Amender le traité de Lisbonne afin de permettre d’adopter, à la majorité simple, un processus d’harmonisation des fiscalités européennes de façon à limiter au maximum les tentations de dumping. Tendre, parallèlement, à unifier les droits de douane qui frappent les importations extra-européennes. • Concerter, au niveau européen, dans une perspective de réduction de la fraude fiscale, une politique qui permette de contrôler et de juguler si nécessaire les mouvements illégaux de capitaux. • Etendre au niveau de l’Europe le principe d’un emprunt à taux dégressif (5 % par exemple pour tout souscripteur gagnant moins de 100 000 euros par an et tombant à 2 % à partir de 250 000 euros annuels), emprunt qui serait « forcé » pour les grandes fortunes. • Elargir à la lutte contre le récession la mission de la Banque Européenne jusqu’ici confinée à la lutte contre l’inflation. • Attribuer au FMI le droit de désigner et de condamner des cas flagrants de dumping commercial par dévaluation compétitive des monnaies nationales. Ces prises de position du FMI pourront seules justifier des mesures protectionnistes de relèvement des droits de douane frappant le pays concerné. Ce ne sont que des pistes. On admettra que, pour l’instant, on en est loin.
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