Qu’Eric Woerth se défende avec vigueur, c’est normal. Que ses collègues de l’UMP s’en déclarent solidaires, c’est également dans l’ordre des choses.
Et d’ailleurs, on aurait tort de transformer en chasse à l’homme ce qui n’est que la mise en lumière d’un système.
Certes, Eric Woerth n’est sans doute pas le parangon de vertu que sa mise et sa posture de petit intendant besogneux de lycée de province donnent à croire. Son rôle dans les affaires Mancel (il suffit de lire les attendus des décisions de justice) ou au côté de la fameuse Louise-Yvonne Casetta qui organisa, pour le compte du RPR, le racket des fournisseurs de la Ville de Paris, en témoigne. Ainsi – cela finira également par sortir -, les conditions pour le moins étranges de la vente de terrains à Chantilly.
En revanche, en tant que trésorier de l’UMP à la fois président du club des plus gros donateurs à la campagne sarkozyste et ministre du Budget, il n’est pas exclu qu’il n’ait jamais mis le moindre fifrelin dans sa poche et que son honnêteté personnelle ne soit, en la matière, nullement en cause. L’argent, ça n’était pas pour lui, c’était pour faire élire Nicolas Sarkozy. C’est tout le problème. Ou, plus exactement, il s’est contenté de démontrer au pouvoir de l’argent qu’il avait tout à gagner à placer l’argent au pouvoir. Ce pourquoi, effectivement, sa chute entraînerait l’examen impitoyable du système lui-même.
Cependant, une certaine stratégie de défense qui consiste à invoquer un complot, à dénoncer un chef d’orchestre clandestin, à stigmatiser hargneusement la presse en général et accuser les socialistes de tirer les ficelles de cette histoire, est assez pathétique.
Rappelons les faits :
1) cette affaire - ou ces affaires – n’est sortie qu’à la suite d’une pure conjonction de hasards résultant d’un conflit non maîtrisé entre une mère et sa fille ;
2) elle est la conséquence directe d’un fait absolument incontestable, unique dans le temps et dans l’espace (il n’y a, à ma connaissance, par d’autres exemples), à savoir que le même homme a pu être à la fois ministre du Budget, trésorier du parti majoritaire et président du club formé par les plus gros donateurs à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, et, qu’en prime, il a fait engager sa propre épouse comme co-gestionnaire d’une fortune dont on avait toutes les raisons de penser qu’elle échappait en partie au fisc ;
3) les journaux, qui dans n’importe quel autre pays démocratique se seraient immédiatement enflammés (on imagine la presse américaine, anglaise ou espagnole), ont mis huit jours avant de réagir. Les deux principaux journaux d’opposition (
Le Monde et
Libération) sont restés très modérés et même en retrait, tandis que l’hebdomadaire officiel de gauche,
Le Nouvel Observateur, n’a pas consacré de « une » à l’affaire Woerth avant aujourd'hui. En fait, outre
Mediapart et, en partie,
Marianne, les journaux qui ont contribué le plus aux révélations sont
Le Point,
Le Journal du Dimanche et
La Tribune de Genève — autant de publications qu'on peut difficilement considérer comme des brûlots socialistes. Ajoutons que si l’affaire Woerth est, en effet, désormais, abordée presque chaque jour par les journaux, en revanche, l’affaire Eric Peugeot et l’affaire Wildenstein, que j’ai évoquées ici, ont été quasiment étouffées ;
4) le PS – à l’exception d’Arnaud Montebourg – n’a jamais été à l’avant-garde de cette affaire, n’a pas demandé la démission de Woerth et s’est même plutôt fait accuser de mollesse par ses militants ;
5) un certain nombre de points rapportés par
Mediapart ou d’autres journaux se sont d’ores et déjà révélés totalement vrais. Ainsi, les chèques que Patrice de Maistre a fait signer par Madame Bettencourt à l’ordre de Valérie Pécresse et d’Eric Woerth (ce qui n’était d’ailleurs pas illégal). Dans un premier temps, les deux intéressés ont catégoriquement démenti. Or, aujourd’hui, tout le monde a dû admettre que c’était exact ;
6) si la presse avait tout étouffé, avait participé à une conjuration du silence, si on avait donné à l’opinion l’impression que les journalistes, les élus, les gens d’en haut, se tenaient tous par la barbichette, étaient complices, si, enfin, on avait laissé Marine Le Pen, seule, dénoncer les affaires qui indignaient l’opinion, c’est alors, pour le coup, qu’on aurait fait le jeu du populisme.
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Il faut lire, il faut absolument lire les posts signés Fabien Metro (c’est pourquoi on ne les a pas guillotinés) et même geo41. Ils en disent long. Très long. Ils sont terriblement éclairants. Rien à ajouter. Quand un système est défendu comme cela, on est dans Shakespeare. Macbeth !
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A propos du livre de Raphaëlle Bacqué sur François de Grossouvre, une anecdote : quelques semaines avant son suicide il avait demandé à me rencontrer. Et comme j’avais, comme Edwy Plenel d’ailleurs, dénoncé certaines turpitudes mitterrandiennes, il m’avait confié un dossier scellé en me disant : «
s’il m’arrive quelque chose, ouvrez-le et utilisez-le, mais surtout pas avant, promettez-le moi ». Donc, j’ai promis. Quelques jours plus tard il me demanda de le lui rendre. J’ai tenu ma promesse. Je ne l’ai donc pas lu. Aujourd’hui je le regrette.
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Un média libre qui sort des documents bruts et, ensuite, enquête – en l’occurrence,
Mediapart – on ne peut pas dire qu’en France cela pullule. Or, voilà les réactions : «
média fasciste » lance Xavier Bertrand. «
Les journalistes ont-ils une conscience ? », ose François Fillon. Qui aurait osé traiter un responsable UMP de fasciste ou s’écrier «
ce gouvernement a-t-il une conscience ? ». Je vous jure que si quelqu’un le faisait, je le stigmatiserais.
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Sarkozy à Brie-Comte-Robert déclare : «
c’est étonnant de voir le pays s’emballer sur une calomnie au lieu de se passionner pour les grands sujets ». Remarque juste. Mais qui, le jour des manifestations sur la réforme des retraites a décommandé une rencontre prévue avec les ONG qui voulaient l’entretenir des dossiers importants abordés par le G20, pour s’entretenir plusieurs heures avec le footballeur Thierry Henry ?
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Le député UMP, Lionnel Luca : «
lors de l’affaire DSK, la droite avait été moins agressive que la gauche aujourd’hui à propos de l’affaire Woerth ». Petit détail : DSK, lui, avait démissionné.
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Puisqu’on parle de lynchage, faut-il rappeler que, en 2006 et 2007, Jacques Chirac fut effectivement lynché par la plupart des médias. Or, c’était un certain Nicolas Sarkozy qui alimentait la chasse à l’homme. Si je vous rapportais ce que je l’ai entendu dire à propos de son prédécesseur !...