Affaire Woerth : pas de diabolisation collective, svp
« Aucun conflit d’intérêt » affirme Eric Woerth. N’empêche : une réunion du ministre avec les gros donateurs de l’UMP vient d’être annulée. Pourquoi ? Cela étant, tenons-nous en aux faits, rien qu’aux faits. Pas d’amalgames. De généralisations. De diabolisation collective. S’il vous plaît, ne vous comportez pas comme une certaine droite extrême qui criminalise systématiquement tout ce qui a une « odeur » de gauche et culpabiliser par ordre au lieu de culpabiliser par tête. Je n’aime pas les expressions du genre « mafia », « bande de voyous », « univers de crapules » ou que sais-je encore. Un certain « affairisme » autour de François Mitterrand ne disqualifiait pas pour autant des dizaines de milliers de militants socialiste honnêtes. De même, les scandaleuses compromissions d’une petite caste sarkozyste avec un « pouvoir de l’argent » qui se considère effectivement au-dessus de toute légalité républicaine, ne doit pas jeter, a priori, le discrédit sur l’ensemble des militants ou des responsables UMP dont la plupart défendent honorablement des valeurs respectables. C’est quoi la démocratie, sinon la reconnaissance de la légitimité de ceux qui ne partagent pas vos opinions ou les miennes. On n’est pas un « salaud » parce qu’on est de droite, ou de gauche, ou du centre. On me pardonnera cette banalité, mais j’ai parfois l’impression que certains « forumistes » zappent cette évidence ; et n’évoquent la nécessité du respect que pour mieux le récuser quand un contradicteur à le front d’incarner, effectivement, une contradiction. Oui, dans l’affaire Woerth, par exemple, qui est devenue une affaire Woerth-Sarkozy, il faudra que toute la vérité soit faite. Et si l’establishment médiatique n’ose, il faudra oser à sa place. Oui, c’est tout le système des rapports incestueux entre pouvoir de l’argent et l’argent au pouvoir qui doit être implacablement dévoilé. Mais, il s’agit là d’une question de principe, qui transcende les clivages purement politiques ou politiciens. Soyons clairs : il y en a beaucoup, à droite, surtout à la base, une majorité même, sans doute, que ces pratiques, qui choquent leurs valeurs, indignent beaucoup plus qu’elles ne scandalisent certains grands bourgeois de gauche qui ont toujours baigné, eux, dans ce monde de connivences. (A cet égard, c’est vrai, le socialiste Jean-Christophe Cambadélis n’est pas le mieux placé pour en rajouter). Certains électeurs sarkozystes se sont d’ailleurs expliqués dans ce sens sur ce forum. Ce qui est triste, en revanche, c’est que d’autres se conduisent exactement comme ces communistes staliniens qui justifiaient tout, excusaient tout, dès lors que les forfaits étaient commis par leur camp ou au nom de leur camp. (Comme le dit en substance l’excellent geo41 : puisque tous les socialistes sont coupables par principe, tous les UMP sont innocents par principe). La référence obsessionnelle à certaines turpides d’hier pour jeter un voile sur la pire turpitude d’aujourd’hui, à arguer de celles-là pour amnistier, a priori, celle-ci, à quelque chose de pathétique. Quant aux « hystéro-sarkolâtres », qui n’argumentent même pas, mais insultent, il suffit de prendre acte de la bassesse affligeante de leurs réactions pour mesurer l’ampleur de leur désarroi. Ajoutons, qu’affirmer que ce sont les socialistes qui cherchent à déstabiliser Eric Woerth parce qu’il est en charge de la réforme des retraites est particulièrement stupide. Les socialistes ont été totalement en retrait dans cette affaire. Un seul a demandé la démission d’Eric Woerth, Arnaud Montebourg. Jean-Luc Mélenchon a même expliqué que, pour les adversaires de la réforme des retraites, il était important que le ministre reste en place (c’est logique !). En revanche, j’ai personnellement expliqué d’emblée que cette affaire était gravissime et que Woerth devait démissionner. Or, comme chacun sait, je ne suis pas défavorable à la remontée de l’âge légal de la retraite à 62 ans. (« Position inadmissible », comme le dit un internaute très tolérant). Le combat continue. Mais il s’agit de frapper là où cela ferait mal. En restant juste. Et sans éclabousser.
Sur les critères de la dite « guillotine »
Non, il n’y a pas de censure (contrairement à ce qui se passe généralement sur d’autres blogs) puisque tout envoi passe, hélas, et que si quelqu’un poste qu’il m’a vu dans le bois de Boulogne en train de violer une petite fille, hop, ça apparaît !!! Il n’y a eu aucune suppression, même a posteriori, d’un commentaire sous prétexte qu’il serait mal-pensant ou exprimerait des idées condamnables (sauf, évidemment, si elles contreviennent à la loi). Il est plaisant de parler de « censure » alors que j’ai pu, sur mon propre blog, être traité, non seulement de réac, de droitier, de néolibéral, de larbin de Chirac, de centriste mou, de gauche caviar, de mitterrandiste aux ordres, de communiste, de gauchiste ou d’admirateur de la Corée du Nord, mais aussi de « lâche », de « traître » (ex-porteur de valises du FLN !), de profiteur réquisitionnant à son profit les logements du peuple, de grand bourgeois vivant dans un palais, ne sortant jamais de chez lui et n’ayant jamais mis les pieds dans un quartier populaire, et j’en oublie… tout y est passé. Et le subilimissime CBS peut impunément, à jets continus, me traiter en substance de vipère lubrique et d’escroc intellectuel, sans que l’on coupe un seul poil de ses traits de génie. En réalité, seul le fait d’être qualifié de « gros » m’a vraiment défrisé. Nous n’avons pas forcément eu raison, au demeurant, de laisser tout passer. Ainsi ce post où l’on comparait Sarkozy à Goebbels en lui promettant le même destin. Ou cet autre, qui identifiait nos forumistes gauche-gauche aux fascistes d’avant-guerre. Ou encore certains excès du sieur Jean Jolly qui, s’il peut être très sensé et intéressant, a parfois tendance à confondre ce site avec une déchetterie. En revanche, je le répète, je ne vois pas pourquoi je laisserais insulter impunément des internautes qui sont mes hôtes et dont les commentaires contribuent souvent à l’intérêt de ce blog. Vous laisseriez, vous, quelqu’un entrer chez vous pour cracher à la figure de l’un de vos invités ? De toute façon le dilemme est celui-là : ou l’on ne guillotine jamais rien et blog et forum sont morts. Ou l’on tente de sauver cet espace de liberté et alors, on est contraint de guillotiner de temps à autre. J’ai cru qu’il suffirait de faire appel au bon sens et à l’autodiscipline des intervenants, à la pédagogie donc. Je me suis trompé.
Quelques exemples : quand j’ai abordé la question du « repli identitaire », le soir même, des identitaires d’extrême droite, alertés par Google, ont commencé à poster. Nous avons accepté quatre ou cinq commentaires. Ensuite, le forum allait devenir une succursale de « Minute » en pire. Il fallait laisser faire ? Alors le blog était mort. Une autre fois, la même personne a entrepris, sous 20 pseudos différents, d’exprimer une exécration aussi obsessionnelle et irrationnelle que virtuelle à l’égard de l’excellente brusyl. Il fallait laisser faire ? Alors le blog était mort. A deux reprises il a fallu faire cesser des querelles interminables et lamentables entre Elie Arié, provocateur, et ses contempteurs qui tombaient dans tous ses pièges : 30 posts supprimés. Il fallait laisser faire ? Alors le blog était mort. Avant-hier, il a fallu stopper le même Elie Arié à son 60ème post. 20 ont été supprimés. Mais, il est évident qu’on ne pouvait éviter, alors, de supprimer aussi les commentaires de ceux qui lui répondaient ou l’engueulaient, sans quoi ça devenait surréaliste. Oui, nous avons fait sauter un post signé CBS qui s’en prenait à cerise et hélène d’une façon dont nous jugeâmes qu’elle dépassait l’acceptable. Ou un autre qui, apparemment, voyait des nazis partout et incitait à chercher toujours la femme, mais cela de façon incompréhensible ! De toute façon, ou l’on modère ou l’on arrête. Tout le reste n’est que littérature. Mais, je ne me fais aucune illusion. Regardez ce qui se passe avec tous les blogs qui attirent beaucoup de réactions. Presque touts succombent ou doivent, régulièrement, interrompre les commentaires. Quand on veut pourrir un blog, on y parvient (et certains ne dissimulent même pas cette intention). La seule chance de gagner notre pari, c’est l’autodiscipline (à la fois la vigilance et la tolérance) des intervenants qui structurent le débat (ils n’aident pas en boudant) et l’intervention massive de renforts extérieurs susceptibles de submerger les trolls chaque fois qu’ils se mettent en action. Alors, oui on peut gagner. Sans quoi… Tout le monde reconnaît que, hors des périodes de dérives, ce forum est d’une qualité supérieure à la plupart des autres espaces de débat et parfois même d’un très haut niveau. Aussi, il est difficile de tolérer que, de temps à autre, des internautes en proie à une irrésistible hypertrophie du moi, fassent irruption pour le plaisir de dire « tout le monde ici est nul et lamentable »… sous-entendu « à part moi qui suis un génie ». Cela mériterait guillotine.
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