Ceci n’est pas un plan de rigueur!
Il y a de cela belle lurette, je réalisais un reportage en Uruguay où venait de se dérouler un coup d’état. Un de plus. La première décision des militaires qui venaient de prendre le pouvoir fut d’interdire à la presse, sous peine de lourdes sanctions, d’écrire qu’il s’agissait d’une dictature. Le lendemain un quotidien « progressiste » titra, à la une, en caractère d’affiche «Ce n’est pas une dictature ! » Il fut saisit puis interdit. Après les annonces de François Filon et de Christine Lagarde, j’ai eu envie de titrer : « Ce n’est pas un plan de rigueur ». Puisqu’ils le disent. Mais alors c’est quoi ? Décider, quand les dépenses excèdent tellement les recettes, que le déficit des comptes publics représente plus de 8% du PIB, de réduire les dépenses ou d’augmenter les recettes, ou peut être les deux, ce n’est pas incohérent et ce n’est pas à priori scandaleux. Tout dépend sur qui pèse les principaux efforts. Mais cela s’appelle une politique de rigueur. En conséquence, ce tournant (car il s’agit d’un tournant) que prend le gouvernement Sarkozy (mais cette fois on a laissé François Fillon l’annoncer comme si l’on espérait inconsciemment que ça le plombe) commence par un nouveau mensonge. Un de plus. Et, en même temps, en filigrane, il s’agit d’un aveu. Car, que nous dit on ? Que la crise grecque est une alerte et que, si l’on y prenait garde, nous risquerions nus aussi une dégradation par les agences de notation. Ce qui serait catastrophique au moment où l’on s’apprête à lancer un « grand emprunt ». Imaginez en effet que les marchés nous imposent des intérêts de 5% comme ceux que nous avons nous imposés à la Grèce. Et bien oui, c’est exactement ce que nous disions ici même mais que les grands médias n‘osaient pas évoquer et ce que, d’ailleurs, jusqu’à jeudi, le gouvernement niait. Et pourquoi tombe t il soudain le masque ? Parce que la crise grecque lui en donne soudain l’opportunité (vous voyez ce qui nous attend si on ne réagit pas) et parce qu’il sait, qu’en réalité, la dynamique actuelle de nos comptes publics nous conduit vers un déficit représentant 9%ou plus de notre PIB. Le seul service de la dette (c’est dire les intérêts qu’il faut payer chaque année sans même rembourser le capital) va augmenter de 18 milliards € dans les trois années qui viennent.
Là encore on a top longtemps menti. Et on ment encore quand on met tout sur le dos de la crise alors que la tendance, la veille même de l’explosion de la bulle financière, était à une forte dégradation des finances publiques puisqu’on était passé de 2,8% à plus e 4% de déficit, non pas par excès de dépenses positives (c’est à dire d’investissements), mais en conséquence de tous les cadeaux accordés aux différentes clientèles de la droite. Or, là dessus, nous prévient on, on ne reviendra pas. Même pas sur le bouclier fiscal. Du moins officiellement. On annonce par exemple que l’on va ratiboiser 5 milliards € en deux ans sur les niches fiscales. Or la seule niche Copé en faveur des grandes entreprises qui réalise des plus values sur des ventes de filiales, coûte trois fois plus. Donc, cela signifie qu’on y touchera pas. N clair, pas de recettes nouvelles, ou très peu, donc de moindres dépenses. En fait, au mieux les dépenses resteront stables en volume, ce qui signifie qu’elles seront réduites du pourcentage de l’inflation. Sur quoi économisera t on ? D’abord, et c’est une bonne chose, sur le train de vie de l’Etat (du moins espérons le ) mais aussi sur un certain nombre de dépenses de fonctionnement, d’investissements, de développement, dont certaines toucheront la politique sociale au sens large, c’est à dire le logement, l’emploi, le handicap, l’université etc… Le risque est que cela se traduise par une révision des prévisions de croissance. Donc moins de recettes. D’où, car il s’agit d’un cycle infernal, nécessité de plus fortes coupes dans les dépenses qu’annoncées. Le P.S n’a pas totalement tort de craindre des effets récessionistes d’une rigueur( même si elle refuse de porter ce nom) qui ne jouera que sur les dépenses et pratiquement pas sur les recettes, mais alors pourquoi a-t-il félicité le gouvernement grec d’avoir décidé de mesures beaucoup plus brutales et qui provoqueront une forte décroissance. Certes une nette embellie économique mondiale sous l’impulsion des pays émergents (ce que prévoit Nicolas Sarkozy) changerait quelque peu la donne. Mais si la spéculation force pratiquement tous les pays européens à hâter et à renforcer les mesures d’austérité destinées à combler leurs déficits, alors, ce sont nos propres clients qui feront défaut et, dans ce cas, ce serait un second coup porté à nos propres capacités de croissance. Les enfumages n‘ont qu’un temps. La réalité nous rattrape toujours. Même si, bien sûr, « ce n’est pas un plan de rigueur » !
P.S : comme il ne faut absolument pas s’ancrer dans le négativisme, je pose cette question à tous les internautes : vous, en tant que citoyens, pour réduire nos déficits, quelle solution préconiseriez-vous en priorité ?
Et pendant ce temps là, Sarkozy change…
« Finalement, la crise grecque, c’est une aubaine, cela va me permettre de me mettre en avant… ». Tel est en substance le propos cynique que Nicolas Sarkozy a tenu devant un groupe de députés UMP dont certains se sont dit quelque peu estomaqués. Autre phrase glanée au cours de ces rencontres destinées à reconquérir les élus majoritaires désabusés « Pour les retraites, tout le monde devra payer… y compris les riches ». O admirera le « y compris » qui signifie « on ira même, chose exceptionnelle, jusqu’à faire payer les riches ». La phrase normale ‘aurait elle pas dû être « tout le monde payera, y compris les pauvres ». Ou encore « en 2011, on ne fera plus que de la politique ! » En d’autres termes « on ne gouvernera plus la France, on préparera notre réélection ! »
Ce qui serait comique, si la situation n’était pas aussi grave, c’est que, lundi, le Figaro consacrait une page entière à une apologie énamourée du nouveau Sarkozy dont le journal nous affirmait pour la dixième fois que oui, cette fois c’était vrai, il avait complètement changé : il avait décidé de devenir modeste, secret, profond, de prendre de la distance, d’être à l’écoute…
Or ce que les deux réunions qu’il vient de tenir avec des élus de son parti ont montré de façon éloquente, c’est précisément qu’il n‘a pas changé. Pas changé d’un iota. D’abord, c’est lui qui parle. De quoi ? De lui. Mais, désormais, n’ayant sans doute pas lu le livre de Onfray, il se livre à de véritables auto-psychanalises, complaisantes et publiques. Moi et le pouvoir, Moi et le temps, Moi et la réussite, Moi et la fonction, Moi face à moi…Non seulement il n’écoute pas, mais il rabroue, sauf ceux qui le flattent tel ce député qui l’a qualifié de « grand stratège », ce dont il l’a chaleureusement remercié. De quoi a-t-il entretenu ses interlocuteurs parlementaires ? De la crise financière qui secoue l’Europe ? Des leçons à en tirer ? Des réflexions qu’elle inspire ? Point du tout. Il n’a parlé aux élus que de tactiques politiciennes pour les convaincre que, s’il se représentait, il gagnerait les élections sans difficulté parce qu’il est le meilleur et que ses adversaires, évoqués avec le plus grand mépris « Martine » et « Eva » sont totalement nulles. Ou, comme DSK, fragile, sous entendu : compte tenu de ce que nous sommes prêts à déballer à son propos. Imperturbable, le président a recyclé cet argument narcissique souhaits : « je ne suis pour rien dans l’échec des régionales dû en grande partie au fait que je n’ai pas fait campagne sur le terrain, que c’est François Fillon qui s’y est collé. D’ailleurs, là où j’ai pris moi même les choses en main, en Guyane et à la Réunion, nous avons gagné. » (Rappelons qu’à la Réunion, l’UMP n’a gagné que parce que la gauche s’est coupé en deux. Mon bilan (formidable. Faramineux. J’ai tenu presque toutes mes promesses, ce qu’aucun président n’avait fait jusqu’à présent (et François Mitterrand qui mit en œuvre 100 de ses 110 propositions, ce que personnellement je l’avoue, il m’est arrivé de regretter ?) Le pouvoir d’achat ? Il a très nettement augmenté. Malgré la crise. Les impôts qui pèsent sur les classes moyennes ? Ils ont été massivement allégés. Ce doit être à plus de 100 000€ par mois que l’on fait partie des classes moyennes ! Toucher au bouclier fiscal ? Ce serait « une folie ». Donner plus de sens et de cohérence à la politique gouvernementale ? « Ca ne veut rien dire ». Le projet adopté par le P.S ? « Un programme d’extrême gauche quasiment bolchevique ». Revenir aux fondamentaux comme le préconise Jean-François Copé ? « Stupide » ! Il n’y a que lui qui voit juste et qui voit loin. Comme on le voit, Nicolas Sarkozy a profondément changé. D’ailleurs, il insiste : suppression des allocations familiales pour les familles dont les enfants sèchent les cours et regroupement des élèves agités au seins d’internats spécifiques ! Vous voyez que Nicolas Sarkozy est devenu un autre homme !
Drôle de partenariat
Le gouvernement a décidé de développer les partenariats « public/privé ». En fonction de quoi, pour la réalisation du pavillon français à Shanghai, il a fait appel à de grands groupes du CAC 40 qui ont presque tous, finalement, fait défection et c’est l’Etat, donc les contribuables, qui a dû combler le trou. En revanche, pour la création de 62 centres d’entretien d’intervention routiers (en fait, de simples hangars), à qui le contrat de construction et d’entretien a-t-il été confié ? A Bouygues, à qui l’Etat paiera un loyer de 30 millions d’euros pendant trente ans ! Il est évident que si un marché aurait dû être confié à des PME, c’est bien celui-là… Mais, rappelons-le, quand le président de la République voyage, il emmène avec lui dans l’avion des patrons du CAC 40, en priorité ceux qui étaient au Fouquet’s, jamais de patrons de PME. Roubaud et la défense des PME Rarement une politique économique n’aura été aussi favorable aux grandes entreprises du CAC 40 et néfaste aux petites et moyennes entreprises. Il n’est qu’à se référer, en particulier, à la loi de modernisation de l’Economie (LME) qui a démantelé toutes les digues qui protégeaient ce secteur (et qui, d’ailleurs, avaient été généralement dressées par la droite) aux seuls profits des hypermarchés et de leurs centrales d’achat. Or, le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, totalement sous la coupe du grand patronat de la métallurgie, et de plus en plus contesté par les vrais chefs d’entreprise et les authentiques entreperneurs, organise une « planète PME » à laquelle il a invité le président de la République et dix ministres pas moins, mais aucun défenseur authentique du secteur dont il est censé être le représentant. Messages personnels Je le répète, et ça n’est pas une figure de style. Peut-on, ici, sur ce blog et ce forum, contribuer à une réflexion constructive, permettre de positiver des différences, favoriser une convergence des sensibilités diverses qui aspirent à l’ouverture de véritables perspectives alternatives ? Oui ou non ? Sinon, si les querelles personnelles ridicules prennent le pas sur le « penser ensemble », sur le « réagir ensemble », sur le « élaborer ensemble », pourquoi, franchement, une telle contrainte ? Autant que je me consacre à des activités lucratives. Et si oui, que ceux qui consultent ce blog et ce forum, mais ne s’y expriment jamais, contrebalancent en intervenant, eux aussi, ceux qui ne s’y expriment que négativement… ce qui d’ailleurs est leur droit et participe également du débat. * Agresser une personne parce qu’elle dit une bêtise, c’est arrogant. Agresser une personne parce qu’elle dit quelque chose d’intelligent – ainsi « brusyl », l’autre jour -, c’est l’inverse… si vous voyez ce que je veux dire.
Un marxiste camouflé
Officiellement chroniqueur néolibéral pur et dur, mais, en réalité, agent marxiste-léniniste infiltré au Figaro, Yves de Kerdrel que j’ai déjà plusieurs fois cité, ici, a fort bien décrit le processus de dérive immoral du système financier néo-capitaliste que nous avons souvent évoqué. Ainsi, dans une chronique du 28 juillet 2009, à propos précisément du comportement de la banque Goldman Sachs, qui, quoique renflouée par l’Etat, renoua aussitôt avec les pires dérives qui avaient engendré la crise. Qui y explique-t-il ? Que le pouvoir financier se moque comme d’une guigne des instructions du pouvoir politique et n’a jamais eu l’intention d’en tenir compte ; qu’en conséquence les grandes résolutions du G20, et autres forums internationaux, resteront lettres mortes ; que la nature humaine, dominée par la cupidité, étant ce qu’elle est, les propos moralisateurs tenus par les banquiers au cœur de la crise sont oubliés pour peu que le danger s’éloigne que ce type de comportement est consubstantiel au capitalisme, cupide par essence. Et de conclure : « cette cynique absence de scrupules peut être prise pour un signe annonciateur de la remise en ordre – ou en état – de tout ce vieux monde qui s’est écroulé au cours des deux dernières années. Le capitalisme va bien, merci pour lui ». En d’autres termes, les réformistes sont de doux rêveurs ou des idiots utiles. Ce Kerdrel est, en fait, un révolutionnaire.
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