Puisque la question du centre est revenue – ce qui est normal – au centre de l’actualité politique, trois remarques :
1 - Savoir si François Bayrou devrait s’allier à la gauche, à la droite, s’installer au centre ou se situer en avant… bonne question. Mais ne sont-ce point les militants du MoDem, démocratiquement consultés, qui devraient en décider. Il est remarquable que toutes les supputations tournent autour de deux interrogations : que cherche exactement Nicolas Sarkozy ? Quelle ligne va choisir finalement Bayrou ? Mais jamais autour de cette troisième interrogation, la plus légitime pourtant : à quoi aspirent et que veulent les adhérents et sympathisants du MoDem ? S’ils veulent s’exprimer, ici, ils sont les bienvenus.
2 – Y a-t-il, en France, des électeurs potentiels qui, pour faire simple, trouvent la droite trop à droite et la gauche trop à gauche ; estiment qu’il y a du bon à prendre des deux côtés ; se situent spontanément dans l’entre-deux, ou bien dans l’ambivalence, c’est-à-dire se sentent de droite dans certains domaines et de gauche dans d’autres (par exemple : libéraux sur le plan économique et très anti-autoritaires sur le plan sociétal ou, au contraire, radicalement anti-néolibéraux sur le plan économique et social, mais très sécuritaires et autoritaires en matière de mœurs et de société) ? Ou bien encore y a-t-il des modérés qui sont profondément anti-sarkozystes et ne supportent pas la gauche ? Ou d’autres qui rêvent d’un gouvernement des meilleurs, d’où qu’ils viennent ?
Bien sûr que cet électorat-là existe et qu’il est relativement important, même si cela ne se traduit pas toujours, et de loin, par un vote spécifique.
En bonne démocratie, ce positionnement devrait donc pouvoir être représenté, se faire entendre et peser. Comme en Grande-Bretagne et dans la plupart des autres pays européens. Au nom de quoi exiger l’exclusion, par contrainte, d’une dimension idéologique existante, vivante, et ancrée dans notre tradition ?
En ce sens, François Bayrou joue un rôle indispensable et nécessaire quand il tente d’imposer, contre vents et marées, l’existence d’un centre indépendant. Il y a là une exigence démocratique que même les partisans de Mélenchon, par exemple, ou d’Europe Ecologie ou, hier, de Jean-Pierre Chevènement, devraient admettre et défendre puisque eux-mêmes refusent le carcan d’une bipolarisation simpliste et étouffante.
Sans compter qu’on peut difficilement reprocher à François Bayrou de ne pas s’être allié à la gauche puisque c’est la gauche, du moins sa fraction la plus majoritaire, qui l’a envoyé balader dans les grandes largeurs.
3 – Cela étant, si je reconnais la légitimité de ce positionnement et la nécessité démocratique de lui reconnaître sa place, je ne m’y retrouve nullement. Et, je crains que cette définition, elle aussi purement topographique finalement (le « où se place-t-on ? » l’emportant sur le « qu’a-t-on à dire de spécifique ? »), ne puisse, compte tenu de la période que nous vivons, regrouper plus que 8 % des électeurs au mieux et 4 % au pire.
Nous vivons en effet, aujourd’hui, une mutation d’une telle ampleur, une crise de société d’une telle radicalité, que l’important n’est pas de savoir où on se situe, mais ce que l’on propose d’autre, de différent. S’ancrer au milieu ? Au milieu de quoi, puisqu’il n’existe qu’un seul modèle, qui impose sa logique planétaire implacable, mais qui est en lambeaux et que les peuples de plus en plus rejette.
Le problème n’est donc pas de se définir comme « entre-deux », « à mi-chemin », mais de se porter, je le répète, résolument « en avant », pour préparer une véritable alternative porteuse d’un nouveau modèle. L’opinion ne veut pas du « mou » mais, au contraire, du solide et du dur dans la rénovation. Non pas s’intercaler, mais dépasser ; non pas mixer deux échecs, mais inventer ; non pas s’asseoir entre deux erreurs, mais s’en libérer ; non pas s’installer dans son petit quant-à-soi, mais initier des confluences et des convergences ; non pas se recroqueviller dans un double refus, mais prendre l’offensive pour construire ensemble.
Aphatie a bien le droit de réponse
Non, Aphatie ne s’énerve pas. Il répond. Normal. Il en a parfaitement le droit. C’est un débat musclé, c’est tout.
Déjà, lorsque Marianne avait publié, je le rappelle, une pétition signée par des gaullistes, des libéraux de progrès, des centristes, des socialistes, des écologistes et des communistes, mettant en garde contre une dérive vers le pouvoir personnel et, surtout, appelant à la défense de l’indépendance et du pluralisme de l’information, exaspéré, il avait attaqué très fort, sans la moindre nuance, expliquant, à la télévision, car il ne manque pas de tribunes, qu’il s’agissait d’un tissu d’imbécillités et que votre serviteur lui-même, qu’il soupçonnait d’être l’inspirateur de cette pétition, était un sombre crétin. C’est peut-être vrai, d’ailleurs. Vous avez dit violence de ton ? Mais moi, je lui reconnais parfaitement le droit d’adopter la tonalité qui lui chante, même le ut mineur.
Aphatie a tort de considérer que toute mise en cause du système médiatique, la plus radicale comme la plus innocente, que toute remarque sur une insuffisance de pluralisme ou d’indépendance de la presse (ce que, physiquement, il ne supporte pas, de même que toute allusion à une pensée unique le met dans tous ses états) le vise personnellement. C’est vraiment très bizarre et demanderait d’être plus finement analysé.
En revanche, il a le mérite d’assumer sans complexe, avec virulence mais avec cran, le système dont il est l’un des efficaces rouages.
Je serais même prêt à saluer ses convictions qui sont fortes, sauf qu’il prétend qu’il est totalement neutre et qu’il n’en a pas. En toute franchise, je le trouve assez faible comme chroniqueur, mais j’estime qu’il a un vrai talent comme interviewer. Même si la vivifiante agressivité dont il sait faire preuve vis-à-vis de certains (Martine Aubry en fit récemment les frais, mais elle n’avait qu’à pas se laisser faire) se double d’un grand respect quand il s’agit, par exemple, d’un grand patron.
Aphatie remarque que rien ne l’obligeait de répondre à ma proposition de faire entendre une musique différente à propos de l’affaire Aubry/Maddof ou de la loi sur le voile intégral.
Il a parfaitement raison. Et je reconnais d’ailleurs que je ne l’avais proposé que pour le plaisir d’enregistrer un refus. Il faut bien s’amuser !
*
80 % des journalistes sont plus ou moins vendus poste jean-louis charpar. Non, c’est faux. 95 % des journalistes sont profondément attachés à leur liberté et à leur indépendance. Simplement, les 5 % qui restent sont très bien placés.
Non, Aphatie ne s’énerve pas. Il répond. Normal. Il en a parfaitement le droit. C’est un débat musclé, c’est tout.
Déjà, lorsque Marianne avait publié, je le rappelle, une pétition signée par des gaullistes, des libéraux de progrès, des centristes, des socialistes, des écologistes et des communistes, mettant en garde contre une dérive vers le pouvoir personnel et, surtout, appelant à la défense de l’indépendance et du pluralisme de l’information, exaspéré, il avait attaqué très fort, sans la moindre nuance, expliquant, à la télévision, car il ne manque pas de tribunes, qu’il s’agissait d’un tissu d’imbécillités et que votre serviteur lui-même, qu’il soupçonnait d’être l’inspirateur de cette pétition, était un sombre crétin. C’est peut-être vrai, d’ailleurs. Vous avez dit violence de ton ? Mais moi, je lui reconnais parfaitement le droit d’adopter la tonalité qui lui chante, même le ut mineur.
Aphatie a tort de considérer que toute mise en cause du système médiatique, la plus radicale comme la plus innocente, que toute remarque sur une insuffisance de pluralisme ou d’indépendance de la presse (ce que, physiquement, il ne supporte pas, de même que toute allusion à une pensée unique le met dans tous ses états) le vise personnellement. C’est vraiment très bizarre et demanderait d’être plus finement analysé.
En revanche, il a le mérite d’assumer sans complexe, avec virulence mais avec cran, le système dont il est l’un des efficaces rouages.
Je serais même prêt à saluer ses convictions qui sont fortes, sauf qu’il prétend qu’il est totalement neutre et qu’il n’en a pas. En toute franchise, je le trouve assez faible comme chroniqueur, mais j’estime qu’il a un vrai talent comme interviewer. Même si la vivifiante agressivité dont il sait faire preuve vis-à-vis de certains (Martine Aubry en fit récemment les frais, mais elle n’avait qu’à pas se laisser faire) se double d’un grand respect quand il s’agit, par exemple, d’un grand patron.
Aphatie remarque que rien ne l’obligeait de répondre à ma proposition de faire entendre une musique différente à propos de l’affaire Aubry/Maddof ou de la loi sur le voile intégral.
Il a parfaitement raison. Et je reconnais d’ailleurs que je ne l’avais proposé que pour le plaisir d’enregistrer un refus. Il faut bien s’amuser !
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80 % des journalistes sont plus ou moins vendus poste jean-louis charpar. Non, c’est faux. 95 % des journalistes sont profondément attachés à leur liberté et à leur indépendance. Simplement, les 5 % qui restent sont très bien placés.
