Duel au sommet
Magnifique étape du Tour de France que celle dont l’arrivée se jugeait à Morzine. Formidable duel au sommet entre Alberto Contador et Andy Schleck. Du panache. On se jauge, on se défie, mais on se respecte. De la rage de vaincre, mais aucun mépris. L’autre est un concurrent. Pas un ennemi. On court l’un contre l’autre, parce que ce sera l’un ou l’autre, mais on est capable de rouler ensemble. Un mano a mano sans coup bas, sans haine, au-dessus de la mêlée. Ici, pas de faux-semblant. On peut faire illusion une fois, deux fois, pas trois. Arrivé à une certaine altitude, le mensonge n’est plus de mise. Chacun se retrouve face à la réalité, confronté à elle, interpellé par elle, provoqué par elle. Le meilleur est celui qui l’affronte, cette réalité, en trichant le moins. Dont la nature ruse le moins avec la nature. Sélection implacable à l’arrivée. Mais exclusion, jamais. Comme on aimerait, parfois, que les affrontements politiques se situent à ce niveau. *** Hier, Sarkozy à la télévision n’a pas été mauvais. Il a, ici et là, eu de bons moments. Il lui est même arrivé d’avoir raison : ainsi, suis-je de ceux qui pensent que la loi des 35 heures fut, en effet, une erreur. Y compris socialement. Mais pourquoi avoir autant menti ? Aussi systématiquement ? Aussi cyniquement ? Etait-ce vraiment nécessaire (sur la fiscalité, par exemple, où cela a atteint des sommets) ? Et pourquoi n’est-il pas un seul moment sorti de sa bulle ? De son palais enchanté peuplé d’automates qui lui renvoient sans cesse l’écho de ses propres illusions et désirs ? Encore une fois, Schleck et Contador, eux, hier, étaient dans le réel. Le dur réel. Le terrible réel. Sarkozy, comme Alice, était passé de l’autre côté. *** Si vous aimez le Tour de France, ne ratez pas les reportages de Jean-Louis Le Touzet dans Libération. Immense talent. C’est ce qu’on fait de mieux dans le genre.
Vous avez dit déclin ?
De tous les sondages, c’est peut-être le plus intéressant et le plus brutal. Il y a cinq ans, en 2005, se déchaîna l’offensive idéologique dite des « déclinistes ». De quoi s’agissait-il ? De démontrer que la France connaissait une profonde décadence, que son modèle social était la cause de cette dégringolade et qu’il convenait de s’aligner sur la « modernité » du modèle néolibéral anglo-saxon. Derrière cette offensive, portée par le livre de Nicolas Baverez « La France qui tombe » - et animée, en autres, par mon ami Jacques Marseille –, se retrouvait l’ensemble de la mouvance sarkozyste. Un sondage Ifop montra alors que - un certain masochisme auto-flagellateur propre à notre pays aidant - cette campagne d’opinion, largement soutenue par les médias de droite, avait eu un très fort impact. 66 % des Français estimaient, en effet, que la France était en déclin. Conséquence : en 2007, les « déclinistes » ont gagné les élections et sont arrivés au pouvoir dans le sillage de Nicolas Sarkozy. Contrôlant, alors, tous les espaces de décisions, ils ont pu, en outre, prendre, en toute sérénité, l’ensemble des mesures qu’ils préconisaient. Résultat des courses : l’Ifop vient de procéder au même sondage qu’en 2005. Et il en résulte quoi ? Que les Français ne sont plus 66 % à considérer que la France est en déclin, mais 71 %. 5 % de mieux. Et du coup, si j’en crois un autre sondage Ifop publié hier par Paris Match, ils adorent de plus en plus Chirac et les anciens ministres de Mitterrand. Autrement dit, ils estiment massivement que cela s’est aggravé. CQFD.
Message Profitez de vos vacances pour aller visiter l’extraordinaire exposition d’art moderne et contemporain au nouveau Centre Pompidou de Metz. Du surréalisme à l’hyperréalisme, en passant par Picasso, Braque, Klee, Kandinsky, Soulages, Bacon, une hallucinante guirlande de chefs-d’œuvre. Exceptionnel ! PS : en guise d’au revoir, puisque certains se posent la question, je vous expliquerai ce que j’ai voulu faire avec ce blog.
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