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Affaire Frêche : la chasse à l'homme ne grandit personne
On attend toujours
Nous avons souligné, lundi matin, l’énormité de l’information révélée par Le Canard Enchaîné sur la société de nettoyage du Kremlin Bicêtre qui faisait travailler, en les sous-payant évidemment, plus de 500 travailleurs clandestins et qui est filiale d’une grande société qui officie pour l’Elysée et Matignon. Les grands médias n’ont toujours pas repris l’information. A vous d’y suppléer ! Confiscation Dans le projet de loi sur la sécurité intérieure, une de plus, il est précisé que l’administration pourra, désormais, demander au parquet ou au juge de vendre aux enchères les biens saisis dans le cadre d’une procédure judiciaire « sans attendre l’issue de l’enquête ou de l’instruction en cours ». En cas de non lieu ou d’acquittement, il y aura, précise-t-on, une indemnité. Tu parles !
Ghetto
Le maire UMP du XVIIè arrondissement de Paris a lancé une pétition pour protester contre un projet de construction de logements sociaux aux Batignolles. « Cela remet en cause la cohésion sociale du quartier », a-t-il expliqué. Il s’agit, en quelque sorte, d’une pétition en faveur de la constitution de ghettos. 2800 euros de l’heure Le journal L’Expansion a fait le calcul : les grands patrons, qui, la plupart sont membres de cinq conseils d’administration qui leur versent des jetons de présence (ce qui consiste à siéger quelques heures dans l’année), touchent en définitive une moyenne de 2800 euros de l’heure.
Derrière la bronca anti-Frêche
Répétons-le : on peut reprocher beaucoup, énormément même, de choses à Georges Frêche, ne serait-ce que son incontinence de vieux briscard atteint par les fièvres. Et il y avait, depuis des années, mille raisons pour le PS de l’exclure de ses rangs. Mais lui coller sur le front l’étoile noire de l’antisémitisme est à peu près aussi stupide que d’accuser Arno Klarsfeld de dérive islamiste. Elargissons un instant le propos : qui ne voit que renifler du racisme – et de l’antisémitisme en particulier – partout, à tout bout de champ et à propos de n’importe quoi (Pierre Péan en fût suspecté simplement parce qu’il s’en était pris à Bernard Kouchner), on le banalise au risque d’inciter, par réaction, à ne plus le voir nulle part. La remarque vaut pour Georges Frêche, comme pour Nadine Morano ou Jean-Claude Gaudin : la grossièreté beaufissime n’induit pas plus le racisme que la sottise. Croit-on qu’en terrorisant la parole, on musèle la pensée ? C’est le contraire qui se passe. Si on ne peut plus rien dire, on se tait, certes, mais on intériorise la rage qu’exaspère ce silence imposé. En Suisse, on y était un temps parvenu à procéder à un nettoyage à sec de l’expression. Tout était clean. Vous avez vu le résultat ! Quand la parole est contrainte à coups de matraque, fût-ce de matraque verbale, elle se recroqueville un temps, mais, à la fin, elle explose. Pitoyable régression. Voilà l’arme de la critique réduit, non pas à la critique des armes, mais, et c’est du pareil au même, à la traque obsessionnelle du dérapage qui tue. On ne réfute plus un raisonnement, on excommunie pour une formule. Ce n’est plus l’argument que l’on « démonte », c’est la vanne que l’on lynche. Question : en quoi la gauche se grandit-elle à remplacer toute intelligence dialectique par une chasse compulsive à la déviance verbale ; à substituer systématiquement à une approche rationnelle des différents la fulmination par saccades d’anathèmes diabolisante ? Il faut arrêter et à la chasse à l’homme substituer, enfin, le débat qui éventuellement le démasque. Réponse à Jean-François Copé : « Vous imaginez, s’est-il écrié, si Georges Frêche avait été de droite ! ». D’abord, il l’est un peu. Mais, surtout, on imagine fort bien. Le Parti Socialiste, en effet, a décidé de présenter une liste contre Georges Frêche, l’a exclu du parti, et annonce même que, si le président de la région vire en tête, il ne se désistera pas pour lui. Or, que je sache, Brice Hortefeux, dont la saillie était plus évidemment raciste que celle de Frêche, est toujours ministre et responsable UMP.
Pas vraiment solidaires
Le CRIF, le Conseil représentatif des Institutions juives de France, en pleine phase de droitisation, a décidé de n’inviter ni les représentants de gauche ni les écologistes à son dîner annuel. Mais les élus socialistes, eux, s’y sont tout de même précipités. Vive la solidarité à gauche ! Ce que reproche le CRIF à certains élus municipaux de gauche, c’est d’avoir fait de Marouane Barghouti, responsable du Fatah, aujourd’hui en prison, citoyen d’honneur de leur ville. Rappelons, cependant, qu’ils sont de plus en plus nombreux en Israël, à gauche ou au centre, à considérer que le processus de paix aurait tout à gagner au remplacement de Mahmoud Abbas, discrédité, par un Barghouti qui, lui, s’est prononcé en faveur d’une véritable négociation avec Israël, mais est resté populaire.
Gaffe
De plus en plus de socialistes le murmurent, Martine Aubry a commis une énorme gaffe en annonçant que le PS réaliserait le grand chelem à l’occasion des élections régionales. Conséquence : que l’UMP sauve l’Alsace ou la Corse, et gagne la Franche-Comté voire le Languedoc-Roussillon, pour la raison que l’on sait, et les porte-paroles du pouvoir proclameront sur toutes les ondes que Martine Aubry a perdu son pari. Que c’est donc une défaite.
Potée
Il n’y a pas que le politique dans la vie. Si donc vous voulez, en un lieu sympathique et très province, vous farcir une potée ou un pot-au-feu, téléphonez à l’auberge Pyrénées-Cévennes (01 43 57 33 78) et demandez s’ils ont l’un de ces deux plats au menu du jour (vous pouvez leur dire que je vous ai soufflé l’idée…) et, si oui, courrez-y (106 rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris)… En outre, c’est plus qu’abordable.
Il y a aussi la culture…
Il y a la bouffe et il y a la culture. C’est pourquoi je tiens à vous signaler que j’ai assisté, à l’Opéra Bastille, à un « Werther » absolument exceptionnel et chanté de façon quasi divine. Et dire que pendant des années les dictateurs du bon goût avaient obtenu qu’on ne joue quasiment plus Massenet. C’était ringard ! Un début de libération ? Reste que représenter huit fois seulement un tel spectacle, c’est absurde et discriminatoire. En attendant que cela change, je vous offre cet air du chef-d’œuvre de Goethe et Massenet réunis. Mercredi 3 Février 2010
Jean François Kahn
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