Ce qu’il faut affronter ? Combattre ? Les inégalités, les injustices, la misère, bien sûr. Mais aussi l’inculture, mais aussi la haine. La haine de l’autre, qui est également, quelque part, une haine de soi en l’autre. Ou, plus exactement, une haine de soi qui croit s’abolir par la haine de l’autre. La haine qui vous dégrade bien plus encore qu’elle ne dégrade son objet, qui vous détruit irrémédiablement en vous donnant l’illusion, destructrice précisément, de détruire autrui. En me laissant envahir par la simulation excitante du meurtre de l’autre, je me tue moi-même en vérité.
Ces réflexions m’ont assailli, hier, en écoutant ou en lisant certains propos. Ce poison là est en train de se répandre. C’est ce que j’ai essayé, à plusieurs reprises, de dire ici. Pas assez ou pas assez clairement : si on n’est pas capable de construire ou de reconstruire ensemble, d’élaborer ensemble un projet de reconstruction, place libre sera laissée à ceux qui ne voient d’issue que dans le démolir ensemble sans autre horizon que la fausse joie auto-négatrice que leur procure cette démolition, ce désir de démolition, ce plaisir de démolition.
Ce Monde qu’on nous façonne n’est pas tenable. Tenable, cela signifie qu’il devient de plus en plus difficile, à beaucoup, de s’y tenir « droit ». Que tout contribue à les casser, à les briser. Corps et âmes. Matériellement et spirituellement. Alors que fait-on ?
On entreprend de le changer, radicalement, ce Monde. On entreprend de le changer ensemble, on mène ce combat constructif ensemble, on le refaçonne ensemble. L’autre devient, alors, celui avec lequel, grâce auquel, à côté duquel, on ouvrira, on explorera, on fera fleurir des espaces nouveaux. Et on ne lui demandera pas sa carte d’identité, on se moquera de sa provenance. L’autre redeviendra un autre « moi », parce que je serais aussi « autre » que lui. Je participais, vendredi, à Rennes, à un débat sur le bonheur or, le véritable bonheur est celui là : vouloir, espérer, agir, élaborer, lutter ensemble…
« Agir c’est aimer » disait Hugo, ou « Aimer c’est agir ». Ce furent même ses dernières paroles.... Le choix n’est donc même pas : on entreprend ensemble de changer ce Monde ou on baisse les bras. C’est : on choisit la solution de l’amour possible ou celui de la haine inéluctable. La haine de tous contre tous, que vous avez pu vous même constater : haine de la différence, de l’étranger, du fonctionnaire, du mal pensant, de l’intellectuel, du peuple « boffisé »…. Ces deux haines se faisant la courte échelle. Vous avez vu : la haine du raciste et celle, aussi, hélas, de celui pour qui « l’autre » est le diable, dès lors qu’il ne s’aligne pas sur ses propres normes. Deux intolérances débouchant sur deux criminalisations de l’altérité.
Eh bien c’est pour cela, aussi, qu’il faut choisir la voie de l’alternative. A ce Monde là… Donc à la haine qui, de plus en plus, l’infuse, comme il y a 70 ans…. Et, pour ce faire, rechercher les convergences, comme il y a 70 ans encore. Rassembler le camp des mains tendues contre celui des crocs sortis. Ne pas exclure, mais inclure par le combat salvateur et libérateur. Opposer la quête des confluences à cet horrible parti qui ne se fonde que sur l’instrumentalisation de tous les divorces. Comment isoler les brigades de l’insulte assassine, si non en fédérant ceux qui sont susceptible de participer à la révolution du respect.
Le respect opposé à l’exploitation, à l’oppression, à l’aliénation : oui, cette bataille là il faut la mener, ensemble, jusqu’au bout. Sans compromis, mais sans haine.