Cela s’appelle « le jeu de la mort ». Des citoyens ordinaires sont invités à participer à un jeu télévisé qui consiste à poser des questions à un concurrent (en fait un acteur qui joue la comédie) et à lui envoyer des décharges électriques, de plus en plus fortes, chaque fois qu’il répond de travers jusqu’à ce qu’il craque.
La victime fictive hurle de douleur, affiche de plus en plus sa souffrance, ce qui n’empêche 80 % des « citoyens ordinaires » (de vrais citoyens ceux-là) d’obéir à la patronne du jeu qui leur ordonne d’augmenter encore les envois de décharges.
Telle était donc l’expérience que diffusait mercredi soir France 2, dans le cadre d’une émission censée dénoncer la perversité de la télé-réalité.
Mais la télé-réalité n’existait pas lorsque des milliers de « petits soldats » français en Algérie acceptèrent sur ordre, et pour les faire parler, de torturer des suspects algériens à la gégène, parfois jusqu’à ce que mort s’en suive. Il se trouve que j’étais envoyé spécial en Algérie en 1962, en particulier au lendemain de l’indépendance, et les récits que j’ai eu l’occasion de recueillir et même d’accumuler, alors, de la part, à la fois des victimes et des « tortionnaires » eux-mêmes, m’ont révélé à quel point, dans une atmosphère de violence environnementale, et dès lors qu’une pression supérieure sert, en s’exerçant, d’alibi, l’être apparemment le plus innocent et le plus doux peut devenir effectivement un tortionnaire.
Les victimes me parlaient de jeunes « tourmenteurs » qui ne manifestaient aucune mauvaise conscience, riaient d’entendre les cris de ceux qu’ils électrocutaient, et certains des auteurs de ces sévices m’avouaient s’être laissés entraîner, presque sans résistance, dans cette dynamique de la souffrance faite à autrui, comme on se laisse entraîner à boire de plus en plus, la saoulerie entraînant la saoulerie, mais en avoir ensuite été marqués pour le reste de leur existence.
Précision : j’ai aussi rencontré des Algériens torturés qui m’avouaient n’avoir tenu que dans l’espoir d’être un jour en situation de pouvoir torturer à leur tour… Ce qu’ils firent.
Combien d’horreurs n’ont-elles pas été commises, pendant la Deuxième guerre mondiale, non pas par des SS, mais par des troufions ordinaires de la Wehrmacht, ceux-là mêmes chez qui j’eus l’occasion de loger, à Munich ou à Vienne, en 1957, et qui se comportaient en excellents et honnêtes pères de famille. Des gens fort sympathiques, hélas, j’en peux témoigner.
Rien à voir, évidemment, mais quand, aujourd’hui, vous entendez certains élus de droite (et, en d’autres temps, des élus de gauche ont eu les mêmes types de réaction) se déchaîner contre les mesures prises par Nicolas Sarkozy, le bouclier fiscal par exemple, qui leur paraissent soudain aberrantes et scandaleuses (et surtout sont l’une des causes de leur échec électoral), alors même qu’ils les ont non seulement approuvées mais encore défendues avec ardeur, on se rend compte que toute forme de remise de son propre libre-arbitre entre les mains d’une autorité supérieure agit comme une drogue qui annihile toute capacité de refus. Et même de critique. On se convainc qu’on « n’a pas le choix », qu’on « n’est pas responsable », que « cela ne dépend pas de nous », d’où l’auto-abolition de ce droit inaliénable qu’est le droit à la résistance.
Jean-Paul Sartre désignait cette démission sous le vocable de « mauvaise foi » et qualifiait philosophiquement de « salaud ordinaire » (ou, plus exactement, de « salaud philosophique ordinaire ») celui qui, ainsi, pouvait se transformer en tortionnaire ordinaire.
Car, en réalité, affirmait le philosophe, l’homme – et c’est en quoi il est homme et non primate – est libre de tout, sauf de renoncer à cette liberté. Etre homme, c’est être responsable totalement.
Le tort fait par Le Figaro à Sarkozy
Je suis convaincu que la presse de gauche bien pensante – libérale libertaire et intrinsèquement bourgeoise – a largement contribué, par ses pressions idéologiques incessantes, à couper le Parti Socialiste, qu’elle influence considérablement, des couches populaires.
Mais, à l’inverse, si la droite sarkozyste a bu la tasse à l’issue des élections régionales, Le Figaro, et particulièrement son patron Etienne Mougeotte, n’y est pas pour rien. Parce qu’il est lu par tous les caciques de l’UMP, dont il constitue la bible, ce journal aurait dû, en effet, attirer leur attention sur certaines attitudes présidentielles qui risquaient, à terme, de creuser leur tombe. Or, au contraire, en approuvant Sarkozy quoiqu’il fasse ou ne fasse pas, et dise, en flattant son narcissisme, en applaudissant toutes les manifestations, même les plus contestables d’un point de vue républicain, de son pouvoir personnel, en ne le mettant en garde contre aucune dérive, même pas contre le creusement irresponsable des déficits publics ou contre les effets pervers des débauchages « gadgets » sous prétexte d’ouverture, Le Figaro et Mougeotte ont conforté Sarkozy dans ses travers, erreurs et aveuglements. En cela, ils ont contribué à sa défaite et, sans doute, à son échec.
Electeurs de droite, disent-ils
On nous explique, sondages à l’appui, que les abstentions de dimanche se recrutent majoritairement parmi « l’électorat de droite ».
Remarque étrange : si un électeur de droite, ou un électeur de gauche, restait figé éternellement, il n’y aurait pas besoin d’organiser des élections puisqu’on connaîtrait d’avance la répartition des sensibilités.
En fait, qu’est-ce qui permet de qualifier d’électeur de droite un ouvrier qui a voté Sarkozy, en 2007, parce qu’il a été sensible à son discours… ouvriériste, justement ? Ou, d’électeur de gauche un électeur de Ségolène Royal particulièrement sensible à ce qui, dans ses propos, se distinguait du discours de gauche traditionnel ?
En vérité, et presque par définition, beaucoup d’abstentionnistes sont des électeurs de Sarkozy qui ne se reconnaissent nullement par la droite (donc ne sont pas récupérables par elle) ou encore des électeurs de Ségolène Royal (ou de Bayrou) que le PS d’aujourd’hui, ou le Modem, désespèrent.
La démocratie, ça implique nécessairement que les lignes bougent.
Fonctionnement
Les coûts de fonctionnement dans les régions ont largement plus augmenté que les coûts d’investissement. Dixit le secrétaire général de l’UMP. Exact. Et c’est en Alsace que les coûts de fonctionnement ont le plus augmenté (350 %). Allo, Bertrand ?
Cohérence
Il paraît que la fusion entre les listes PS et les listes Europe Ecologie serait un scandale, une alliance contre nature. La direction de l’UMP dixit.
Mais alors deux questions : 1) qui défend, à cor et à cri, le principe bipolaire, camp contre camp, et a même concocté des modes de scrutin pour imposer coûte que coûte cette logique ? 2) Quelle est la cohérence qui réunit de façon rationnelle des partisans de Borloo et ceux de de Villiers ou de Boutin, l’ultra libéral Novelli et le dirigiste Guaino, les ultras européens à la Méhaignerie et les ultras souverainistes à la Myard ?
La victime fictive hurle de douleur, affiche de plus en plus sa souffrance, ce qui n’empêche 80 % des « citoyens ordinaires » (de vrais citoyens ceux-là) d’obéir à la patronne du jeu qui leur ordonne d’augmenter encore les envois de décharges.
Telle était donc l’expérience que diffusait mercredi soir France 2, dans le cadre d’une émission censée dénoncer la perversité de la télé-réalité.
Mais la télé-réalité n’existait pas lorsque des milliers de « petits soldats » français en Algérie acceptèrent sur ordre, et pour les faire parler, de torturer des suspects algériens à la gégène, parfois jusqu’à ce que mort s’en suive. Il se trouve que j’étais envoyé spécial en Algérie en 1962, en particulier au lendemain de l’indépendance, et les récits que j’ai eu l’occasion de recueillir et même d’accumuler, alors, de la part, à la fois des victimes et des « tortionnaires » eux-mêmes, m’ont révélé à quel point, dans une atmosphère de violence environnementale, et dès lors qu’une pression supérieure sert, en s’exerçant, d’alibi, l’être apparemment le plus innocent et le plus doux peut devenir effectivement un tortionnaire.
Les victimes me parlaient de jeunes « tourmenteurs » qui ne manifestaient aucune mauvaise conscience, riaient d’entendre les cris de ceux qu’ils électrocutaient, et certains des auteurs de ces sévices m’avouaient s’être laissés entraîner, presque sans résistance, dans cette dynamique de la souffrance faite à autrui, comme on se laisse entraîner à boire de plus en plus, la saoulerie entraînant la saoulerie, mais en avoir ensuite été marqués pour le reste de leur existence.
Précision : j’ai aussi rencontré des Algériens torturés qui m’avouaient n’avoir tenu que dans l’espoir d’être un jour en situation de pouvoir torturer à leur tour… Ce qu’ils firent.
Combien d’horreurs n’ont-elles pas été commises, pendant la Deuxième guerre mondiale, non pas par des SS, mais par des troufions ordinaires de la Wehrmacht, ceux-là mêmes chez qui j’eus l’occasion de loger, à Munich ou à Vienne, en 1957, et qui se comportaient en excellents et honnêtes pères de famille. Des gens fort sympathiques, hélas, j’en peux témoigner.
Rien à voir, évidemment, mais quand, aujourd’hui, vous entendez certains élus de droite (et, en d’autres temps, des élus de gauche ont eu les mêmes types de réaction) se déchaîner contre les mesures prises par Nicolas Sarkozy, le bouclier fiscal par exemple, qui leur paraissent soudain aberrantes et scandaleuses (et surtout sont l’une des causes de leur échec électoral), alors même qu’ils les ont non seulement approuvées mais encore défendues avec ardeur, on se rend compte que toute forme de remise de son propre libre-arbitre entre les mains d’une autorité supérieure agit comme une drogue qui annihile toute capacité de refus. Et même de critique. On se convainc qu’on « n’a pas le choix », qu’on « n’est pas responsable », que « cela ne dépend pas de nous », d’où l’auto-abolition de ce droit inaliénable qu’est le droit à la résistance.
Jean-Paul Sartre désignait cette démission sous le vocable de « mauvaise foi » et qualifiait philosophiquement de « salaud ordinaire » (ou, plus exactement, de « salaud philosophique ordinaire ») celui qui, ainsi, pouvait se transformer en tortionnaire ordinaire.
Car, en réalité, affirmait le philosophe, l’homme – et c’est en quoi il est homme et non primate – est libre de tout, sauf de renoncer à cette liberté. Etre homme, c’est être responsable totalement.
Le tort fait par Le Figaro à Sarkozy
Je suis convaincu que la presse de gauche bien pensante – libérale libertaire et intrinsèquement bourgeoise – a largement contribué, par ses pressions idéologiques incessantes, à couper le Parti Socialiste, qu’elle influence considérablement, des couches populaires.
Mais, à l’inverse, si la droite sarkozyste a bu la tasse à l’issue des élections régionales, Le Figaro, et particulièrement son patron Etienne Mougeotte, n’y est pas pour rien. Parce qu’il est lu par tous les caciques de l’UMP, dont il constitue la bible, ce journal aurait dû, en effet, attirer leur attention sur certaines attitudes présidentielles qui risquaient, à terme, de creuser leur tombe. Or, au contraire, en approuvant Sarkozy quoiqu’il fasse ou ne fasse pas, et dise, en flattant son narcissisme, en applaudissant toutes les manifestations, même les plus contestables d’un point de vue républicain, de son pouvoir personnel, en ne le mettant en garde contre aucune dérive, même pas contre le creusement irresponsable des déficits publics ou contre les effets pervers des débauchages « gadgets » sous prétexte d’ouverture, Le Figaro et Mougeotte ont conforté Sarkozy dans ses travers, erreurs et aveuglements. En cela, ils ont contribué à sa défaite et, sans doute, à son échec.
Electeurs de droite, disent-ils
On nous explique, sondages à l’appui, que les abstentions de dimanche se recrutent majoritairement parmi « l’électorat de droite ».
Remarque étrange : si un électeur de droite, ou un électeur de gauche, restait figé éternellement, il n’y aurait pas besoin d’organiser des élections puisqu’on connaîtrait d’avance la répartition des sensibilités.
En fait, qu’est-ce qui permet de qualifier d’électeur de droite un ouvrier qui a voté Sarkozy, en 2007, parce qu’il a été sensible à son discours… ouvriériste, justement ? Ou, d’électeur de gauche un électeur de Ségolène Royal particulièrement sensible à ce qui, dans ses propos, se distinguait du discours de gauche traditionnel ?
En vérité, et presque par définition, beaucoup d’abstentionnistes sont des électeurs de Sarkozy qui ne se reconnaissent nullement par la droite (donc ne sont pas récupérables par elle) ou encore des électeurs de Ségolène Royal (ou de Bayrou) que le PS d’aujourd’hui, ou le Modem, désespèrent.
La démocratie, ça implique nécessairement que les lignes bougent.
Fonctionnement
Les coûts de fonctionnement dans les régions ont largement plus augmenté que les coûts d’investissement. Dixit le secrétaire général de l’UMP. Exact. Et c’est en Alsace que les coûts de fonctionnement ont le plus augmenté (350 %). Allo, Bertrand ?
Cohérence
Il paraît que la fusion entre les listes PS et les listes Europe Ecologie serait un scandale, une alliance contre nature. La direction de l’UMP dixit.
Mais alors deux questions : 1) qui défend, à cor et à cri, le principe bipolaire, camp contre camp, et a même concocté des modes de scrutin pour imposer coûte que coûte cette logique ? 2) Quelle est la cohérence qui réunit de façon rationnelle des partisans de Borloo et ceux de de Villiers ou de Boutin, l’ultra libéral Novelli et le dirigiste Guaino, les ultras européens à la Méhaignerie et les ultras souverainistes à la Myard ?
