Archaïque, ringard, disent-ils
On peut avoir une approche critique des propositions que vient de faire le Parti Socialiste sur les retraites.
C’est plutôt mon cas.
Mais j’entendais, ce jeudi matin, sur une radio, une journaliste qualifier le discours de Martine Aubry d’« archaïque » et de « ringard ».
Comment peut-on encore pratiquer ce terrorisme intellectuel et verbal ? Les fascistes et les communistes staliniens aussi qualifiaient systématiquement de ringards et d’archaïques tous ceux qui s’opposaient à eux. Ils se posaient en parangons de modernité. Ils représentaient, eux seuls, le devenir de l’humanité. On dénonçait le stalinisme au nom d’un socialisme démocratique : on était des vieux schnoks ! On dénonçait le fascisme ou le nazisme au nom de la démocratie : on était des momies, des débris !
Comment peut-on encore utiliser, à des fins diabolisatrices ces deux mots-là, quand chacun sait que la pseudo modernité économique – en l’occurrence, le néolibéralisme sauvage et dé-régulé - a été sauvé de la catastrophe par des mesures qui étaient qualifiées, la veille encore, de ringardes et d’archaïques et que les seuls pays à ne pas avoir été totalement démâtés par la tourmente sont ceux dont on jugeait, précisément, le modèle le plus archaïque et le plus ringard (en revanche, l’Islande, l’Irlande, la Lituanie, archétypes de la modernité selon eux, sont ceux qui y ont laissé le plus de plumes). Surtout, comment peut-on qualifier de ringard et d’archaïque tout discours qui consiste à s’opposer à un retour, au mieux à la société de l’époque de Guizot et, au pire, à la société de l’époque de Louis XIV, le summum de l’irrationalité et de l’immoralité en prime.
Ventes à découvert
Imaginez une dame qui tombe en arrêt devant une robe magnifique dans la vitrine d’un magasin. Elle la veut. Elle demande le prix. Trop cher. Alors, elle la « retient » et annonce qu’elle la paiera dans les quinze jours. Mais, entre temps, comme elle l’a acheté virtuellement, elle la revend tout aussi virtuellement à des copines, mais moins cher, en leur expliquant que tout compte fait cette robe n’est pas si terrible que cela. Et quand elle a ainsi suffisamment fait chuté le prix virtuel de la robe, elle retourne chez le marchand en exigeant de l’acheter à ce prix qui est devenu le « prix du marché ». Absurde, évidemment. Sauf que le système des ventes à découvert, c’est un peu ça.
Commission
Quand la Commission européenne a proposé que les budgets des pays membres de l’Union lui soient soumis avant d’être votés par les parlements nationaux, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a déclaré que c’était une proposition absolument scandaleuse. Depuis, Christine Lagarde et le commissaire Michel Barnier s’y sont ralliés.
Or, même du temps de la monarchie, seuls les Etats Généraux et le Parlement étaient habilités à donner leur aval aux projets de budget. Et dans les Etats fédéraux, je le rappelle, il y a un budget fédéral, mais les Etats sont maîtres de leur propre budget.
Qui ne voit que nous sommes face, ici, à un danger de radical recul démocratique ? Si j’en crois Le Monde, excellent journal, il serait, en outre, question de procéder à une réforme constitutionnelle pour y inscrire l’obligation de ne pas dépasser une certaine marge de déficit. Et si cela avait été inscrit en 2007, que se serait-il passé ? Soit on aurait dû renoncer à toute forme de soutien à l’économie et à la consommation et la France aurait connu une récession catastrophique, soit Sarkozy aurait dû passer en jugement pour violation de la Constitution. Absurde et, une fois encore, réductrice des choix qui incombent aux électeurs. C’est vrai que Bayrou en fit lui-même la proposition. Mais je trouvais déjà cela absurde et je l’ai dit à l’époque.
Plein emploi
Je n’ai pas écrit qu’il y aura toujours 10 % des chômeurs. J’ai écrit exactement l’inverse. Que c’est ce que suggère le raisonnement malthusien (il y aura de moins en moins de travail, donc partageons-le), alors qu’il convient, au contraire, selon moi, d’imposer une réhabilitation du concept de plein emploi. Impossible, me répond-on.
Puisqu’on célèbre le 70ème anniversaire du discours du 18 juin, rappelons une fois de plus cela : en 1940, les pseudo réalistes, défaitistes, disaient : « regardez autour de vous, tout est foutu ». « Acceptons l’inéluctable, c’est-à-dire notre déchéance ». Or, De Gaulle répliqua « voilà pourquoi nous allons gagner cette guerre, battre le fascisme, libérer la France et restaurer la République ! ». Le véritable réaliste, c’était lui. De la même façon, les véritables « réalistes », aujourd’hui, sont ceux qui pensent que oui, il est possible de construire un nouveau modèle de société au sein duquel chacun trouvera un emploi stable et convenablement rémunéré.
Réfléchissons-y deux secondes : quand les campagnes se sont vidées de leurs paysans (encore 60 % de la population au XIXè siècle), quand les femmes, après 1914, ont massivement accédé au marché du travail, quand plus d’un million de Français vivant dans les ex-colonies ont été rapatriés, quand on a vécu le baby boom d’après-guerre, chaque fois, jusqu’en 1974, à l’orée de la révolution néolibérale, on a été capable de réinventer un modèle qui permis de réduire le chômage à moins de 5 %. Je suis convaincu que c’est de nouveau possible, mais cela passe, effectivement, par un changement de modèle de société, par une redéfinition de notre mode de développement et de la finalité de la croissance. Et aussi, bien sûr, par un véritable contrôle des flux migratoires.
Pas de propositions, où en est le C.R.R.E.A. ?
Je me contente de critiquer sans faire de propositions ? Ca, c’est franchement gonflé. Des propositions, je ne cesse d’en faire. Y compris récemment concernant la réforme du système financier. Je me propose, d’ailleurs, de vous les remettre demain en ligne. Dans quelques jours, en outre, je vais vous submerger d’analyses et de propositions formulées à partir des réflexions du C.R.R.E.A. Et, dans la foulée, huit réunions de travail ou de débats seront organisées : à Paris, sur les retraites, le 1er juin ; le système financier international, le 8 juin ; l’alternative également en juin ; puis à Grenoble, les 18 et 19 juin, sur les déficits, la dette et la crise de la presse (dans le cadre des Assises du Renouveau) ; puis dans d’autres villes de province, Bordeaux, Vannes le 27 mai, Roman, Rieux-la-Pape, etc. A part ça, pas de propositions !
Cela dit on peut évidemment être totalement opposé aux propositions que j’avance. On est tout à fait en droit de les critiquer ou de les amender, ou de les corriger, ou de les compléter. Le débat, c’est cela précisément, et pas la négation a priori.
Du mieux
J’aimerais comprendre : mercredi, ce forum a presque été exemplaire. Et hier, il n’était pas trop mal non plus à part le terroriste de service : un vrai débat, des confrontations sans trop d’injures ou de hurlements, des réflexions intéressantes, des propositions... Et c’est le jour qu’on choisi deux de nos plus ardents forumistes pour nous expliquer qu’ils désespéraient de ce forum. Parce qu’il n’était pas assez déjanté à leurs yeux ?
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