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Et si on décollait les étiquettes
La question est : où va-t-on, comment, pourquoi faire et éventuellement avec qui ?
Mais pour nourrir cette interrogation, structurer cette réflexion, ne convient-il pas de regarder en arrière ? Qu’est-ce qui s’est avéré, qu’est-ce qui s’est révélé faux, qui a eu tort, qui a eu raison, quelles sont les analyses qui ont anticipé l’évolution des événements ou qui, au contraire, ont été totalement contredites et ruinées par cette évolution, quelles sont les visions théoriques qui ont tenu le coup et celles que le réel a impitoyablement censurées ?... Qu’Alain Minc se soit pratiquement toujours trompé, tout le temps et à propos de tout, est-ce neutre et cela lui conserve-t-il le droit de prophétiser sur un ton toujours aussi sentencieux et avec toujours la même arrogance ? Est-il sans importance ou sans intérêt que le dénommé Jean-Marc Sylvestre, oracle économique de TF1, n’ait cessé d’idéaliser, de promouvoir, de magnifier le modèle économique dont presque tout le monde admet, aujourd’hui, qu’il était aberrant, irrationnel et immoral ? Faut-il continuer à interviewer André Glucksmann sans jamais lui demander de procéder à une analyse philosophique autocritique de ses propres errances et aveuglements, en particulier à propos de la guerre d’Irak ? J’ai récemment lancé ce défit, notamment à Alain Minc et quelques autres : déclinons les prises de position des uns et des autres, récapitulons sans complexe ce qui fut anticipé ou promu par ceux-ci et par ceux-là. Chiche ! Je mets volontiers sur la table mes propres erreurs, je les offre à vos déchiquetages les plus impitoyables, à vos moqueries. Normal ! Si vous me reconnaissez le droit d’en faire de même avec les vôtres et acceptez l’épreuve de la comparaison. Je me suis même permis cette provocation, tout à fait condamnable sans doute, parce que je sais qu’elle met en rage ceux à qui elle est destinée : je prétends que, globalement, la preuve par les faits ou par les évidences nous ont donné raison et vous ont donné tort. Mais se faisant, j’offrais la réplique possible sur un plateau, l’opportunité de prouver que c’est en réalité l’inverse et que nous n’avions cessé de nous tromper alors que nos contempteurs, eux, avaient vu juste. Or, ce défi, pour l’instant, n’a pas été relevé. Dommage. Pourquoi ces prolégomènes ? Parce que je relève, au fil des débats que suscitent ce blog, une tendance constante et répétitive à « étiqueter ». Non pas réagir à une argumentation, à un raisonnement, mais à un positionnement supposé sur un échiquier fantasmé. Vous êtes tour, fou ou cavalier, et tout ce que vous dîtes est justifiable de l’emplacement que vous êtes censés occuper. J’en sais quelque chose, puisque j’ai pu moi-même me découvrir, au hasard des réactions : gauchiste, mitterrandien, ségoliniste, social-démocrate, centriste, droitier, néolibéral et même sarkozyste. Voire quasiment fasciste dans un article du Monde, ou plutôt « national républicain » ce qui, pour ce journal, revient à peu près au même. Eh bien, si on arrêtait ça ? De part et d’autre d’ailleurs. Et si on cessait de ramener le débat à une continuelle évaluation topographique ? Et si on renonçait à accrocher des pancartes à des casiers ? Et si on ne prenait en compte que l’adéquation ou l’inadéquation d’un propos à son objet, la véracité ou la non véracité d’une information, la correction ou l’incorrection d’un raisonnement, la pertinence ou la non pertinence d’une suggestion, l’intérêt ou l’inintérêt d’une analyse, l’utilité ou la nocivité d’une approche, la légitimité ou l’illégitimité d’une démarche… Bref, si on débattait, si on réfléchissait collectivement, si on échangeait, si on tentait d’élaborer ensemble, d’explorer de concert, plutôt que de se coller des étiquettes sur le front. Juste ou pas juste, cela seul vaut en définitive. Aveux et messages personnels
1- Parler des femmes le jour de la journée de la femme (ou des pères le jour de la fête des pères, ou de la misère le seul jour qui serait dévolu à l’évocation de la misère), me semble représenter la quintessence du système soviétique. De même que je pense que l’écologie devrait être partout et non enfermée dans un parti, ce n’est pas un jour qui devrait être le jour de la femme, mais tous les jours.
2 – Je dois avouer : j’écris à la main. Je suis, en outre, illisible. Je tape très lentement avec deux doigts. Je suis tout à fait conscient de cette tare. Donc, ce blog est le plus souvent dicté. 3 – Je ne joue plus aucun rôle à Marianne m’étant retiré du journalisme actif et j’en suis fort aise. Je me contente d’envoyer un bloc-notes. Je n’écris, depuis trois ans, sous aucun pseudo. 4 – Je ne sais pas où certains ont vu que je méprisais Attac, les altermondialistes, José Bové ou Daniel Mermet. D’abord, je ne méprise absolument personne. Par exemple, je ne méprise nullement Nicolas Sarkozy. A l’origine, j’ai été assez proche des initiateurs du mouvement Attac, mais, à tort ou à raison, j’ai déploré la conquête de ce mouvement par une radicalité trotskisante qui a contribué à l’isoler et à l’affaiblir. 5 – Je ne prends aucun plaisir particulier à parler des activités de Nicolas Sarkozy. Sauf, éventuellement, pour saluer une bonne initiative. Mais, faire l’impasse par pur ras-le-bol alors qu’il fait à lui tout seul toute l’actualité du week-end en intervenant aussi bien sur la désindustrialisation que sur la crise de l’agriculture, avouez que c’est absurde. Ou alors, on ne prétend pas commenter l’actualité. 6 – Mon blog est totalement indépendant, mais il est repris sur Marianne2 – tant mieux ! – comme il est repris parfois sur d’autres sites. Que le site du Nouvel Observateur, du Point, du Figaro ou de l’Humanité le reprenne, j’y serais tout à fait favorable. Je ne rédige pas pour me faire plaisir, mais pour atteindre (afin d’informer et de faire éventuellement réfléchir) le plus large public possible. Aujourd’hui, nous avons des dizaines de milliers de visites, et vous aussi donc. Des centaines de milliers, je ne suis pas contre. 7 – Je ne suis pas membre du Modem. Je ne suis membre de rien d’ailleurs sauf du C.R.R.E.A. et de la caisse de retraite des cadres (et peut-être du conseil d’administration du Hall de la chanson). 8 – Penser l’alternative, cela implique aussi une dimension philosophique, morale et même épistémologique, pas simplement économique, j’en conviens. 9 – Je rappelle à l’un de nos intervenants défenseur inconditionnel du chef de l’Etat (ce qui est d’ailleurs son droit), que j’ai été chef d’entreprise pendant 22 ans et que je n’ai cessé de faire des propositions pour le développement des PME en faveur desquelles il faut cibler les baisses de charges et auxquelles il faudrait réserver 40 % des commandes publiques. Mais qui, lorsqu’il voyage à l’étranger, n’amène avec lui dans son avion que des représentants du CAC 40 ? 10 – L’intervention 125 « postée » hier par « brusyl », à propos de la journée de la femme, est éblouissante. Je tenais, même s’il s’agit d’un copié-collé, à la saluer à cette occasion. 11 – En ce qui concerne réponse à Jacques Julliard, il aurait fallu qu’elle soit plus courte pour qu’elle puisse passer dans Libération ? Peut-être, mais figurez-vous que lorsque quelqu’un avance 20 propositions, et c’est justement son mérite, et qu’on entend débattre, le moindre des respects qu’on lui doit c’est de lui opposer 20 réactions. Sans compter qu’écrire à quelqu’un, fût-ce par l’intermédiaire d’Internet, pour lui dire qu’on ne le lira pas est un peu absurde. Lundi 8 Mars 2010
Jean François Kahn
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