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Catastrophe : incompréhensible, dit Sarkozy !
« Un drame incompréhensible » a dit le chef de l’Etat et d’exiger un rapport. Sauf que le rapport existait. Signé par Pascal Raison, directeur de la Direction Départementale de l’Equipement de Vendée. Il datait de 2007 et il disait tout. Tout sur les risques. Et, surtout, tout sur les zones à risques. En particulier Faute-sur-Mer et l’Aiguillon-sur-Mer. Non pas des risques possibles, mais des risques quasiment inévitables.
Donc, puisque c’était annoncé, puisque c’était prévu, c’est forcément incompréhensible. Le président n’en savait rien. On ne lui a pas dit ? Vous avez des zones littorales. Elles sont inondables. Elles sont répertoriées comme telles. Il est normalement interdit d’y construire. Surtout en amont des digues. Mais, on y construit tout de même. 100 000 logements en tout depuis 10 ans. Et il se passe, et en particulier à l’endroit désigné comme étant le plus exposé ce qui risquait de se passer. C’est donc incompréhensible. En effet. Les pressions insistantes des promoteurs sur les élus locaux : incompréhensible. La construction, et même souvent la sur-construction exagérément densifiée dans des zones disons limites, donc aux terrains peu chers, de maisons presque à raz du sol parce que les surélever réduirait la profitabilité de l’opération : incompréhensible. La pression constante de certains élus locaux de tout bord, en particulier ceux des zones qui ont été les plus frappées dimanche, maires en tête, pour obtenir de l’Etat toujours plus de dérogations au plan de prévention des risques : incompréhensible. On ne sache pas d’ailleurs que Philippe de Villiers, le président du conseil général de Vendée, qui a dénoncé soudain le laxisme qui a présidé à la délivrance des permis de construire en bord de mer, se soit opposé aux discours anti-Etat, anti-réglementations, des élus locaux. Donc, les dégâts qu’a d’ores et déjà entraînés l’urbanisation sauvage partout où l’on a, officiellement ou subrepticement, déréglementé la loi du marché en matière immobilière et foncière : incompréhensible. Ici, la submersion par la mer ou par les avalanches. Ailleurs, la ghettoïsation, l’apartheid ethnique et social (législation non observée là encore), la construction, si l’on ose dire, de jungles urbaines quasi criminogènes et, toujours, oui toujours, la prise en compte de la dimension proprement humaine exclue de la démarche qui a conduit à ces aberrations, l’abolition de la personne au profit de la catégorie « pour le marché », en l’occurrence, dans les régions frappées par le déferlement des eaux, le retraité urbain issu des classes moyennes non supérieures : incompréhensible. Incompréhensible ou plutôt aveuglement volontaire ? Refus de comprendre. Incompréhensible ou refus de s’interroger sur la perversité d’un système poussé à son paroxysme ? La question se pose, en effet, quand on relit le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 29 avril 2009 à propos du projet du Grand Paris. Prononcé… car ce n’est évidemment pas lui qui l’a écrit et, d’ailleurs, cette mercuriale comprenait également des passages tout à fait intéressants et estimables. Mais également des affirmations dont on imagine quels intérêts les lui ont fait prononcer. « Pour libérer l’offre, il faut déréglementer… … Elever les coefficients d’occupation des sols et rétablir la continuité du bâti dans les zones denses… … Permettre à chaque propriétaire d’une maison individuelle de s’agrandir… … Rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adapté à l’environnement… … Utiliser les interstices… … Il faut sortir du respect passif d’une réglementation de plus en plus pesante. Qu’est-ce qui nous empêche ? Des obstacles physiques ? Non, le droit de l’urbanisme… » En réalité, c’est très exactement ce qui a été fait. Parfois à raison. Souvent, on vient une fois de plus de le constater, à tort, on a défié l’obstacle physique. En effet. Il s’est vengé. Incompréhensible ! Il y a deux mois, pourquoi ?Il y a deux mois, j’ai ouvert ce blog. Pourquoi ? Rien, évidemment, ne m’y obligeait ou même incitait. J’étais totalement ignorant et inepte en matière de culture Internet. Il s’agissait, en outre, d’une contrainte que je m’infligeais à moi-même qui ne rapporte rien, même pas la gloire ! Et c’est peut-être cela, d’ailleurs, qui en fait, au fond, tout le charme. Les intervenants réguliers qui y apportent leur verve, leur culture, leur humour, leur intelligence… et leur véhémence – et que je remercie -, en savent quelque chose. Il ne s’agissait évidemment pas de parler de moi, de mes activités (sauf exceptions) et humeurs, mais de contribuer à la réflexion générale, d’opposer un décryptage particulier de l’actualité au discours médiatico-normatif ambiant, d’exprimer à l’occasion une différence, de participer non seulement à la fédération éventuelle d’une résistance, mais surtout à l’élaboration constructive d’une alternative. Informer, comprendre – ou essayer -, expliquer, décortiquer, démystifier si nécessaire, débusquer, réfléchir ensemble, rire de concert à l’occasion, dénoncer ou démasquer s’il le faut, positiver autant que possible. De tout cela j’ai senti la nécessité. Pour réagir ensemble afin d’agir ensemble. Si cette vous a semblé utile, vous a intéressé, aidez-moi à l’élargir afin que nous soyons de plus en plus nombreux d’abord à montrer qu’on ne nous la fait pas, ensuite, que nous n’entendons ni nous contenter d’un rejet, ni nous dissoudre dans l’imprécation. A notre façon, préparons demain dans le respect les uns des autres et l’ouverture à la différence. Mardi 2 Mars 2010
Jean François Kahn
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