Non, le Front National n’est pas mort. Les intentions de vote en sa faveur remontent. En Hollande, une nouvelle formation « populiste et xénophobe » comme on dit, vient de faire un malheur aux élections municipales. En Italie, la « Ligue du Nord » qui surfe sur l’esprit d’exclusion (exclusion de l’immigré, de l’étranger, mais aussi de l’Italien du sud) a le vent en poupe. En Autriche, c’est une candidate proche de la mouvance néonazie, Barbara Rosenkranz, qui risque de faire un score plus qu’honorable (si on ose dire !) à l’élection présidentielle. En Flandres, l’extrême droite rassemble presque un tiers de l’électorat. Ailleurs, en Inde par exemple, en Israël, pour ne pas parler de certains pays musulmans, les nationalismes ou régionalismes ethniques, les intégrismes religieux s’affirment.
Cela signifie quoi ? Non pas que nous sommes menacés par un retour de la bête immonde, comme le clament à tout propos ceux qui ont besoin du danger fasciste parce que, faute d’aspirer eux-mêmes à quoi que ce soit, ils ont besoin d’un anti-fascisme pour s’affirmer ; mais que, lorsqu’apparaît une béance, tout ce qui se propose de la combler devient audible.
Et c’est bien ce constat qui justifie la tenue de ce blog et rassemble l’immense majorité de ceux qui l’enrichissent de leurs réflexions et points de vue.
Résumons. Un modèle de société a fait faillite, il y a deux ou trois décennies, quelque forme qu’il ait revêtu : celui qui centralisait l’Etat Léviathan au point que toute la société était sommée de se fondre en lui et de lui sacrifier ses différences et donc sa pluralité.
Aujourd’hui, c’est le modèle qui a centralisé l’argent – le profit immédiat -, au point de lui immoler et l’âme et la raison, qui se trouve confronté à sa propre faillite morale et rationnelle.
Des millions de citoyens du monde ont tout attendu du premier modèle, des millions d’autres ont tout accepté du second.
Ce double effondrement, dans la réalité mais surtout dans les têtes, crée donc un immense vide.
Alors, que disons-nous ? Qu’il est absolument impératif de proposer une alternative à cette double crise de centralité : non plus, en effet, l’Etat cannibale au centre de tout, non plus l’argent centralisé imposant son propre totalitarisme, mais une radicale recomposition de la société toute entière autour de l’humain enfin centralisé, et cela dans toutes ses dimensions : celle de l’épanouissement individuel et celle de la réalisation collective. L’humain que valorise l’argent et protège l’Etat et non pas qui est livré à l’Etat et vendu à l’argent.
Ce à quoi il nous faut travailler : c’est-à-dire penser, élaborer et construire un nouveau modèle.
Car, rappelons-le, qu'est-ce qu’on appelle un progrès de civilisation, sinon la conséquence du fait que toujours, depuis des millénaires, on fut capable de penser, d’élaborer, de construire un nouveau modèle. Sans quoi le tribalisme, l’esclavagisme, le féodalisme n’auraient jamais été dépassés. Sans quoi ces utopies que furent la démocratie ou la République n’auraient jamais été réalisées.
Mais, qu’on y prenne garde, et j’en reviens au constat qui m’inspire cette réflexion : si, confronté à la faillite de la centralité de l’Etat et à celle de la centralité de l’argent, nous ne sommes pas capables de proposer un modèle qui centralise enfin l’humain, pas capables de mobiliser autour de cette formidable aspiration qu’il convient de transformer en formidable espérance, alors, nous verrons ressurgir et prospérer tous ceux qui proposent, comme toujours, comme hier, de centraliser la terre, le sol, le sang, l’ethnie, la race, la tribu ou un dieu intolérant et vengeur.
Le choix n’est pas entre « on rafistole » ou « on change », il est entre cette révolution-là et un retour à une barbarie dotée d’ordinateurs.
Alors, je vous en prie, renonçons à nos enfermements, à nos automatismes : inventons et agissons ensemble.
• Hier, exceptionnellement, Le Figaro n’a pas rendu hommage à Nicolas Sarkozy à la une. Un signe ?
• Nadine Morano a expliqué, à Rennes, qu’il ne devrait pas y avoir d’opposition, car ensemble on est plus fort. Et ça concerne aussi l’opposition aux présidents socialistes des conseils régionaux ?
• Le chef de l’Etat, en visitant le Doubs, a relativisé l’enjeu du scrutin de dimanche. De toute façon il n’a pas le choix : ou il relativise le scrutin ou il se relativise lui !
Messages personnels
- Marrant les gens qui n’acceptent même pas une ligne ironique sur Mélenchon. Vive l’humour ! J’estime assez Jean-Luc Mélenchon pour savoir que lui n’est pas comme ça.
- Moi, je n’exclus personne, je défends, au contraire, l’idée du « tous ensemble ». L’exclusion, elle vient d’ailleurs, non ? Ou alors, j’ai mal compris.
- Qui ne cesse de répéter « jamais avec ceux-ci », « jamais avec ceux-là » ?
Pour renoncer à la faciliter des étiquetages, il y a encore du boulot !
- Bravo à ceux qui nous expliquent sans cesse que commenter l’actualité consiste à ne traiter que de ce qui leur plaît dans l’actualité. Sarkozy leur plaît pas, il ne faut pas parler de Sarkozy ; Fillon ne leur plaît pas, ne pas parler de Fillon ; Minc ne leur plaît pas, ne pas parler de Minc ; Strauss-Kahn ne leur plaît pas, ne pas parler de Strauss-Kahn.
Finalement, en 1939, il aurait fallu commenter l’actualité sans jamais parler de Staline ou de Hitler puisque ces types étaient tout à fait déplorables.