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C’est quoi, être bien payé?
Information destinée à ceux qui se déchaînent contre les fonctionnaires : les salaires nets dans le secteur privé (étude INSEE) ont augmenté en moyenne de 0,6 % par an entre 2002 et 2007, mais dans la fonction publique d’Etat, de 0,1 % seulement. Ils ont même reculé de 0,3 % par an dans la fonction publique hospitalière.
Deuxième enseignement : malgré tous les discours, les cadres femmes gagnent en moyenne 24 % de moins que les cadres masculins. Troisième enseignement : 50 % des Français devaient se contenter, en 2007, de moins de 1600 euros par mois, 10 % de moins de 1080 euros, et à 2400 euros mensuels on faisait partie des 20 % les mieux payés. Dernier enseignement enfin : c’est dans l’hôtellerie et la restauration que les salaires sont les plus faibles – 1200 euros en moyenne – et c’est justement les secteurs qui font le plus appel aux travailleurs immigrés y compris aux sans papiers. Dès lors que les Français, majoritairement à moins de 1700 euros par mois, apprennent que les banques continuent de verser à leurs traders, spéculateurs émérites, des bonus représentant le plus souvent plusieurs années de leurs salaires à eux, on imagine ce qu’ils doivent penser du slogan « travailler plus pour gagner plus ». Ecologie : faut-il vraiment renoncer à la croissance ? Puisque le « toujours plus » de notre type de développement mène tout droit la planète à la catastrophe, il convient de penser et de planifier une « décroissance » salvatrice. Redevenu à la mode, le thème, que l’on qualifia longtemps de « malthusien », n’est pas neuf. C’est, en effet, à la fin du XVIIIè siècle, que Malthus expliqua que la croissance exponentielle des populations devait tragiquement se heurter à la stagnation de la quantité des ressources agricoles nécessaires pour les nourrir. La guerre devenait nécessaire, puisqu’elle élimine le trop-plein. Cette sinistre prédiction, qui n’était pas absurde, date de 1790 environ. Or, c’est précisément après 1810 qu’elle devint fausse par suite de l’accélération des mutations technologiques (en particulier, l’apparition de la machine à vapeur). En fonction de quoi, la population accéléra sa croissance, mais le niveau de vie mondial crût plus rapidement encore. Il doubla entre 1820 et 1900, puis doubla encore entre 1900 et 1930 et tripla de nouveau par la suite. A la suite de Malthus, Ricardo formula la loi dite de « fertilité décroissante », d’où il résultait qu’à mesure que la population croissait, il lui faudrait exploiter des terres de moins en moins fertiles ce qui, évidemment, ferait flamber les prix des denrées alimentaires et condamneraient les pauvres à se nourrir de moins en moins bien. Il n’y aurait, en somme, plus aucun progrès social à espérer. Cette triste anticipation fut également démentie grâce, en particulier, à l’augmentation du rendement des terres et à l’extension de leurs mises en valeur. Ce fut, ensuite, la perspective de l’épuisement prévisible des stocks de charbon qui, selon l’économiste Stanley Jevons, annonçait un irrémédiable déclin industriel. D’autant que l’innovation technologique, loin de compenser, accroisserait la demande en faisant baisser les coûts. A la clé, une inévitable et dramatique crise énergétique. On sait que, en réalité, d’autres sources d’énergie prirent le relais du charbon dont les veines, effectivement, s’épuisèrent. Réapparition d’un catastrophisme visionnaire en 1972, avec le fameux rapport du « Club de Rome » qui préconisait, déjà, pour sauver la planète, ou plutôt pour ne pas en dilapider les ressources, une double « décroissance » de la population et du capital productif. Or, en 2004, les mêmes auteurs, tout en insistant sur l’actualité de leurs mises en garde de l’époque, infléchirent quelque peu l’aspect le plus noir de leurs conclusions en montrant que la transition vers une société soutenable, c’est-à-dire un « développement durable », était sans doute possible sans décroissance, ni de la population ni de la production industrielle. Pourquoi cette continuelle réémergence d’une angoisse, absolument légitime, et la non-réalisation, jusqu’à présent tout au moins, des pires craintes qu’elle inspire ? Parce que le processus du développement étant dynamique – ou thermodynamique – et non « mécaniste », il induit deux directions ou « flèche du temps » quelque peu contradictoires : l’une qui mène effectivement à l’épuisement continu des stocks de ressources non renouvelables, et l’autre qui tend à l’augmentation, tout aussi continue, voire, elle aussi, exponentielle, des connaissances, des découvertes fondamentales et des innovations technologiques qui en découlent. On imagine ce qu’auraient été – et ce que furent parfois – des projections du processus de développement qui n’auraient évidemment pris en compte ni l’apparition de l’électricité ni celle de l’énergie nucléaire. Cela ne signifie nullement que le catastrophisme écologique qui porte le thème de la « décroissance » soit dépourvu de toute pertinence. Notre système de développement économique dépend toujours, à 80 % environ, de ressources non renouvelables (charbon, pétrole, gaz, uranium, plutonium, mais aussi métaux de toutes sortes) qui proviennent du sous-sol et qui, fatalement, seront un jour épuisé. Ce qui, sans mutation majeure, déboucherait, effectivement, sur une panne sèche. Donc, la non prise en compte de cette prospective par l’économisme néolibéral est criminel. Mais, plus qu’une contre utopie de la « décroissance », c’est une nouvelle et radicale recomposition de l’utopie de la croissance qu’il convient de concevoir et de réaliser. Une croissance qui ne chercherait plus sa finalité en elle-même, mais dans une satisfaction des vrais besoins collectifs qu’elle rendrait possibles. Calculez ce que représenterait, aujourd’hui, un partage totalement égalitaire de la richesse mondiale par tête et vous comprendrez pourquoi la croissance est nécessaire. L’écologisme représente une dimension fondamentale que toute réflexion doit intégrer, il ne doit pas pour autant devenir une sorte de marxisme léninisme de rechange. Il convient d’inventer un nouveau progressisme et non de redécouvrir un malthusianisme foncièrement réactionnaire. Vendredi 19 Février 2010
Jean François Kahn
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