Tout s’est passé dimanche comme si les électeurs avaient ramassé les pavés, tous les pavés, qui se trouvaient à leur portée pour les envoyer à la figure du pouvoir établi. Le pavé abstention, « le plus gros », le caillou vote nul, le pavé PS, le pavé Europe Ecologie, le pavé Front National, la grosse pierre Front de Gauche, et même là où l’occasion leur était donnée de lapider à la fois l’UMP et le PS, ils ont utilisé le pavé Georges Frêche. A part le Modem, jugé trop mou ou trop friable, aucun projectile n’a été boudé, même pas Nicolas Dupont-Aignan qui a fait presque 5 % en Ile-de-France. Notons-le : toutes les grandes gueules contestataires, le communiste Maxime Gremetz en Picardie, le Front de Gauche André Chasseigne en Auvergne, le centriste Jean Lassale en Aquitaine ou même l’extrême droite Jacques Bompard à Orange, ont fait des scores.
Côté l’UMP, ils vont dire, c’est couru, compte tenu de l’ampleur de l’abstention, que ce vote ne signifie strictement rien. Ou pas grand-chose. Les consignes ont déjà été distribuées pour que les commentaires relayent ce leitmotiv. Merci donc les abstentionnistes qui ont, en outre, contribué à gonfler le score du Front National. On a même entendu cet argument dans la bouche de l’ineffable Hortefeux : les abstentionnistes ont voté contre les présidents socialistes de région.
Sauf que la signification de ce scrutin, qui a vu les refus d’expression l’emporter sur les expressions, est exactement inverse. Deux rejets se sont, en réalité, superposés : un rejet positif, constructif, « consciencisé », comme disent les progressistes chrétiens, et un rejet, passif, rageur, négateur. Ici, une attente exaspérée et, là , une exaspération sans attente. Mais double censure en fin de compte : l’une visant Sarkozy et portant un espoir d’alternative, l’autre visant également Sarkozy, mais dirigée également contre les alternatives.
N’empêche : même si on ne prend en compte que les suffrages exprimés (48 %), l’échec de la large coalition présidentielle est quasiment sans précédent.
C’est d’un radical renversement qu’il s’agit.
Le 10 mai 1981, date emblématique d’une victoire de la gauche, la droite avait rassemblé 48 % des suffrages. Cette fois, en y intégrant le Front National, elle a plafonné à 38 %, soit 10 points de moins. Le plus mauvais score de toute l’histoire de la Vè République.
Aux élections régionales de 2004, celles qui avaient vu la gauche s’emparer de 20 régions sur 22, l’addition de toutes les droites, du FN à l’UDF, représentait encore plus de 50 %. Cette fois, les votes d’opposition à la droite dépassent les 58 %.
D’où il découle que Nicolas Sarkozy est l’homme qui a présidé au plus spectaculaire recul électoral de la droite et du centre droit qu’on ait connu depuis 60 ans.
Si les Français votaient de la même façon à des élections législatives, l’UMP (parti de la droite unie) se retrouverait avec une cinquantaine de députés seulement. (Paradoxalement, le parti présidentiel aurait, dès lors, intérêt à un retour à la proportionnelle qui lui permettrait de conserver quelques 200 députés et au FN d’en conquérir une trentaine).
Côté l’UMP, ils vont dire, c’est couru, compte tenu de l’ampleur de l’abstention, que ce vote ne signifie strictement rien. Ou pas grand-chose. Les consignes ont déjà été distribuées pour que les commentaires relayent ce leitmotiv. Merci donc les abstentionnistes qui ont, en outre, contribué à gonfler le score du Front National. On a même entendu cet argument dans la bouche de l’ineffable Hortefeux : les abstentionnistes ont voté contre les présidents socialistes de région.
Sauf que la signification de ce scrutin, qui a vu les refus d’expression l’emporter sur les expressions, est exactement inverse. Deux rejets se sont, en réalité, superposés : un rejet positif, constructif, « consciencisé », comme disent les progressistes chrétiens, et un rejet, passif, rageur, négateur. Ici, une attente exaspérée et, là , une exaspération sans attente. Mais double censure en fin de compte : l’une visant Sarkozy et portant un espoir d’alternative, l’autre visant également Sarkozy, mais dirigée également contre les alternatives.
N’empêche : même si on ne prend en compte que les suffrages exprimés (48 %), l’échec de la large coalition présidentielle est quasiment sans précédent.
C’est d’un radical renversement qu’il s’agit.
Le 10 mai 1981, date emblématique d’une victoire de la gauche, la droite avait rassemblé 48 % des suffrages. Cette fois, en y intégrant le Front National, elle a plafonné à 38 %, soit 10 points de moins. Le plus mauvais score de toute l’histoire de la Vè République.
Aux élections régionales de 2004, celles qui avaient vu la gauche s’emparer de 20 régions sur 22, l’addition de toutes les droites, du FN à l’UDF, représentait encore plus de 50 %. Cette fois, les votes d’opposition à la droite dépassent les 58 %.
D’où il découle que Nicolas Sarkozy est l’homme qui a présidé au plus spectaculaire recul électoral de la droite et du centre droit qu’on ait connu depuis 60 ans.
Si les Français votaient de la même façon à des élections législatives, l’UMP (parti de la droite unie) se retrouverait avec une cinquantaine de députés seulement. (Paradoxalement, le parti présidentiel aurait, dès lors, intérêt à un retour à la proportionnelle qui lui permettrait de conserver quelques 200 députés et au FN d’en conquérir une trentaine).
Le roi Sarkozy est nu, ou plutôt en tee-shirt
Cela signifie que les députés sarkozystes qui, jusqu’à présent, considéraient le chef de l’Etat (son charisme, son volontarisme, son dynamisme) comme leur principal atout, et qui, pour cette raison, s’étaient donnés totalement à lui, même s’ils s’avouaient parfois consternés en privé, ont fait dimanche cette terrible découverte : leur étendard magique s’est révélé constituer leur pire handicap. Le panache blanc est devenu un plumeau déplumé. Le talisman un trèfle à deux feuilles. Le Napoléon d’après Austerlitz s’est transformé en un Badinguet d’après Sedan. Sauve qui peut ! Mon empire pour un bon cheval !
Il faut revenir aux chiffres : Nicolas Sarkozy, au premier tour de l’élection présidentielle de 2007, avait passé la barre des 31 %. Or, 90 % des élus et notables UDF se sont ensuite ralliés à lui ; puis, les socialistes à la Bernard Kouchner, Eric Besson, Jean-Marie Bockel ; puis, des « people » de toutes casaques à la Max Gallo, Jacques Séguéla, Bernard Tapie, Fadela Amara ; puis, la droite pure et dure, à la Philippe de Villiers côté dur et à la Christine Boutin côté pur ; et, à l’arrivée, quand cette droite démesurément élargie aurait dû se hisser à 40 %, elle se retrouve à 28 %. Une gifle gargantuesque. Plus de renforts possibles. Bernique ! Le désert des Tartares. Le roi est nu, ou plutôt en tee-shirt. Pourquoi alors François Fillon continuerait-il à s’offrir en paillasson ? Pourquoi les ex-chiraquiens, perclus d’humiliation, s’interdiraient-ils de prendre leur revanche en se copéisant, en se villepinisant, et pas forcément en douceur ?
Le propre d’un sauveur suprême s’est qu’il doit démontrer sa capacité de sauver suprêmement. Or, en l’occurrence, il a plutôt suprêmement plombé son propre camp.
Qui ne voit que tout peut basculer, dès lors que César est pompé, et qu’Auguste fait rire les petits enfants.
Toutes les cartes sont redistribuées. Bayrou n’étant plus présidentiable, vaincu par un « moi » qui a étouffé les « nous », en 2012, les candidats ne seront sans doute pas ceux qu’on imaginait. Le PS exulte, bien sûr, peut-être devrait-il s’interroger : non seulement sur le succès de Frêche qui a écrabouillé la liste sponsorisée par Martine Aubry en Languedoc-Roussillon, non seulement sur le fait que les écologistes l’ait devancé dans de nombreux quartiers de Paris, mais, surtout, sur les scores du Front National qui dans le Nord-Pas de Calais, la Picardie, les Bouches-du-Rhône lui a de nouveau arraché une grande partie de son électorat populaire.
Notons que Ségolène Royal a, semble-t-il, réalisé le meilleur score du PS.
Il faut revenir aux chiffres : Nicolas Sarkozy, au premier tour de l’élection présidentielle de 2007, avait passé la barre des 31 %. Or, 90 % des élus et notables UDF se sont ensuite ralliés à lui ; puis, les socialistes à la Bernard Kouchner, Eric Besson, Jean-Marie Bockel ; puis, des « people » de toutes casaques à la Max Gallo, Jacques Séguéla, Bernard Tapie, Fadela Amara ; puis, la droite pure et dure, à la Philippe de Villiers côté dur et à la Christine Boutin côté pur ; et, à l’arrivée, quand cette droite démesurément élargie aurait dû se hisser à 40 %, elle se retrouve à 28 %. Une gifle gargantuesque. Plus de renforts possibles. Bernique ! Le désert des Tartares. Le roi est nu, ou plutôt en tee-shirt. Pourquoi alors François Fillon continuerait-il à s’offrir en paillasson ? Pourquoi les ex-chiraquiens, perclus d’humiliation, s’interdiraient-ils de prendre leur revanche en se copéisant, en se villepinisant, et pas forcément en douceur ?
Le propre d’un sauveur suprême s’est qu’il doit démontrer sa capacité de sauver suprêmement. Or, en l’occurrence, il a plutôt suprêmement plombé son propre camp.
Qui ne voit que tout peut basculer, dès lors que César est pompé, et qu’Auguste fait rire les petits enfants.
Toutes les cartes sont redistribuées. Bayrou n’étant plus présidentiable, vaincu par un « moi » qui a étouffé les « nous », en 2012, les candidats ne seront sans doute pas ceux qu’on imaginait. Le PS exulte, bien sûr, peut-être devrait-il s’interroger : non seulement sur le succès de Frêche qui a écrabouillé la liste sponsorisée par Martine Aubry en Languedoc-Roussillon, non seulement sur le fait que les écologistes l’ait devancé dans de nombreux quartiers de Paris, mais, surtout, sur les scores du Front National qui dans le Nord-Pas de Calais, la Picardie, les Bouches-du-Rhône lui a de nouveau arraché une grande partie de son électorat populaire.
Notons que Ségolène Royal a, semble-t-il, réalisé le meilleur score du PS.