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Excusez-moi, majesté, mais c’est faux
On me dit que Marianne sortira, samedi, un numéro consacré aux « mensonges » de Sarkozy. Si c’est exact, il faudra l’acheter, le booster et le faire circuler. Pourquoi ? Parce que le problème est là, en effet. Et il est d’abord là. Certains caricaturèrent Jacques Chirac en « super menteur ». Mais, l’amateur, sympathique au demeurant, de tête de veau, était un adepte du parler vrai comparé à l’actuel chef de l’Etat. Et Mitterrand, un amateur. Je le répète : réduire notre monarque à une marionnette « bushiste », burlesque, inculte et vulgaire, comme le font certains, ne lui reconnaître aucun talent, aucune intelligence, aucun sens tactique, ou décréter qu’il ne peut jamais, par définition, avoir raison ou dire quelque chose de juste, est la plus mauvaise façon qui soit de remplir son droit, ou son devoir, d’opposition. En revanche (et je passe, pour l’avoir déjà abordé, sur les aspects disons psychiques du personnage), je crois que jamais un homme d’Etat, en France, n’a aussi systématiquement, cyniquement, banalisé l’usage du mensonge que celui-là. Et, hélas, je crains, quand j’observe la campagne électorale de certains candidats UMP – pas tous – qu’il ait fait école. Une anecdote : après la publication du dossier « le vrai Sarkozy » dans Marianne – c’était en 2007 -, celui qui n’était encore que candidat déclara, au Parisien, que personne ne l’avait jamais entendu prononcer un seul gros mot (pourtant, il nous avait déjà traité « d’enculés ») et, qu’en outre, il ne me connaissait et ne m’avait jamais rencontré. Or (car cela faisait partie de mon métier à l’époque), nous nous étions longuement entretenus pas moins d’une dizaine de fois, chez lui, à son bureau du ministère, lors de dîners organisés par L’Evénement du Jeudi ou Marianne (donc devant témoins) et, mieux, nous nous étions opposés, à l’occasion d’un face à face d’une heure organisé par Europe 1… la bande de ce débat existe. J’envoyais 10 lignes ironiques au Parisien pour rétablir la vérité, mais ce journal refusa de les publier. A l’époque le candidat quasi officiel avait pratiquement tous les droits. De la même façon, d’ailleurs, sur France Inter, il me présenta quasiment comme un oligarque de presse richissime, une sorte de super Hersant ou de super Dassault, et ma réponse fut refusée par cette radio. Je lirai donc avec intérêt le numéro de Marianne, comme j’ai lu avec intérêt le numéro de L’Express consacré aux vrais chiffres de l’insécurité (car, si Sarkozy n’est pas le principal responsable de la montée du chômage, il est, en revanche, le principal responsable de la montée de l’insécurité depuis trois ans, en particulier depuis la suppression de la police de proximité). Rien ne me fera dire, je m’en excuse, que Sarkozy est un ultra libéral nul, mais rien ne m’empêchera de souligner que plus menteur au sommet on n’a jamais vu. Quelques exemples concernant la situation de la France face à la crise. Nous serions, en la matière, les meilleurs élèves en Europe. Personne ne ferait mieux que nous en matière de déficit ou de chômage ! En réalité, les chiffres de l’OCDE prouvent que nous nous situons, dans presque tous les domaines, juste un petit peu en dessous de la moyenne. En effet, nous ne sommes les pires en rien. Mais nous sommes, hélas, mauvais en presque tout. Donc, cette autosatisfaction « nous sommes les meilleurs en Europe », c’est faux. L’aggravation des déficits budgétaires ne serait que la conséquence de la crise ? Faux ! La Cour des Comptes vient de le confirmer. Les collectivités locales en seraient les principales responsables ? Faux ! Le déficit leur est quasiment interdit. On parviendra à ramener, d’ici 2013, le déficit à 3 % du PIB sans aucune augmentation des prélèvements obligatoires ? Faux ! C’est encore la Cour des Comptes qui le constate. Les bonus des traders ont été taxés ? Faux ! Ce sont les sommes que les banques consacrent aux versements de ces bonus qui ont été taxées à minima. Le capitalisme à la dérive est en voie de régénération grâce au volontarisme sarkozyen ? Faux ! On a versé, au contraire, un peu plus d’huile sur le feu. On a commencé à gratter tout ce qui pouvait l’être pour faire des économies ? Faux ! En témoigne la croissance des dépenses élyséennes, les cadeaux distribués à profusion à l’occasion des tournées présidentielles comme récemment encore en Corse, le coût des mobilisations excessives de forces de l’ordre à l’occasion de chacun de ses déplacements. L’hypothèse d’un retour à une croissance relativement forte doublée d’une politique de réduction drastique des dépenses publiques ? Impossible ! Même les experts du FMI l’ont rappelé. Qui peut croire que l’accumulation de tant de faussetés constitue une politique ? Et si, enfin, on jouait cartes sur table, si on disait la vérité, toute la vérité aux Français ? Messages presque personnels
1 – Excusez-moi… J’étais en désaccord avec Jacques Marseille sur presque tout. Et je ne l’ai jamais épargné. Mais c’était un ami et je l’aimais beaucoup. Comme je voudrais que vous compreniez que c’est possible.
2 – Je suis un pro Sarkozy néolibéral de droite : je pensais que depuis longtemps vous l’aviez compris. Jeudi 4 Mars 2010
Jean-François Kahn
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JEAN FRANCOIS KAHN
Jean-François Kahn
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