Affaire Clearstream : derrère Sarkozy, le fantôme de Marie-Antoinette
Vous avez dit schizo ?
Schizophrénie : cette fois le gros mot a été lâché. Voilà, en effet, Nicolas Sarkozy qui, après la relaxe de Dominique de Villepin, proclame d’une voix anormalement calme qu’il ne fera pas appel et, dans le même mouvement, demande au parquet de faire appel et on imagine, qu’à ce moment-là, il tape les pieds de colère.
C’est d’ailleurs, sur sa suggestion, que Frédéric Lefebvre et quelques autres barons UMP se sont relayés pour regretter que les « comparses » aient été condamnés et les vrais coupables épargnés. Et cela, alors même que d’autres porte-paroles UMP appelaient Villepin à faire preuve de « solidarité » et de « loyauté » à l’égard de la majorité présidentielle.
Or, c’est le même Sarkozy qui, rendant hommage à la Révolution, avait remplacé l’hérédité par le mérite, le jour même où il poussait son héritier à la tête de l’Epad. Et c’est le même, encore, qui, à Davos, prononce un discours tout à fait excellent, que lui a rédigé Henri Guaino, appelant à une lutte implacable contre les profiteurs d’un capitalisme déréglé, mais, en France, ne prend aucune mesure concrète qui irait dans ce sens. Quand il ne décrète pas l’inverse.
Vous avez dit schizo ?
Premières réflexions sur mon expérience blogueuse
On m’avait dit « c’est du n’importe quoi ». Et puis, dois-je l’avouer, néophyte que je suis en matière de « Toile », je craignais le pire : déferlement d’insanités, défoulement permanent et condensé de violences verbales.
Eh bien pas du tout. J’ai été impressionné par la quantité, mais aussi par la qualité des nombreuses irruptions de réflexions de blogueurs, enrichissantes et sagaces, l’humour et le bon sens de nombreux intervenants, leurs connaissances de certains dossiers, leur niveau d’information, la verdeur interactive, l’authenticité et la pertinence des débats. Même si, éventuellement, j’ai pu faire les frais de ces qualités.
Mais ce constat rend, à mes yeux, plus dommageables encore, plus lamentables parfois, certaines tendances à manier compulsivement l’insulte, à s’auto-valoriser par le mépris de l’autre ou le rejet de la différence, à pratiquer le harcèlement mécanique à l’abri de l’anonymat.
Ces pratiques, contrairement à ce que je craignais, sont très minoritaires. Mais répétitives (une seule personne pouvant hoqueter à jets continus au lieu de discuter), elles peuvent devenir envahissantes et paralyser, à des fins finalement de sabotage, la confrontation authentique et de la réflexion collective. Chers amis, puissions-nous faire de cet espace d’expression et d’écoute, que je m’astreins à animer, un lieu d’exemplarité démocratique, d’échanges constructifs, d’élaborations pluralistes, de respect des uns des autres.
N’hésitez évidemment pas à me contredire de façon musclée, si vous en sentez le besoin ou la nécessité, mais ayant toujours à l’esprit à la fois l’empathie mutuelle que l’on se doit tous et l’utilité sociale et intellectuelle de notre démarche commune. Ne laissons pas les adversaires de ce véritable contre-pouvoir que constitue le forum Internet saboter cette immense agora, qu’au fond, ils ne supportent pas. PS : les blogueurs sont des citoyens responsables. La démocratie implique la pluralité et l’acceptation des différences. Le débat nécessite qu’on écoute et surtout entende l’autre.
Cessons donc de disqualifier a priori l’interlocuteur en le qualifiant de « sarkozyste primaire » ou d’« anti-sarkozyste primaire ». Ce qui serait évidemment plus facile si certains ne s’enfermaient pas dans ce rôle, les uns, anti-sarkozystes outrant la violence de leur rejet et quelques sarkozystes – de service, semble-t-il – se complaisant à faire assaut de sottises provocatrices.
De façon générale, jugeons, analysons, critiquons, réfutons (ou approuvons) les propos exprimés, et cela simplement en fonction de leur justesse ou de leur inanité, mais renonçons aux étiquetages systématiques et a priori consistant à tout bout de champ à les renvoyer à un pseudo déterminant gauchiste, socialiste, MoDem ou droitier.
Ah, si l’on parvenait à prouver qu’un espace de résistance, et parfois de contre-offensive, peut être en même temps un espace d’intelligence et de tolérance !
Villepin et le Collier de la reine
C’était entendu, on nous le répétait à longueur d’ondes et d’antennes, dans l’affaire Clearstream, il y avait une victime, le chef de l’Etat, et des suspects, dont l’ex-Premier ministre, Dominique de Villepin, que Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à qualifier de « coupable ».
Il ne correspondait nullement à la réalité (ne serait-ce que pour cette raison évidente que le patronyme hongrois de Sarkozy n’apparut que tardivement sur les fameux listings truqués), mais ce fut, pendant trois ans la « vérité » médiatique. Donc, il était généralement admis que le procès verrait le triomphe définitif de Nicolas Sarkozy – la victime – sur l’homme qui osa, un temps, se poser en concurrent, Dominique de Villepin, « présumé » coupable.
Or, c’est le contraire qui c’est passé. Et le chef de l’Etat, avant de se lancer dans cette aventure vengeresse, aurait dû se remémorer la célèbre affaire dit du « Collier de la reine ». Pourquoi ? Parce qu’elle vit, à la veille de la Révolution française dont elle précipita d’ailleurs l’avènement, un présumé coupable de très haut rang, le cardinal de Rohan, jaillir en héros d’une sombre et inextricable affaire dont l’incontestable victime, Marie-Antoinette, sortie, elle, en lambeaux. Rappelons donc, ici, l’histoire : personnage considérable à l’époque, évêque de Strasbourg, cardinal, grand aumônier de France, mondain invétéré (membre, au demeurant, de l’Académie française comme beaucoup de pervers), de Rohan n’était plus en odeur de sainteté à la cour de Versailles. La reine Marie-Antoinette ne supportait plus ses approches insistantes qu’elle estimait libidineuses.
Le prélat à fanfreluches dépérissait à mesure que se prolongeait cette disgrâce royale. C’est alors qu’une aventurière, la comtesse de La Motte, une sorte de Imad Lahoud en jupon, eut l’idée de l’escroquerie du siècle : elle parvint à convaincre le cardinal que la reine (avec laquelle elle-même prétendait avoir des rapports lesbiens) n’était pas insensible à son charme ecclésiastique.
Or, une formidable occasion d’un total retour en grâce se présentait à lui, car un fabuleux collier de diamants d’une valeur d’un million six cent mille livres (somme énorme), entrevu dans une bijouterie, était tombé dans l’œil de la souveraine. Donc, s’il lui offrait ce sublime bijou, elle se consumerait de reconnaissance et ne pourrait plus rien lui refuser. Mieux : Madame de La Motte affirma au cardinal qu’elle avait parlé à la reine et que celle-ci se ferait donc un doux plaisir de le rencontrer nuitamment dans le parc de Versailles et de recevoir, incidemment, le cadeau de sa blanche main.
Ce n’était absolument pas crédible, mais, aveuglé par la passion, le cardinal le crut, un peu comme de Villepin crut à la véracité du fameux listing Clearstream. La rencontre eut lieu, une fausse Marie-Antoinette se prêta à la comédie, et la comtesse de La Motte récupéra le collier, lequel avait été acheté par le cardinal à crédit et, comme il ne parvint pas à acquitter la première traite, le scandale éclata.
Furieuse, et détestant en fait le cardinal, Marie-Antoinette, au lieu d’étouffer l’affaire qui risquait d’éclabousser l’ensemble de la haute société, convainquit Louis XVI d’en référer à la justice, fit embastiller l’ecclésiastique et le déféra devant le Parlement de Paris. C’est alors que tout bascula : d’abord, parce que cet étalage de luxure et d’intrigues jeta une lumière crue sur les mœurs qui régnaient au sein de la France d’en haut. Ensuite, parce que l’idée se répandit, dans l’opinion, que si le cardinal avait réellement cru que la reine, une Autrichienne, presque une Hongroise, en échange d’un collier fastueux, était prête à lui accorder ses faveurs, c’est que c’était crédible. Qu’elle en était donc capable. Que c’était là, décidément, un drôle de monde !
De Rohan (qui se fera ensuite élire aux Etats Généraux), qui n’était absolument pas à l’origine du complot - pas plus que Villepin - et était plutôt, comme lui, le dindon de la farce, surfa sur ces sentiments populaires, il se posa en victime de l’arbitraire : il était devenu le bouc émissaire de l’absolutisme royal. Ne sont-ce point les turpitudes supposées de la reine de France qui l’avait induit en erreur ? Résultat : il fut acquitté aux acclamations de la foule. Et ce que la France toute entière retint, c’est que Marie-Antoinette était compromise dans une sale histoire. *** Quand Nicolas Sarkozy, totalement dominé par sa haine de Villepin, commit le lapsus fatal consistant à qualifier des prévenus de « coupables », on crut voir apparaître, derrière lui, le fantôme de Marie-Antoinette et du Collier de la reine
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