Mais oui, bien sûr, il y a eu de juteuses rétrocommissions sur les ventes de sous marins au Pakistan touchées par les balladuriens pour financer la campagne présidentielle de l’ex Premier ministre en 1995.
La pratique était d’ailleurs généralisée à l’époque comme le prouve l’actuel procès Pasqua où il est largement et presque cyniquement confirmé que, non seulement les ventes de matériel militaire ou paramilitaire à l’étranger, non seulement les obtentions de concessions pétrolières — le procès Elf a même montré que le RPR acceptait de partager un peu la manne avec le PS, comme l’ancien PDG Le Floch Prigent l’a reconnu — mais également des autorisations d’ouvertures de cercles de jeux ou de casinos, donnent lieu à des versements de commissions et en retour de rétrocommissions au profit des donneurs d’ordres. C’est-à-dire les politiques.
Ce qui, dans le cas du contrat d’armement pakistanais, est intéressant c’est que ce scandale (puisque scandale il y a désormais) a pu être peu à peu dévoilé grâce au règlement de comptes entre chiraquiens et balladuriens. Sans quoi l’omerta aurait joué.
En 1995, en effet, Balladur bénéficiait, certes, du soutien des grands financiers et économiques, déjà très liés à Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, mais Chirac contrôlait toujours deux outils de financement : la mairie de Paris et l’appareil du RPR, au sein duquel officiait la fameuse Louise-Yvonne Casetta. Celle qui récoltait l’argent exigé avant la signature de tout contrat avec ce qu’on appelait à l’époque la Générale des eaux ou la Lyonnaise des eaux, aujourd’hui Vivendi ou Suez. En outre c’est Chirac qui avait la ligne directe, via entre autres le libano-saoudien Hariri, avec les régimes arabes. Y compris Saddam Hussein.
Il fallait donc contourner cet obstacle en mettant au point de nouveaux réseaux qui permettraient de détourner la manne des rétrocommissions obtenues, entre autres, sur les ventes d’armes, au seul profit du clan balladurien. Ce furent les libéraux amis de François Léotard qui y aidèrent (Donnedieu de Vabres notamment) car ils avaient eux aussi de fortes accointances au Liban.
La plus grosse opération ne fut pas celle des sous-marins vendus au Pakistan mais un contrat qui aurait dû être signé avec l’Arabie Saoudite et portant sur l’installation d’un système très sophistiqué de protection. Les rétrocommissions qui devaient revenir aux balladuriens (Sarkozy avait joué un rôle direct dans la négociation) étaient considérables. Il semble que les chiraquiens, mis au courrant, aient réussi à faire échouer l’opération.
Donc, reste le contrat pakistanais qui, lui, a été effectif. Le soupçon ne date pas d’hier. Là encore, ce sont les chiraquiens, vainqueurs d’une élection présidentielle de 1995, qui ont décidé de bloquer le versement des commissions prévues. Ce qui (mais il n’y a pas de preuve) aurait, en représailles provoqué l’attentat dont des travailleurs français furent victimes à Karachi.
Or qu’a-t-on appris depuis ?
Premièrement, que les balladuriens ont obtenu de pouvoir introduire dans la négociation deux nouveaux intermédiaires à eux, d’origine libanaise, et dont l’utilité n’était pas évidente.
Deuxièmement, ces deux intermédiaires ont demandé et obtenu un gonflement de 4% des commissions et, en conséquence, une augmentation des rétrocommissions. Ils ont surtout insisté pour que, contrairement à toutes les règles, une bonne partie en soit versée le plus rapidement possible pour coïncider donc avec la date de l’élection présidentielle.
Troisièmement, à ce moment-là une somme de 10 millions de francs, en bonne partie constituée de billets de 500 francs, a été inopinément versée sur les comptes de campagne de Balladur. Ce que le trésorier, à l’époque, de cette campagne reconnaît aujourd’hui être « étrange ».
Au fond l’affaire n’aurait pas pris cette dimension si, d’emblée, le versement de commission et de rétrocommission avait été reconnu et relativisé puisque, encore une fois, la pratique était généralisée. Mais on se souvient que Sarkozy, interrogé sur ce point, répondait avec mépris qu’il ne considérait même pas qu’on puisse considérer une telle « fable ». Et cela alors que tous les mouvements de fonds devaient avoir son aval puisqu’il était non seulement ministre du Budget mais aussi directeur de la campagne du candidat Balladur.
Comme toujours c’est le mensonge- ou le non dit- qui devient de plus en plus sulfureux.
Déchéance
Premièrement : le petit génie français, spéculateur en chef chez Goldman Sachs, qui a ruiné des centaines de milliers de pauvres bougres pour s’en mettre plein les poches, sera-t-il déchu de la nationalité ?
Deuxièmement : dans un reportage de la série « Les infiltrés » diffusé sur France 2, filmé dans une école privée hors contrat, on voit et on entend des prêtres intégristes prétendre que les SS furent des héros qui se bâtirent à l’avant garde de la civilisation et plaisanter sur la nécessité d’apprendre à égorger les musulmans.
Jusqu’à ce jour, aucune réaction de Hortefeux. Autrement dit, un nazi, ça va, et même si ils sont nombreux ça n’a pas d’importance !
Messages personnels
Premièrement : Georgius, compositeur interprète, très célèbre dans les années 30, était un génie du genre. Il poussa aussi loin le surréalisme que le fit Bobby Lapointe après guerre. Il est en effet l’auteur de l’expression « si les andouilles volaient tu serais chef d’escadrille ». Il est également à l’origine de quelques chefs d’œuvres, tel « Le fils père » , ou « La pépite en terre » et d’un roman policier intitulé « Con comme un ténor », d’où l’expression. Auteur également d’une chanson à succès à tonalité antisémite « La noce à Rebecca », il a hélas fort mal tourné durant l’occupation.
Deuxièmement : A propos de Marcel Amont, évoqué par un forumiste, il vient d’écrire un très bon livre de souvenirs, drôle, intéressant, bien écrit et parfois douloureux. Il s’intitule « Sur le boulevard du temps » qui passe aux éditions Christian Perrot. Qu’on se le dise.