Ca y est, il est descendu au-dessous de la barre des 30 % de taux de satisfaction (28 % dans le sondage Sofres/Figaro Magazine). On a l’impression que Nicolas Sarkozy est pris dans des sables mouvants : plus il bouge ou s’agite, plus il s’enfonce. Comme si le système, dont il était la pièce maîtresse unique à laquelle s’articulaient tous les rouages, était condamné à la panne généralisée dès lors que la grande roue dentée centrale perd l’une après l’autre ses dents.
C’est ce que j’ai essayé d’analyser, ici, ces trois dernières semaines, en montrant que le héros bonapartiste ne peut tomber de cheval.
Mais, le processus s’accélère plus rapidement encore que je ne le pensais. Quelques 200 députés UMP ont fait leurs comptes et se sont aperçus qu’ils étaient devenus très nettement minoritaires dans leur circonscription. D’où leur affolement. D’où, également, leur interrogation sur la fiabilité et l’efficience de leur leader jusqu’ici « charismatique ». Quand le regard change, la cible du regard change aussi. Ce qui était admirable « truc » devient désagréable « tic ». L’argument imparable se transforme en pénible répétition. Le volontarisme se métamorphose en velléitarisme. On passe presque du tout à l’ego au tout-à-l’égout. De Narcisse à Nanarcisse. L’effet de menton est, en effet, perçu comme un effet de mentons.
Car, si tout l’édifice s’écroule, c’est bien que l’effet, la frime, la menterie y servaient pour l’essentiel de ciment. Tout au culot. Roulements de mécaniques. A la tchatche. A la tambourinade. Or, cela ne permet pas de choir. Car c’est déchoir. Tout le problème du pouvoir personnel est là. Que le chef de file s’étale et tous les dominos tombent l’un après l’autre.
C’est un peu ce qui se passe. Mais, ici, une question se pose : écoutez tous ces élus, UMP, Nouveau Centre, Radicaux un temps ralliés à Sarkozy. Maintenant, tout y passe : la schizophrénie et la paranoïa du vaincu ;
la quasi-démence de son narcissisme ; les inquiétantes occurrences de son appétit de contrôle ; les extravagantes manifestations de son pouvoir personnel ;
les conséquences délétères de la saturation médiatique de sa personne ; les effets pervers d’une omniprésence rhétorique sans aucune portée pratique sur le terrain ;
l’erreur psychologique majeure que représente, aussi bien le bouclier fiscal que le retour à une ORTF dont les présidences seront directement pourvues par le chef de l’Etat ;
la mégabévue qui consista, en période de crise, et donc de croissance du chômage, à exonérer de charges les heures supplémentaires ;
les méfaits de la taxe carbone ;
la radicale inefficacité d’une « ouverture » perçue comme simple entreprise politicienne de débauchage ;
la stupidité stratégique qui consista à imposer à toutes les droites l’enfermement dans un carcan unique et réducteur ;
la rigidité quasi soviétique de la méthode, absolument inefficace, employée pour réduire le nombre des fonctionnaires ;
la gargantuesque boulette de la renonciation au développement et à l’ancrage d’une police de proximité ; l’inutilité d’une réinsertion intégrale dans l’Alliance atlantique qui a fait basculer les derniers gaullistes dans l’opposition ;
la double provocation que représente à la fois une réforme de la justice qui renforce la dépendance à l’égard du parquet, et donc du pouvoir politique, et une réorganisation territoriale qui s’apparente à une recentralisation pseudo-jacobine.
Plantages à répétition donc…
De tout cela, aujourd’hui, il n’est pas un grand cerveau ou une petite main UMP, pas un commentateur radiophonique ou propagandiste audiovisualisé, pas un analyste ou politologue alibi, pas un éditorialiste de papier journal, qui n’en fasse, et en fera de plus en plus, le constat. Mais, se souvient-on de ce que les mêmes disaient, écrivaient, tambourinaient, ce qu’ils stigmatisaient, excommuniaient, quand, hier, nous, et quelques autres, écrivions ou suggérions exactement cela ? Simplement cela. (Ce qui ne nous empêchait pas de souligner, à l’occasion, les aspects positifs d’une action politique que globalement nous n’approuvions pas).
Si tous ces gens avaient, à ce moment-là, exprimé ne serait-ce que la moitié de ce qui apparaît aujourd’hui comme une évidence – n’est-ce pas Mougeotte Etienne ? –, ils auraient contribué à sortir le pouvoir de sa bulle, ils l’auraient forcé à se remettre en question et, en cela, ils l’auraient peut-être sauvé.
Ils ne l’ont pas fait, ils ont ainsi précipité son échec.