Non, le camp sarkozyste ne s’effondre pas encore mais il recule très fortement.
Ainsi, une élection législative partielle se déroulait-elle hier, dans les Yvelines, l’une des circonscriptions les plus à droite de France (celle de Christine Boutin). Il est plus que probable que pour la première fois la gauche, en l’occurrence écologiste, l’emportera. Localement c’est un petit séisme.
Mais, avec 40,7% des suffrages, la droite ne s’effondre pas. Elle perd énormément par rapport aux législatives de 2007 mais ne régresse que de 3% environ par rapport à l’année dernière.
Cet avertissement va-t-il conduire à tailler dans le vif plus vite que prévu ?
La démission d’Alain Joyandet et de Christian Blanc, si l’on en croit les commentaires entendus, hier soir, sur les radios, aurait obéit à une consigne de Nicolas Sarkozy, qui entend ainsi lâcher du lest, donner un gage à l’opinion et sauver de la sorte le soldat Woerth. C’est, d’ailleurs, ce qu’a fini par confirmer l’Elysée en prétendant, dans un communiqué, que le chef de l’Etat avait demandé à ses deux secrétaires d’Etat de quitter le gouvernement. Mais alors pourquoi à ces deux à seulement ?
Les informations que j’ai pu recueillir sont un peu différentes. En réalité, Sarkozy espérait, effectivement, attendre le mois de novembre pour procéder à un remaniement à froid. Et, éventuellement, changer de premier ministre, comme le lui conseille Alain Minc, puisqu’il considère que l’image de François Fillon contribue à brouiller la sienne. Mais, « livrés aux chiens » par le président de la République en personne, jetés en pâture pour faire diversion, Blanc et Joyandet (surtout Joyandet, tout dévoué à Sarkozy dont il est l’ami) se sont sentis trahis et ont estimé, aux vues des réactions de la rue qui les regardaient comme des pestiférés, que la situation était devenue pour eux intenable.
Ils ont, en quelque sorte, craqué.
Mais, du coup, au grand désappointement de l’Elysée, ils ont contribué à augmenter la pression psychologique qui pèse sur le pouvoir et à fragiliser Eric Woerth.
D’autant que, chaque jour, amène de nouvelles révélations en concernant d’ « étranges coïncidences ». Ainsi, Marianne et le JDD rapportent cet imbroglio : le richissime marchand de tableau Daniel Wildenstein, aujourd’hui décédé, laisse une fortune de trois milliards d’euros. Or, sa veuve, en conflit avec son beau-fils, qu’elle accuse de vouloir rafler l’héritage, a écrit plusieurs lettres au Fisc français pour révéler qu’elle avait découvert que son mari c’était livré à des entreprises d’évasions fiscales et donc de fraudes de très grande ampleur grâce à des trusts bidons installés dans des paradis offshore. Or, elle n’a obtenu aucune réponse et aucune enquête n’a été entreprise. Or, il se trouve que Guy Wildenstein, le fils de Daniel, est membre de l’UMP, gros contributeur à la campagne de Sarkozy, membre du club premium dont Eric Woerth est le président et très lié, en outre, à l’ex ministre du budget à travers le milieu des courses de Chantilly.
Cela ne prouve évidemment rien puisque la veuve Wildenstein est en conflit avec son beau fils ; mais contribue à entretenir les suspicions.
Quant à la presse suisse, revancharde, elle raconte, qu’en 2007, Eric Woerth, en tant que trésorier de l’UMP, organisa à Genève, au Crown Plaza et au Caviar House – ça ne s’invente pas – une réunion de tous les évadés fiscaux réfugiés en Suisse, au cours de laquelle il récolta 7 millions d’euros pour la campagne de Nicolas Sarkozy. Les mêmes journaux suisses font état, mais sans preuve, d’un transfert de 280 millions d’euros de la maison Bettencourt sur l’UBS de Genève.
Mais, halte au feu ! Y compris au feu au lac.
Simone Weil et Michel Rocard ont lancé, on le sait, un appel en ce sens. Il est évident qu’ils ne l’ont pas fait spontanément.
C’est initiative appelle deux remarques : 1) renoncer à dénoncer ce qui doit l’être et que tout le monde sait, cela revient à abandonner cette fonction au Front Nationale. Et à entretenir le discours du « ils se valent tous, pas un pour racheter l’autre ». Rocard est décidemment un grand stratège. 2) En revanche, c’est vrai, il ne faut pas s’acharner sur Eric Woerth. Peut-être est-il réellement d’une grande honnêteté « personnelle ». C’est, en fait, d’un système qu’il s’agit, pas d’un homme. Mais il se trouve que cet homme incarne et porte ce système pour le compte d’un plus gradé que lui.
****
A propos du jugement intervenu à l’issue du procès des émeutiers de Villiers-le-Bel : que cherche-t-on ? A mettre le feu dans les esprits ? D’un côté un laxisme coupable (par rapport à l’incivilité, la tolérance zéro n’est pas un gros mot) mais de l’autre un jugement d’une brutale disproportion digne d’une justice tchétchène. ****
Merci pour les excellents témoignages sur l’état de l’opinion. Mais j’aurais aimé qu’ils soient plus nombreux.
Merci aussi à Kerjean pour l’originalité et l’intérêt de son approche historique du concept de révolution.
****
MESSAGE IMPORTANT : Ce blog et ce forum vont s’interrompre en juillet, mais ne reprendront pas en septembre. J’en suis triste, profondément. J’aurais tant voulu que nous réussissions tous ensemble cette expérience. Que nous fassions vivre un espace de liberté innovant et constructif. Mais les nouvelles dérives d’hier (dont le dénommé Elie Arié est effectivement le principal responsable), et le refus de toute modération pourtant indispensable m’ont convaincu que ce n’était quasiment pas possible. Sauf, comme c’est le cas de beaucoup d’autres blogs, à se désintéresser complètement des commentaires. Mais cela irait contre notre philosophie, contre notre volonté d’échange. D’autant, et c’est mon plus grand regret, que de nombreux forumistes m’ont beaucoup apporté par leur talent, leur savoir, leur authenticité.
C’est d’autant plus dommage que ce vrai échec est paradoxalement la conséquence d’un vrai succès. Il faudra imaginer d’autres formes d’interventions collectives.
